Le bisphénol A est interdit en France depuis 2005 dans les produits de soins et cosmétiques.gpointstudio / iStock / via Getty Images
Réduire le nombre de produits cosmétiques utilisés quotidiennement ou opter pour des alternatives exemptes de produits suspectés d'avoir des effets néfastes sur la santé permet en cinq jours de diminuer significativement les concentrations urinaires de plusieurs parabènes et de bisphénol A, selon une étude publiée dans Environment International relayée le 22 avril 2026 par l'Inserm et l'Université Grenoble Alpes (UGA) dans un communiqué.
"Les substances cancérigènes et reprotoxiques sont interdites dans les cosmétiques en Europe, mais de nombreuses substances présentes dans les produits d'hygiène et les cosmétiques, telles que certains phénols, les phtalates, et le méthylparabène, ont des effets délétères pour la santé, et notamment des effets de perturbation endocrinienne", est-il rappelé dans le communiqué accompagnant l'étude IRECO (Intervention pour Réduire l'Exposition aux Contaminants envirOnnementaux).
Pour évaluer l'impact des cosmétiques, Nicolas Jovanovic de l'Inserm, de l'UGA et de l'Institut pour l'avancée des biosciences (CNRS) et ses collègues ont recruté 103 étudiantes grenobloises, âgées de 18 à 30 ans, entre juin 2022 et juillet 2024.
Ils leur ont demandé de ne plus utiliser leurs produits habituels et leur ont fourni quelques cosmétiques exempts de phénols synthétiques, parabènes, phtalates et éthers de glycol. Les étudiantes utilisaient en médiane douze produits cosmétiques par jour avant l'intervention et sept pendant (94% de produits fournis dans le cadre de l'étude).
Dans l'urine collectée chaque jour, les chercheurs ont mesuré la quantité de 11 phénols (cinq bisphénols, quatre parabènes le triclosan et la benzophénone), deux éthers de glycol et 16 phtalates.
À l’issue des cinq jours d'intervention, les concentrations médianes avaient baissé de manière statistiquement significative de 64% pour l'acide phénoxyacétique (stabilisant et conservateur), 39% pour le bisphénol A (perturbateur endocrinien avéré et reprotoxique présumé par les autorités sanitaires), 30% pour le méthylparabène (conservateur et possible perturbateur endocrinien) et 22% pour le phtalate de monoéthyle (MEP, issu de composés pour fixer les parfums). Le propylparabène était également moins souvent détecté dans les échantillons.
"Le bisphénol A n'est plus autorisé en France depuis 2005 comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques en raison de son caractère reprotoxique" et "sa présence pourrait être liée à des contaminations survenues au cours du processus de fabrication ou via les matériaux d'emballage", explique Claire Philippat, chercheuse Inserm et dernière autrice de l'étude, citée dans le communiqué. "S'il est fortement restreint dans les matériaux en contact avec les aliments en Europe, ce n'est pas le cas des matériaux utilisés pour les contenants de produits de soin, cosmétiques et d'hygiène."
Les chercheurs ont ensuite réalisé une évaluation d'impact en santé afin d'estimer les bénéfices potentiels, sanitaires et économiques d'un changement de routine cosmétique à l'échelle de la population, concernant l'exposition au bisphénol A.
Une réduction pendant la grossesse pourrait prévenir 4% des cas d'asthme chez les enfants exposés in utero et 4,4% des cas de respiration sifflante, ont-ils calculé.
Pour l'asthme, "ces bénéfices pour la santé s'accompagneraient également de bénéfices économiques, avec une économie potentielle allant jusqu'à 9,7 millions d'euros par an en coûts de traitement et d'hospitalisation", observe Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm, également cité dans le communiqué. "Il s'agit de projections hypothétiques, mais ces résultats soulignent les enjeux majeurs de santé publique liés à une réduction de l'exposition à ces composés."
Au-delà des seuls efforts individuels, les chercheurs préconisent des mesures réglementaires sur la composition des produits et de leurs emballages, les jugeant plus susceptibles de réduire durablement l'exposition de l'ensemble de la population.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 22 avril 2026.
Environment International, publication en ligne du 7 avril
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