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Le cancer de l’ovaire récidivant non éligible à une reprise de chimiothérapie à base de platine demeure associé à un pronostic défavorable et à des options thérapeutiques limitées.
Dans ce contexte, l’association du bévacizumab à une chimiothérapie non à base de platine constitue un standard thérapeutique.
Bien que les essais évaluant l’immunothérapie dans le cancer de l’ovaire, notamment ANITA, ATALANTE, NRG-GY009 et JAVELIN Ovarian 200, aient été, jusqu’à présent, plutôt négatifs, un rationnel biologique solide soutient l’association d’un inhibiteur de PD-L1 à une stratégie combinant chimiothérapie et anti-angiogénique.
La chimiothérapie pourrait induire une mort cellulaire immunogène, tandis que le bévacizumab pourrait favoriser l’infiltration lymphocytaire intratumorale, lever les effets immunosuppresseurs médiés par le VEGF, normaliser la vascularisation tumorale et moduler le microenvironnement immunitaire.
AGO-OVAR 2.29 / ENGOT-ov34 est un essai académique international, randomisé, en double aveugle, de phase III, ayant inclus des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire, des trompes de Fallope ou du péritoine, en rechute précoce (≤ 6 mois) après une première ou une deuxième ligne de chimiothérapie à base de platine, ou en troisième rechute indépendamment de l’intervalle libre de platine.
Toutes les patientes recevaient du bévacizumab (10 mg/kg aux jours 1 et 15) associé à une chimiothérapie non à base de platine choisie par l’investigateur, soit du paclitaxel hebdomadaire (80 mg/m²), soit de la doxorubicine liposomale pégylée (40 mg/m²), selon des cycles de 28 jours.
Les patientes étaient randomisées selon un ratio 1:1 pour recevoir soit l’atézolizumab (840 mg), soit un placebo, administrés aux jours 1 et 15 de chaque cycle, jusqu’à progression de la maladie, toxicité inacceptable ou pendant une durée maximale de deux ans.
Les critères de jugement principaux étaient la survie sans progression (PFS) et la survie globale (OS).
Les critères secondaires comprenaient le taux de réponse objective, la durée de réponse et la tolérance.
Au total, 574 patientes ont été randomisées.
La population était lourdement prétraitée, avec 72 % des patientes ayant déjà reçu du bévacizumab et 36 % ayant reçu au moins trois lignes de traitement antérieures. Une expression tumorale positive de PD-L1 était observée chez 26 % des patientes.
Le paclitaxel hebdomadaire constituait le backbone de chimiothérapie chez 54 % des patientes.
Après un suivi médian de 26,9 mois, l’ajout de l’atézolizumab n’a pas permis d’améliorer significativement la PFS (médiane de 6,4 mois versus 6,7 mois ; HR = 0,87 ; p = 0,12) ni l’OS (médiane de 14,2 mois versus 13,0 mois ; HR = 0,83 ; p = 0,06) dans la population en intention de traiter.
Les taux de réponse objective étaient comparables entre les deux bras (40 % sous atézolizumab versus 44 % sous placebo). En revanche, la durée de réponse était significativement plus longue dans le bras atézolizumab (8,6 mois versus 6,1 mois ; HR = 0,69 ; IC95 % : 0,51–0,93).
Les analyses en sous-groupes ont mis en évidence un signal de bénéfice chez les patientes prétraitées par bévacizumab, avec une amélioration de la PFS (HR = 0,76 ; IC95 % : 0,61–0,93) et de l’OS (HR = 0,74 ; IC95 % : 0,59–0,93).
Un signal favorable en OS était également observé dans le sous-groupe de patientes recevant un schéma à base de paclitaxel, suggérant une possible interaction entre le backbone de chimiothérapie et l’immunothérapie.
En revanche, le statut PD-L1 n’était pas associé à un bénéfice différentiel, confirmant l’absence de valeur prédictive de ce biomarqueur dans cette indication.
Sur le plan de la tolérance, les événements indésirables de grade ≥ 3 étaient fréquents dans les deux bras, rapportés chez 72 % des patientes recevant l’atézolizumab et chez 69 % de celles recevant le placebo. Il n’a pas été observé de différence cliniquement pertinente à l’exception d’une incidence plus élevée d’anémie de grade ≥ 3 dans le bras atézolizumab. Globalement, le profil de tolérance était conforme aux toxicités attendues de l’atézolizumab, du bévacizumab et des chimiothérapies associées, sans nouveau signal de sécurité identifié.
En conclusion, cet essai académique de phase III n’a pas démontré de bénéfice significatif de l’ajout de l’atézolizumab au bévacizumab associé à une chimiothérapie non à base de platine dans la population globale de cancers de l’ovaire récidivants non éligibles au platine.
Ces résultats confirment les données négatives des essais d’immunothérapie dans le cancer de l’ovaire. Toutefois, l’observation de signaux exploratoires de bénéfice chez les patientes prétraitées par bévacizumab et celles recevant un schéma à base de paclitaxel suggère que certaines sous-populations pourraient tirer un bénéfice modeste de l’immunothérapie. L’identification de ces patientes reposera probablement sur les analyses translationnelles ancillaires prévues dans le cadre de cet essai.
Article rédigé par le docteur Alia Harba.
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