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Le rôle du pharmacien aux urgences se renforce

Alors que la part des hospitalisations causées par un évènement indésirable médicamenteux est en augmentation, le pharmacien clinicien s'impose comme un acteur clé de la sécurisation des soins. En témoignent deux expérimentations, présentées au congrès de la SFPC.

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Le rôle du pharmacien clinicien se renforce, y compris dans les services d'urgences. 

Le rôle du pharmacien clinicien se renforce, y compris dans les services d'urgences.   HJBC / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Le rôle du pharmacien clinicien aux urgences se renforce, selon des retours d'expérience présentés au congrès de la Société française de pharmacie clinique (SFPC) qui s'est tenu à Nantes jusqu'au 11 mars.

La part des hospitalisations causées par un événement indésirable médicamenteux est en augmentation. Elle représentait 8,5% tous services confondus en 2022 mais dépasse 20% aux urgences. Le repérage de ces événements au plus tôt dès l'admission permet d'adapter rapidement la prise en charge thérapeutique, de réduire les complications et d'optimiser la prise en charge, a rappelé Elsa Forêt des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) citant l'étude menée au CHU de Montpellier.

L'étude Urgeim du CHU de Montpellier, publiée en 2025, a montré que la pharmacie clinique aux urgences avec un lien ville-hôpital optimisé prévient les récidives de la iatrogénie médicamenteuse et réduit les réadmissions aux urgences à six mois, rappelle-t-on.

Ces événements iatrogènes sont des saignements, des troubles métaboliques et des troubles cardiovasculaires, ce qui est cohérent avec les classes médicamenteuses les plus retrouvées : antithrombotiques, anti-hypertenseurs et antipsychotiques, a poursuivi Elsa Forêt.

Elle a évalué l'intérêt du repérage de ces événements iatrogènes médicamenteux à l'admission aux urgences lors d'une conciliation médicamenteuse d'admission réalisée par l'équipe pharmaceutique pour les patients les plus à risque.

L'étude prospective, observationnelle et monocentrique a été réalisée aux urgences du site d'Hautepierre aux HUS de février à juin 2025.

Le bilan médicamenteux était réalisé par l'externe en pharmacie ou un préparateur en pharmacie hospitalière (PPH) puis le pharmacien le validaient, analysait la prescription et détectait le risque de iatrogénie avec l'outil AT HARM 10 puis cotait la probabilité de iatrogénie en quatre échelons. En cas de détection, une intervention pharmaceutique était réalisée auprès du médecin. Son impact clinique était ensuite évalué par un groupe d'experts.

Sur près de 20.000 patients admis aux urgences dont 7.000 ont été hospitalisés, 16% ont eu un questionnaire de priorisation et une conciliation médicamenteuse d'admission a été réalisée pour 50% des patients priorisés.

Une probable cause iatrogène médicamenteuse à l'admission a été retrouvée chez 31% des 223 patients inclus et 65% de cette détection n'aurait pas été réalisée en l'absence du pharmacien. Celui-ci a produit 38 interventions pharmaceutiques (sur 37 patients) en lien avec les événements iatrogènes médicamenteux dont 68% ont été acceptées. Il s'agissait d'arrêts et de substitutions.

L'impact des interventions a été évalué selon l'échelle CLEO et plus de trois quarts avaient un impact clinique significatif, dont une qui a eu un impact vital. Aucune n'a eu un impact négatif, a rapporté Elsa Forêt.

Le temps de réalisation des bilans par les externes ou PPH était en moyenne de 52 minutes et le temps pharmacien de 17 min, soit plus d'une heure par patient. Pour le pharmacien, cela représentait 84 min en moyenne par jour (jusqu'à 180 min).

Pour pérenniser cette activité, il faudrait deux heures de temps pharmacien par jour et 6 heures de temps externe, ce qui est assez important. Un renfort serait nécessaire, a estimé la pharmacienne.

Les HUS s'illustrent par une formation importante des PPH à l'activité de conciliation médicamenteuse. Un PPH est présent tous les jours aux urgences ainsi que dans l'équipe opérationnelle de pharmacie clinique, a confirmé Anne Dory des HUS, qui modérait la session.

