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Douleurs post-opératoires : les techniques de neuromodulation encore trop peu connues des chirurgiens

Les techniques de neuromodulation ont prouvé leur efficacité contre les douleurs chroniques réfractaires. Pourtant, elles restent encore trop peu connues et proposées par les médecins et les chirurgiens, et insuffisamment accessibles. Connaissances et formation doivent évoluer.

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« Douleur post-opératoire et neuromodulation », séance plénière à l'Académie nationale de chirurgie.

« Douleur post-opératoire et neuromodulation », séance plénière à l'Académie nationale de chirurgie. kasto80 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Si les techniques de neuromodulation comme la stimulation médullaire présentent une efficacité dans le traitement des douleurs post-opératoires, elles sont encore "insuffisamment connues" des chirurgiens, qui pour beaucoup "n'en ont pas entendu parler pendant leurs études", ont estimé des spécialistes lors d'un point presse organisé le 1er avril 2026 à l'Académie nationale de chirurgie, à Paris.

L'objet de cet échange avec la presse, qui se tenait en amont d'une séance plénière sur le sujet, était d'aborder la question de la douleur post-opératoire et des perspectives offertes par la neuromodulation et les nouvelles options thérapeutiques.

Environ 10 millions de patients se font opérer en France chaque année et parmi ceux-ci, 10% vont développer des douleurs chroniques post-opératoires, a rappelé Anne-Laure Constant, anesthésiste-réanimatrice à l'hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP) à Paris (AP-HP).

Stimulation nerveuse électrique transcutanée (ou TENS, pour Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation), stimulation médullaire, stimulation du ganglion dorsal… "La boîte à outils est de plus en plus fournie" en matière de techniques interventionnelles, qui sont en outre "de plus en plus efficaces", a pointé Marc Lévêque, neurochirurgien spécialiste de la douleur à l'Hôpital privé Clairval (Marseille).

Il a donné l'exemple de la stimulation médullaire grâce à laquelle "50% à 70% des patients qui en bénéficient sont soulagés", avec peu d'effets indésirables, et a fait le parallèle avec les approches pharmacologiques qui, "malheureusement, d'année en année, font la démonstration soit de leurs effets indésirables -l'illustration la plus dramatique étant la crise des opioïdes aux Etats-Unis-, soit d'une efficacité médiocre comme la gabapentine ou la prégabaline, puisque cinq à sept patients doivent être traités pour qu'un soit soulagé".

Selon lui, ces techniques interventionnelles, "qui ne sont pas si chères finalement" en comparaison des médicaments et "dont les prix sont d'ailleurs en train de chuter", sont "insuffisamment connues" des chirurgiens. "Beaucoup de médecins ne savent même pas que ça existe et n'en ont pas entendu parler pendant leurs études!" a-t-il déploré.

Il y a aussi un "problème de communication majeur", a estimé Marc Zanello, neurochirurgien à l'hôpital Sainte-Anne à Paris (GHU Paris psychiatrie & neurosciences), expliquant qu'il y avait encore des craintes face à ces techniques, dont certaines sont pourtant utilisées depuis longtemps, comme la stimulation médullaire (la première implantation réalisée en France date de 1978).

"Ce sont vraiment des choses qu'on connaît, qu'on sait mettre en œuvre, et qui évoluent, qu'on propose à plus de patients, plus facilement, plus vite", a-t-il insisté, ajoutant que l'objectif était de pouvoir les "proposer au plus de patients possible".

"C'est important que les chirurgiens s'investissent pleinement dans la prise en charge du patient et de ses douleurs chroniques", a-t-il plaidé.

Une "vraie méconnaissance"

Il a par ailleurs déploré le fait qu'il n'y ait pas de définition claire de la douleur pharmacorésistante, qui permettrait de dire à quel moment un patient pourrait bénéficier d'une technique de neuromodulation… ce qui signifie qu'il peut se passer "des années" avant qu'il soit pris en charge. "Il y a une vraie méconnaissance de ce qui peut être proposé", a-t-il déploré.

Sandrine Soriot-Thomas, médecin généraliste qui "assure le service après-vente des chirurgies orthopédiques" sur le plan de la douleur au CHU d'Amiens, a par ailleurs rappelé que depuis octobre 2025, d'une part toutes les douleurs chroniques pouvaient "bénéficier d'une prescription et d'une prise en charge pour la neurostimulation transcutanée", alors que ceci ne l'était jusqu'alors que pour les douleurs neuropathiques, et que d'autre part, la prescription "a été ouverte à d'autres médecins que les médecins de la douleur en structure douleur chronique".

De ce fait, "les chirurgiens qui, dans leur formation, ont une formation à l'électrothérapie, peuvent dorénavant prescrire la neurostimulation transcutanée", a-t-elle noté.

Dans l'ensemble, le nombre de patients qui pourraient bénéficier de ces nouvelles techniques est "colossal", a estimé Marc Lévêque, interrogé par APMnews.

"Les chiffres se rapprochent de ceux de l'incidence de la douleur chronique réfractaire aiguë", a-t-il poursuivi, notant que d'une part, "il y a seulement 3% des patients qui accèdent aux structures douleur, or la plupart de ces techniques ne sont accessibles qu'au sein de ces structures", et d'autre part, "70% des patients sont insatisfaits de leur prise en charge qui est en majorité médicamenteuse".

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 1er avril 2026.

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