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Intérêt de la transplantation de microbiote fécal dans la maladie de Crohn active

Plusieurs essais randomisés ont montré que la transplantation de microbiote fécal induisait une rémission dans la rectocolite hémorragique. Mais peu ont étudié son intérêt dans la maladie de Crohn active. Un essai australien apporte de nouvelles données.

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En fonction des cinq donneurs, les taux de réponse clinique varient de 43 à 93 %.

En fonction des cinq donneurs, les taux de réponse clinique varient de 43 à 93 %. ArtemisDiana / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Dans la maladie de Crohn active, la transplantation de microbiote fécal semble plus efficace que le placebo sur le plan thérapeutique, en améliorant notamment la réponse endoscopique, mais avec une variabilité importante en fonction du donneur, selon les résultats d'un essai randomisé australien présenté vendredi 20 février, lors du 21ᵉ congrès européen sur les Mici, organisé à Stockholm par l'European Crohn's and Colitis Organisation (ECCO).

Des essais randomisés ont montré que la transplantation de microbiote fécal était capable d'induire une rémission dans la rectocolite hémorragique et une étude préliminaire a également montré qu'elle permettait de maintenir la rémission induite par les corticoïdes dans la maladie de Crohn. Néanmoins, il n'existe pas de données pour soutenir son utilisation dans la maladie de Crohn active, a rappelé Sasha Fehily du Saint Vincent's Hospital. Au contraire, un petit essai randomisé multicentrique canadien avait plutôt conclu qu'elle n'était pas efficace pour induire une rémission chez des patients ayant une maladie de Crohn.

Dans l'essai randomisé en double-aveugle MIRO (Microbial restoration) présenté vendredi, Sasha Fehily et ses collègues ont inclus 103 patients atteints d'une maladie de Crohn active (inflammation, Crohn's Disease Activity Index -CDAI- entre 220 et 450 et taux élevés de calprotectine fécale ou de CRP) provenant de deux centres cliniques.

Avant la randomisation entre une transplantation de microbiote fécal et un placebo, les patients ont eu pendant trois semaines une optimisation diététique (alimentation complète) et une antibiothérapie d'une semaine, ce qui a réduit d'emblée le CDAI chez 21% des patients.

Ensuite, pendant huit semaines, 70 patients ont reçu une transplantation de microbiote fécal préparé en conditions anaérobies à partir d'un donneur (cinq donneurs au total pour tous les patients) et 30 ont eu un placebo. Selon la localisation de la maladie de Crohn, l'intervention (avec microbiote fécal ou placebo) a été réalisée par gastroscopie aux semaines 0, 2 et 6 chez 95 patients ou par coloscopie puis par lavements hebdomadaires pour huit patients.

Une réponse clinique à huit semaines (critère d'évaluation principal correspondant à une diminution du CDAI d'au moins 100 points ou un CDAI inférieur à 150) a été observée chez 57% du groupe transplantation de microbiote fécal et 45% du groupe placebo mais la différence n'était pas statistiquement significative, selon une analyse en intention de traiter. L'analyse per-protocole relevait un taux de réponse clinique de 63% vs 47% mais toujours sans différence significative.

Une diminution du CDAI significative par rapport au score initial a néanmoins été retrouvée dans le groupe transplantation de microbiote fécal et pas dans le groupe placebo.

S'agissant de la réponse endoscopique, une diminution du score SES-CD (Simple Endoscopic Score-Crohn's Disease) d'au moins 25% ou un score inférieur ou égal à 2 était plus fréquente avec la transplantation (53% vs 23% avec une différence statistiquement significative). Une amélioration significative du SES-CD était observée uniquement dans le groupe transplantation et pas dans le groupe placebo.

La diminution des biomarqueurs inflammatoires (CRP et calprotectine fécale) ne différait pas entre les groupes.

Sasha Fehily a par ailleurs insisté sur la mise en évidence d'un "effet donneur" important. En fonction des cinq donneurs, les taux de réponse clinique s'élevaient respectivement à 43%, 50%, 55%, 78% et 93%.

Cette variabilité entre les donneurs et l'effet important du régime alimentaire et des antibiotiques avant randomisation pourraient expliquer l'absence de différence significative entre les groupes en matière de réponse clinique.

À partir de ces résultats, Sasha Fehily juge néanmoins que la transplantation de microbiote fécal apparaît comme une option thérapeutique prometteuse dans la maladie de Crohn et que son succès dépend de la sélection des patients et des donneurs.

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 24 février 2026.

Sources

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