Encourager des comportements nutritionnels sains et durables.Aamulya / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Le cinquième programme national nutrition santé (PNNS5) a été officiellement lancé le 8 avril 2026 par le gouvernement, avec l'objectif de mieux prévenir les maladies chroniques grâce à une meilleure alimentation.
Annoncé à l'occasion du One Health Summit qui s'est terminé le 7 avril 2026 à Lyon, ce PNNS5 est publié en parallèle du quatrième programme national pour l'alimentation (PNA4). Tous deux constituent une "déclinaison opérationnelle" de la stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), publiée il y a deux mois avec près de trois ans de retard.
Pour rappel, le précédent PNNS s'est terminé fin 2024, avec un bilan jugé peu concluant.
Couvrant la période 2026-2030, ce nouveau PNNS décline "la politique nutritionnelle du gouvernement" au travers de trois axes et 20 mesures concrètes et vise "à améliorer l'état de santé de chacun via l'alimentation, l'activité physique et la réduction de la sédentarité, en agissant tant sur l'environnement que sur les comportements individuels".
Il sera présidé par la Dr Mathilde Touvier, directrice de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren). Coordinatrice de la cohorte française NutriNet-Santé, elle a participé à la création du Nutri-Score et est depuis plusieurs années une figure incontournable des liens entre nutrition et santé humaine.
Ce PNNS5 s'articule avec de nombreux autres plans et stratégies liés à la nutrition déjà lancés, comme la stratégie nationale sport-santé (SNSS), la feuille de route obésité, la feuille de route des 1.000 premiers jours, le programme Mieux manger pour tous (PMMPT)… et de futurs plans "sur la santé orale" ou "sur les perturbateurs endocriniens".
Des objectifs sur la nutrition, les habitudes de consommation et l'allaitement
En matière d'objectifs nutritionnels, ce nouveau programme reprend ceux de la stratégie nationale de santé (SNS 2023-2033, toujours non publiée) de diminuer de 30% la prévalence du surpoids et de l'obésité chez les enfants et adolescents, et de 20% chez ceux issus de familles défavorisées.
D'autres objectifs relatifs à la dénutrition, aux consommations alimentaires et apports nutritionnels sont repris du PNNS4, dans l'attente d'une évaluation qui est en cours au travers de l'enquête Albane menée par Santé publique France (SPF) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et dont les premiers résultats ne seront disponibles qu'en 2027-2028.
D'ici à 2030, le programme vise par ailleurs à atteindre une consommation de produits bio de 12% dans la population. Il pose l'objectif que 40% des Français utilisent le Nutri-Score pour leurs achats (contre 33% aujourd'hui) et que 75% du volume des ventes de produits transformés affichent le Nutri-Score (contre 62%).
Il est également ambitionné de promouvoir l'allaitement maternel afin d'atteindre un taux de 85% d'enfants allaités à la naissance et qu'au moins 75% des enfants bénéficient d'un allaitement maternel exclusif.
Priorité aux jeunes et aux outre-mer
Pour atteindre ces objectifs, trois axes ont été définis et visent à:
Garantir à tous l'accès à des environnements nutritionnels durables et favorables à la santé
Encourager des comportements nutritionnels sains et durables
Renforcer le rôle des entreprises, des établissements scolaires et d'enseignement supérieur comme lieux promoteurs de santé.
Deux populations prioritaires ont été identifiées et disposent d'actions qui leur sont spécifiques: les enfants et les adolescents (cinq actions), et les populations des territoires ultramarins (quatre actions).
Pour les enfants et adolescents, il est ainsi prévu de "réduire progressivement la teneur en sucres de produits" qu'ils consomment fréquemment, d'"inciter la grande distribution à retirer les produits de confiseries des sorties de caisse en supermarché", de les "protéger des publicités pour des produits non sains et les fast-foods", d'encadrer la qualité nutritionnelle des repas des enfants de moins de 4 ans, et d'"évaluer l'impact du dispositif des Petits déjeuners à l'école".
En outre-mer, le PNNS5 compte "améliorer la qualité de l'offre alimentaire", "renforcer et mieux structurer le soutien d'aide alimentaire", adapter et diffuser des recommandations alimentaires saines et durables, et "déployer des programmes nutritionnels au sein des écoles".
L'obésité pédiatrique, grande cause nationale?
Plus globalement, le programme entend "promouvoir le déploiement du Nutri-Score en France et à l'international sur les produits préemballés, non préemballés et en restauration hors foyer". Une expérimentation de trois ans sera notamment lancée concernant son intégration en restauration collective et commerciale et pour les produits en vrac.
Concernant le marketing alimentaire, une action prévoit de réviser le dispositif de messages sanitaires obligatoires (comme "Mangez cinq fruits et légumes par jour"), qui présente actuellement des limites et doit être rendu plus efficace.
Comme demandé depuis longtemps par les associations de patients, le programme fixe au travers d'une action le projet de faire de la prévention du surpoids et de l'obésité chez l'enfant "une grande cause nationale d'ici 2030".
En outre, le PNNS a l'ambition de lutter contre les discriminations et la stigmatisation des personnes en situation d'obésité, de soutenir le développement d'environnements inclusifs et de favoriser le développement d'une image corporelle positive.
Revoir les recommandations nutritionnelles
De nouvelles recommandations alimentaires saines et durables devront en parallèle être élaborées et diffusées, pour la population générale et pour des populations spécifiques.
Plusieurs actions sont notamment destinées à l'accompagnement des femmes dès le désir de grossesse, "via l'élaboration de nouvelles recommandations nutritionnelles" et en leur assurant "des apports suffisants en vitamine B9 [acide folique, NDLR]". Cet apport est aujourd'hui insuffisant chez de nombreuses femmes et cela représente un risque pour les nouveau-nés.
En cohérence avec ses objectifs, le PNNS compte aussi "soutenir et faciliter l'allaitement maternel pour les femmes qui le souhaitent". Malgré des progrès, cela reste moins fréquent en France par rapport à d'autres pays européens. Il est ainsi prévu de soutenir la labellisation IHAB (Initiative hôpital ami des bébés) des maternités, d'accompagner l'allaitement à la sortie de la maternité et lors de la reprise du travail, et de renforcer l'application du code international de commercialisation des substituts du lait maternel.
À destination des personnes âgées, il s'agira de "renforcer la prévention et le repérage de la dénutrition" et d'"actualiser et promouvoir les recommandations nutritionnelles" pour cette population, notamment pour les personnes accueillies en établissements.
Une action vise également à "sensibiliser sur les risques potentiels liés à la consommation de compléments alimentaires sans suivi par un professionnel de santé".
Enfin, il est prévu de poursuivre l'animation du "réseau d'acteurs du PNNS" qui permet aux professionnels "de s'informer, de se former et d'agir en nutrition". Cela nécessitera notamment d'accompagner les agences régionales de santé (ARS) afin qu'elles diffusent les différents dispositifs mis en place par le réseau auprès des collectivités, des entreprises et des professionnels de la nutrition.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 8 avril 2026.
5 minutes
Ajouter un commentaire




Commentaires
Cliquez ici pour revenir à l'accueil.