Comment réduire la mortalité infantile, anormalement élevée en France ? Le gouvernement vient de lancer des travaux qu'il veut voir rapidement aboutir. Mais plusieurs participants les jugent mal partis et précipités, sur fond de controverse persistante autour du sort des petites maternités.
"C'est de l'apparat, de la représentation et de la démagogie", estime auprès de l'AFP Patrick Rozenberg, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), près d'un mois après le lancement par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, d'un "chantier" sur la santé périnatale.
Un constat, largement consensuel, justifie cette annonce : la France est l'un des pays de l'Union européenne les plus touchés par la mortalité infantile, alors qu'elle était parmi les mieux classés dans les années 1990.
Entre 2011 et 2024, la mortalité infantile est passée en France de 3,5 décès pour 1.000 enfants à 4,1, selon l'Insee. Et cette hausse est essentiellement due aux décès de bébés dans leur premier mois de vie.
Les inquiétudes s'étendent aussi à la mortalité maternelle, même si celle-ci ne dépasse pas la moyenne européenne. En fin de compte, la politique française de périnatalité présente des "résultats sanitaires médiocres", comme l'a résumé la Cour des Comptes en 2024.
Médecins et sages-femmes ont salué la volonté du gouvernement de se pencher sur le sujet. Mais certains affichent désormais leur désillusion, à l'instar du CNGOF, qui menace de quitter ces travaux.
Les critiques jugent notamment le calendrier trop précipité. Le gouvernement a demandé à trois experts - un gynécologue, une pédiatre et une sage-femme - de formuler des recommandations d'ici à juin.
"On ne peut pas en trois mois résoudre les problèmes de la périnatalité", estime M. Rozenberg, qui y voit "improvisation et manipulation" et craint que "les dés soient jetés".
Derrière les critiques de méthode, une controverse de fond se ravive: le président du CNGOF craint que ne soit imposé "le maintien des petites maternités parce que c'est politiquement incorrect de les fermer".
"Mal engagé"
Le sujet oppose depuis plusieurs années élus locaux et sociétés de médecins. Les premiers, actuellement engagés pour beaucoup dans la campagne des élections municipales, présentent ces fermetures comme une cause première de la dégradation des soins périnataux, nombre de femmes étant privées de la possibilité d'accoucher près de chez elles.
Les médecins, au contraire, sont nombreux à estimer que ces maternités représentent un danger pour les futures mères et leur bébé car elles ne pratiquent pas assez d'accouchements. En 2023, l'Académie de médecine avait fait grand bruit en jugeant "illusoire" de soutenir les maternités réalisant moins de 1.000 accouchements par an.
À l'inverse, les députés ont voté en 2025, à une large majorité, une proposition de loi à l'initiative du groupe Liot pour suspendre pendant trois ans toute fermeture de maternité. Les sénateurs doivent l'examiner en mai.
Sur ce sujet comme sur d'autres liés à la périnatalité, "rien n'est encore écrit", assure le cabinet de Mme Rist à l'AFP.
Si le calendrier est resserré, c'est pour lancer "un plan d'action opérationnel d'ici la fin du quinquennat", ajoute le cabinet, dénonçant par ailleurs la posture selon laquelle "il n'y aurait que quelques sachants ayant la vérité sur ces sujets".
Reste que les médecins ne sont pas les seuls sceptiques. Des sages-femmes, qui tendent à avoir une position plus modérée sur les fermetures de maternité, expriment aussi des réserves quant au déroulé des travaux.
"Pour le moment, c'est mal engagé", reconnaît auprès de l'AFP Éléonore Bleuzen-Her, présidente du Collège national des Sages-Femmes (CNSF), "trois mois, ça me paraît très court."
Mais elle appelle à ne pas se focaliser uniquement sur les maternités, alors que les recherches sur le rebond de la mortalité infantile évoquent, entre autres, la hausse de l'âge des mères au moment de l'accouchement, l'accroissement des grossesses multiples, ou le poids des situations de précarité.
"Toute la périnatalité est cristallisée autour du lieu d'accouchement, alors qu'il y a plein de choses à faire avant", conclut Mme Bleuzen-Her, pour qui la France est "à la ramasse sur la prévention".
D'après une dépêche AFP publiée le 2 mars 2026.
jdy/ic/rap/abl
3 minutes
Ajouter un commentaire


Les commentaires sont momentanément désactivés
La publication de commentaires est momentanément indisponible.