Des prescriptions ajustées par le pharmacien aux urgences du CH d'Aulnay-sous-Bois

Laily Sadozai, pharmacienne à l'hôpital Robert-Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), a présenté lors de la même session orale un autre intérêt pour la pharmacie clinique aux urgences en allant plus loin.

Avec environ 130 passages par jour et des difficultés d'aval, les urgences de cet établissement font face à une saturation régulière entraînant un délai d'attente supérieur à 24 heures. Les patients sont 20 à 40 sur des brancards et il y a l'unité d'hospitalisation de courte durée de 10 lits. Les patients vont rester d'une à trois nuits et il est important de pouvoir leur prescrire aussi leurs traitements chroniques.

Des patients diabétiques, avec troubles psychiatriques ou sous anticoagulants montaient dans les services après ce délai en s'étant dégradés. En outre, c'est un service à fort risque d'erreur médicamenteuse (turn-over élevé, nombreuses interruptions de tâches).

Depuis 2019, une activité de pharmacie clinique a été déployée aux urgences avec un interne, du temps senior et des externes. Une conciliation médicamenteuse est réalisée mais il persistait beaucoup de divergences et d'interventions pharmaceutiques.

Pour améliorer la situation, il a été décidé de mettre en place en 2024 un protocole de renouvellement et adaptation des prescriptions par le pharmacien (droit ouvert depuis mars 2023). Le projet a été présenté en commission médicale d'établissement (CME).

Dans une étude monocentrique rétrospective conduite entre le 20 octobre 2024 et le 20 janvier 2025, les données des ajustements réalisés relevées dans le logiciel Pharma* ont été analysées. Les données cliniques ont été consultées dans le dossier patient informatisé (DPI) Hopital Manager* (Softway Medical).

Sur trois mois, 848 ajustements de prescriptions ont été effectués par le pharmacien, en collaboration avec les médecins, pour un total de 300 patients. La moitié était des médicaments ajoutés (basés sur la conciliation médicamenteuse, ou après le staff du matin, ou le passage de l'équipe mobile d'infectiologie).

Il y a eu 220 (26%) prescriptions optimisées avec des adaptations de posologies (insuffisance rénale ou antibiotique sous-dosé), des modifications de durées de traitement (trop courtes), des substitutions de médicaments hors livret thérapeutique de l'établissement et des optimisations de modalités d'administration (antibiotiques pour la méningite).

Pour 195 cas (23%), des erreurs de prescription liées à l'informatique ont été corrigées (unités, doublons de prescription).

Le suivi de ces ajustements a montré que 800 ont été maintenus par les cliniciens (97%) après montée du patient dans le service. Dans un délai de 48 heures, 29 lignes (3,4%) de prescriptions du pharmacien ont été modifiées par un clinicien, dont 27 suite à une réévaluation médicale, et seules deux étaient jugées inappropriées. Il s'agissait d'antihypertenseurs reconduits malgré une hypotension objectivée aux urgences, a-t-elle noté. "On est plus vigilants sur ce sujet maintenant", a-t-elle indiqué.

La pharmacienne a souligné "le rôle complémentaire du pharmacien aux urgences pour optimiser les prescriptions", comme le montrent les 97% de poursuite des prescriptions ajustées par le pharmacien.

La satisfaction des équipes médicales et paramédicales a été évaluée par un questionnaire anonyme qui a recueilli 40 réponses (26 pour les médecins et 14 pour les infirmiers) dont les résultats ont été présentés en poster.

Les médecins étaient satisfaits de l'analyse pharmaceutique quotidienne à 96% et les infirmiers à 93%. Pour la conciliation médicamenteuse, 88% des médecins et 69% des infirmiers s'en servaient déjà. Ils étaient à 69% convaincus de la sécurisation des prescriptions et du gain de temps apporté.

La pertinence de l'ajustement direct des prescriptions a été unanimement reconnue. Aucune des prescriptions faites par le pharmacien n'a été remise en cause par un médecin.

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 20 mars 2026.

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