L'IA conversationnelle ouvre de nouvelles perspectives pour la prise en charge en santé mentale.marchmeena29 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Une psychothérapie utilisant une intelligence artificielle (IA) conversationnelle a permis de réduire les symptômes anxieux et d'améliorer le bien-être chez des étudiants présentant une détresse psychologique, dans un essai clinique israélien.
Les technologies numériques apparaissent comme des outils prometteurs pour améliorer l'accès aux soins dans un contexte de forte progression des troubles de santé mentale, et le développement récent de l'IA -en particulier de l'IA conversationnelle- ouvre encore de nouvelles perspectives, rappellent Anat Shoshani de l'université Reichman à Herzliya (Israël) et ses collègues dans JAMA Network Open.
Cependant, les données démontrant le bénéfice de ces outils, la durée de leurs effets ou leur généralisation manquent.
Dans cette étude académique, les chercheurs ont évalué une plateforme de santé mentale utilisant l'IA et une thérapie de groupe en face-à-face.
Ils ont inclus 995 étudiants universitaires (23,1 ans en moyenne) déclarant une détresse psychologique, définie par un score d'au moins 3 points sur la sous-échelle PH-4 de dépression et/ou d'anxiété. Ces patients ne devaient pas avoir d'idées suicidaires ni être en crise psychotique, n'étaient pas sous traitement psychotrope ni ne suivaient de psychothérapie.
Les participants ont été randomisés entre la plateforme de santé mentale Kai*, une thérapie de groupe en face-à-face et une liste d'attente pour une période de trois mois.
La plateforme a été développée par la société américaine éponyme. Il s'agit de proposer un soutien psychologique personnalisé à l'aide d'un outil d'IA conversationnelle, qui permet des échanges quotidiens pour réguler le stress et les émotions par des exercices, renforcer les compétences par des messages motivationnels, en s'appuyant sur des protocoles validés, avec des évaluations, de la thérapie cognitivo-comportementale, de la thérapie d'engagement, de la pleine conscience…
Les participants ont un accès illimité à la plateforme et sont encouragés à y recourir au moins trois fois par semaine. Un système permet de détecter dans les échanges les signes d'une crise, déclenchant l'envoi de ressources adaptées, voire l'intervention de professionnels en cas d'urgence.
Dans la thérapie de groupe, des séances hebdomadaires d'une heure et demie sont proposées avec un psychologue, avec une vingtaine de participants. Il s'agit de proposer de la psycho-éducation concernant la dépression, l'anxiété et les réactions au stress, de la restructuration cognitive, de l'activation comportementale, des stratégies d'acceptation face aux émotions difficiles, de la relaxation et de la pleine conscience.
Réduction de l'anxiété et de la dépression
Les évaluations à l'aide de questionnaires en ligne montrent qu'à l'issue des interventions, les étudiants ayant utilisé la plateforme présentent une réduction de leur anxiété, avec un score passant de 7,27 points à 6,28 points, puis se maintenant à 6,16 points à trois mois sur l'échelle GAD-7, alors que ce score a augmenté dans les deux autres groupes.
La différence était statistiquement significative, en moyenne de 2,17 points en faveur de la psychothérapie utilisant l'IA par rapport à la thérapie de groupe et de 2,15 points par rapport à la liste d'attente à l'issue des interventions. Le bénéfice se maintenait à trois mois.
Des résultats similaires étaient observés pour le score PHQ-9 de dépression, avec respectivement -0,68 point et -1,99 point en faveur de l'IA à l'issue des interventions et un effet maintenu à trois mois. Toutefois, la différence n'était plus significative après ajustement multivarié.
Des résultats significatifs étaient également observés avec la plateforme de santé mentale pour le bien-être, évalué sur l'indice WHO-5, et sur le niveau de satisfaction de vie de l'échelle MSLSS spécifique aux étudiants, à la fois à l'issue des interventions et trois mois après.
En revanche, les résultats n'étaient pas significatifs concernant le trouble de stress post-traumatique.
Les chercheurs observent par ailleurs qu'avec la plateforme, les participants ont envoyé 18,6 messages par semaine, avec trois jours actifs par semaine. Ils étaient 61% à avoir interagi avec l'IA au cours des trois mois de l'intervention.
Le taux d'attrition était similaire dans les trois groupes, d'environ un tiers.
Aucun événement indésirable grave n'a été observé.
Ces résultats suggèrent qu'une plateforme de soutien émotionnel reposant sur l'IA conversationnelle apporte une amélioration significative, bien que modeste, en matière d'anxiété, favorise le bien-être, la satisfaction, et a potentiellement un effet bénéfique sur la dépression.
D'autres études doivent à présent évaluer s'il est possible d'intégrer un tel système dans les organisations de soins existantes, en veillant à son évolution, à l'équité de l'accès aux soins, à sa sécurité et au maintien d'une surveillance clinique rigoureuse, commentent les chercheurs.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 5 mai 2026.
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JAMA Network Open, publication en ligne du 14 avril
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