Données épidémiologiques, Etude, Nutrition et équilibre alimentaire

Une forte consommation de colorants est associée à un risque accru de diabète de type 2 et de cancer

Les colorants alimentaires utilisés pour rendre les produits plus attractifs ne sont pas sans risque pour la santé, selon deux études menées à partir de la cohorte française NutriNet-Santé. Les chercheurs appellent les autorités sanitaires à réévaluer la sécurité des additifs. 

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Certains colorants, dont les caramels ou les caroténoïdes, exposent à un risque plus élevé.

Certains colorants, dont les caramels ou les caroténoïdes, exposent à un risque plus élevé.erierika / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

Deux études épidémiologiques à partir de la cohorte NutriNet-Santé ont évalué pour la première fois les effets sanitaires des colorants. L'une sur le lien avec le diabète de type 2 rapporte un risque augmenté de 38 % chez les plus gros consommateurs par rapport aux plus faiblement exposés. La seconde sur le lien avec le cancer montre une augmentation du risque de 14 % au global (+21 % pour le cancer du sein, voire +32 % après la ménopause).

Une troisième étude sur les additifs conservateurs (qui avaient déjà été associés à un risque accru de diabète de type 2 et de cancer) met en évidence un lien avec le risque d'hypertension artérielle (HTA) et de maladies cardiovasculaires.

Les chercheurs plaident pour une réévaluation de la sécurité des additifs par les autorités sanitaires.

Alors que les additifs sont largement utilisés dans l'industrie agro-alimentaires, des chercheurs* au sein de Cress-Eren ont mis en évidence pour la première fois leurs effets sanitaires dans deux études épidémiologiques, l'une sur le lien avec le diabète de type 2 publiée le 20 mai 2026 dans Diabetes Care et l'autre sur celui avec le cancer parue le 9 avril 2026 dans le European Journal of Epidemiology.

Jusqu'alors, les données précises sur l'exposition aux colorants et les risques associés manquaient dans les études en population, précise l'Inserm dans un communiqué. Ces nouveaux résultats préoccupants renforcent les alertes sur l'alimentation ultratransformée. Ils s'ajoutent aux preuves déjà obtenues pour les additifs, les conservateurs en particulier avec deux études début 2026, qui avaient montré une association avec le risque de cancer et de diabète de type 2. Sur les emballages, les additifs correspondent généralement aux codes européens compris entre E100 et E199 pour les colorants, entre E200 et E299 pour les conservateurs (au sens strict) et entre E300 et E399 pour les additifs conservateurs antioxydants. 

La cohorte NutriNet-Santé, une mine d'informations pour la recherche

Pour ces travaux, l'équipe dirigée par Mathilde Touvier, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a utilisé les données entre 2009 et 2023 de la cohorte NutriNet-Santé totalisant plus de 100 000 personnes. Après avoir déclaré leurs antécédents médicaux, leurs données et caractéristiques sociodémographiques, leurs habitudes d'activité physique, leur mode de vie et leur état de santé, les participants ont renseigné régulièrement et en détail leurs consommations alimentaires. Des enregistrements complets sur plusieurs périodes de 24 heures ont été effectués, noms et marques des produits industriels consommés étant précisés.

Les analyses ont tenu compte de plusieurs facteurs susceptibles de biaiser les associations, en particulier les profils sociodémographiques, la consommation de tabac et d'alcool et la qualité nutritionnelle de leur régime alimentaire (calories, sucres, sel, graisses saturées, fibres, etc.). « Au-delà des sommes globales de types d'additifs (37 additifs colorants et 58 conservateurs détectés au total dans les enregistrements des participants), 10 colorants et 17 conservateurs ont pu être analysés individuellement en lien avec les pathologies étudiées. Il s'agit des additifs consommés par au moins 10 % des participants de la cohorte », indique le communiqué. 

Pour chaque étude, les personnes déjà atteintes de la pathologie étudiée (cancer ou diabète) avant le début du suivi ont été exclues des modèles statistiques. L'effectif total est ainsi différent selon les études : 105 260 participants sur celle sur le risque de cancer (4 226 cas incidents, dont 1 208 cancers du sein, 508 cancers de la prostate et 352 cancers colorectaux), 108 723 pour le risque de diabète de type 2 (1 131 cas incidents). 

Des colorants plus à risque

Il ressort de l'étude sur le diabète de type 2 que les colorants alimentaires pris dans leur globalité étaient associés à une augmentation de 38 % du risque de la maladie chez les plus forts consommateurs, par rapport aux plus faiblement exposés.

Parmi les différents colorants, les augmentations du risque de diabète de type 2 étaient de :

  • 43 % pour les caramels ;
  • 39 % pour les colorants caroténoïdes (E160) ;
  • 44 % pour le bêta-carotène (additif alimentaire, E160a) ;
  • 46 % pour le caramel ordinaire (E150a) ;
  • 49 % pour la curcumine (E100) à une augmentation de et les anthocyanes (E163) ;
  • 40 % pour les anthocyanes (E163). 

Dans la seconde étude, les colorants alimentaires pris dans leur globalité étaient associés à une augmentation de 14 % du risque de cancer global, de 21 % du risque de cancer du sein et de 32 % du risque de cancer du sein postménopausique.

Certains colorants pris individuellement ont également été associés à des surrisques :

  • le bêta-carotène (additif alimentaire, E160a) était associé à une augmentation de 16 % du risque de cancer global et de 41 % du risque de cancer du sein ;
  • le caramel ordinaire (E150a) était associé à une augmentation de 15 % du risque de cancer global.

Pour les conservateurs, de nouveaux risques identifiés

L'équipe communique sur une troisième étude publiée dans le European Heart Journal qui apporte de nouvelles données sur les risques d'HTA et de pathologies cardiovasculaires associés aux conservateurs. Sur un effectif total de 112 395 participants et avec un suivi plus long d'une année (2009-2024) que les deux études précédentes, l'analyse a mis en évidence 2 450 cas incidents de maladies cardiovasculaires et 5544 cas incidents d'HTA. 

Pris dans leur globalité, les conservateurs étaient associés à une augmentation de 24 % du risque d’hypertension chez les plus forts consommateurs comparés aux plus faiblement exposés :

  • les conservateurs non-antioxydants à une augmentation de 29 % du risque d’hypertension et de 16 % du risque de maladies cardiovasculaires ;
  • les conservateurs antioxydants à une augmentation de 22 % du risque d’hypertension.

Parmi les 17 conservateurs alimentaires individuels consommés, huit étaient associés à une incidence plus élevée d’hypertension (dont le sorbate de potassium, E202 ; +39 % et l’acide citrique, E330 ; +25 %) et à une incidence plus élevée de maladies cardiovasculaires (acide ascorbique, E300 ; +15 %).

Privilégier les aliments pas ou peu transformés

Pour les auteurs, ces résultats sur les colorants soulignent « la nécessité d’une réévaluation par les autorités sanitaires de la sécurité de ces additifs pour intégrer ces nouvelles connaissances scientifiques et mieux protéger la population ». Concernant les conservateurs, cette réévaluation devra « également intégrer une approche bénéfice/risque ». Dans l’attente, ces travaux viennent appuyer les conseils du programme national nutrition santé (PNNS) recommandant de limiter l’exposition aux additifs alimentaires non essentiels et de privilégier les aliments pas ou peu transformés.

* Chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), l'université Sorbonne Paris Nord, l'université Paris Cité et du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

Sources

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