À l'ASCO 2026, un accueil très enthousiaste des résultats positifs du daraxonrasib dans le cancer du pancréas

Daraxonrasib : une survie globale doublée -passant de 6,6 mois à 13,2 mois- dans l’adénocarcinome pancréatique métastatique préalablement traité par chimiothérapie.

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Le daraxonrasib, un inhibiteur de RAS, une protéine très souvent mutée dans le cancer du pancréas.

Le daraxonrasib, un inhibiteur de RAS, une protéine très souvent mutée dans le cancer du pancréas.libre de droit / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Les bénéfices importants de survie globale apportés par le daraxonrasib (Revolution Medicines) en deuxième ligne du cancer du pancréas métastatique au cours d'une étude de phase III ont été très positivement accueillis dimanche au congrès de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO).

Point d'orgue de l'unique session plénière du congrès, cette présentation a reçu une standing ovation et des applaudissements très enthousiastes au moment où ses résultats principaux -positifs- ont été affichés. Aucune des quatre autres études présentées juste avant dans la session n'a reçu un pareil accueil.

Le bénéfice important de survie globale apporté par le traitement dans ce cancer en impasse thérapeutique n'était pourtant pas une surprise pour grand monde, la firme ayant communiqué à ce sujet à la mi-avril.

Le daraxonrasib est un inhibiteur de RAS (ON), une protéine intracellulaire très fréquemment mutée dans le cancer du pancréas (plus de 90 % des cas) et participant à la réplication cellulaire, mais qui était réputée comme « impossible à traiter » depuis plusieurs décennies.

Des inhibiteurs de RAS comme l'adagrasib ou le sotorasib ont bien été développés et sont utilisés dans d'autres types tumoraux comme le poumon, mais ils sont spécifiques de la mutation RAS G12C, qui est rare dans le cancer du pancréas où l'on a plutôt des mutations RAS G12D/V/R.

Ainsi, un des avantages du daraxonrasib est d'être multisélectif et efficace avec ou sans présence de mutation, et quel que soit le type de mutation sur RAS.

Ses performances sont d'autant plus saluées que le cancer du pancréas est hautement létal et que son incidence est en augmentation.

La publication des résultats dans le New England Journal of Medicine (NEJM), annoncée par le Pr Brian Wolpin du Dana-Farber Cancer Institute de Boston à la fin de sa présentation, a également été positivement accueillie.

Un doublement de la survie globale

Dans l'étude de phase III RASolute-302, l'inhibiteur a été testé en deuxième ligne de traitement chez des patients atteints d'un adénocarcinome canalaire pancréatique métastatique déjà traité par une chimiothérapie.

Les 500 participants ont été randomisés en parts égales entre l'inhibiteur de RAS et une autre ligne de chimiothérapie parmi quatre possibles (GnP, mFOLFIRINOX, Nal-IRI + 5-FU + leucovorine, FOLFOX) dont le choix était laissé libre aux investigateurs.

Le critère principal d'évaluation était la survie globale spécifiquement chez les patients présentant une mutation RAS G12, soit 92 % de la cohorte.

Il a été très significativement atteint avec une réduction du risque de décès de 40 %. Un tel bénéfice n'avait encore jamais été vu dans les essais sur le cancer du pancréas.

La médiane de survie globale a été doublée en passant de 6,6 mois avec une chimiothérapie à 13,2 mois avec le daraxonrasib.

Ainsi, à un an, 53,3 % des patients traités à l'inhibiteur de RAS étaient encore en vie, contre seulement 18,7 % de leurs contrôles.

Tous ces résultats ont été confirmés chez l'ensemble des participants non sélectionnés, avec un bénéfice de même amplitude et des médianes et taux de survie très proches.

Le bénéfice associé au traitement se retrouve aussi dans le critère secondaire de survie sans progression, avec une réduction du risque de décès ou de progression réduite de 51 % dans la population globale, pour une médiane également doublée (de 3,6 mois à 7,2 mois).

Ces résultats s'accompagnent d'un triplement du taux de réponse objective qui, dans la population globale, a été de 11,2 % avec la chimiothérapie contre 31,6 % avec l'inhibiteur de RAS.

Une étude « sans précédent »… mais de la deuxième ligne

Invitée à discuter ces résultats, la Dr Jennifer Knox de l'université de Toronto n'a pas manqué de superlatifs pour commenter « cette étude positive sans précédent » avec « des courbes [de survie, NDLR] absolument magnifiques ». « Je ne crois pas que cela ait déjà été vu dans le cancer du pancréas. »

En plus du gain de survie, elle a félicité les bénéfices apportés par le traitement pour les patients en matière de réduction de la douleur et de qualité de vie. « Ce sont les critères d'évaluation les plus importants pour les patients », a-t-elle soutenu. La durée médiane avant détérioration des symptômes de la douleur est en effet passée de 3,8 mois à 9,2 mois tandis que celle avant détérioration de la qualité de vie a été doublée de 2,6 mois à 5,7 mois.

Concernant la toxicité du traitement, il a été bien toléré avec, par rapport à la chimiothérapie, moins d'événements indésirables conduisant à une réduction de dose (36 % vs 58 %) ou un arrêt définitif (1 % vs 11 %) et moins d'événements graves de grade 3 ou plus (44 % vs 58 %).

Tous grades confondus, les événements les plus fréquents sous daraxonrasib ont été des rashs, des stomatites et des troubles gastro-intestinaux (diarrhée, nausée, vomissement).

S'agissant d'un premier traitement de ce genre, Jennifer Knox a appelé ses homologues à agir pour accompagner les changements nécessaires au passage d'une chimiothérapie intraveineuse à un traitement oral et pour apprendre à minimiser les toxicités.

Enfin, une des grosses limites de l'étude selon elle est qu'il ne s'agit pour l'instant que d'un traitement de deuxième ligne, et qu'il y a beaucoup de patients qui décèdent avant d'en arriver là.

Pour l'avenir, un traitement efficace dès la première ligne est donc fortement attendu. Des résultats prometteurs ont déjà été obtenus avec le daraxonrasib, avec un taux de réponse objectif de 47 % en monothérapie et de 58 % quand il était associé à une chimiothérapie GnP.

L'étude de phase III RASolute-303 a été lancée début avril pour évaluer cette monothérapie et cette association face à la chimiothérapie seule. Elle prévoit de recruter 900 patients, avec des résultats mi-2028.

Par Pierre LALANNE au congrès de l'ASCO

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 1er juin 2026.

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