Niveau de preuve insuffisant pour la psychanalyse et absence d’effet du packing.vejaa / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Des interventions développementales et comportementales doivent être mises en place précocement chez les enfants ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA), et ce de manière adaptée à ses besoins, au fur et à mesure qu'il grandit, notamment à l'adolescence, de manière coordonnée entre les professionnels et avec la famille, préconise la Haute Autorité de santé (HAS) dans des recommandations actualisées, présentées le 12 février 2026 en conférence de presse.
Parmi les "grandes évolutions" de ces recommandations, il est tout d'abord "rappelé fortement que l'évaluation diagnostique est la première étape des interventions", mais que ces dernières doivent être mises en œuvre "très tôt, dès les premiers signes, avant 18 mois parfois, sans attendre le diagnostic formalisé", a souligné la présidente de la commission "recommandations, pertinence, parcours et indicateurs" (CRPPI) de la HAS, Claire Compagnon.
Cette démarche diagnostique vise à réaliser tout d'abord l'évaluation du fonctionnement de l'enfant, qui est nécessaire pour définir son projet personnalisé d'interventions multidimensionnelles, et doit être faite "régulièrement tout au long de la vie", au moins une fois par an.
L'évaluation et les interventions sont "centrées sur la personne, ses besoins et ses attentes", qui vont évoluer depuis le nourrisson, en passant par l'enfant en âge préscolaire et scolaire et jusqu'à l'adolescent, vers l'âge adulte, a ajouté le président de la commission en charge du social et du médico-social (CSMS), Christian Saout.
"Quelle que soit la tranche d'âge, leurs différents profils, ces personnes doivent être accompagnées telles qu'elles sont et elles ont besoin d'un environnement qui les comprend, qui s'adapte et les valorise", a-t-il poursuivi.
Claire Compagnon a souligné l'importance d'"impliquer les parents", ce qui assure une amélioration à la fois de la qualité de vie de l'enfant et de la famille, et d'"impliquer la personne elle-même pour favoriser son autodétermination dans toutes les dimensions de sa vie quotidienne", à l'école, dans les loisirs, notamment l'activité physique, dans l'autonomie au quotidien, la vie relationnelle, affective et sexuelle…
Une approche personnalisée, construite avec les familles
La Pr Amaria Baghdadli, pédopsychiatre, s'est félicitée d'avoir coprésidé le groupe de travail avec une personne concernée, Sophie Biette, maman d'une jeune femme autiste, alors que ce sont deux professionnels de santé qui étaient à la tête du groupe de travail des précédentes recommandations.
"Il est indispensable de prendre en compte la personne concernée et sa famille. On ne peut pas décider sans elles. Et ce qui apparaît, c'est qu'il n'y a pas de réponse unique universelle à apporter à tout moment. Il faut donc une approche personnalisée, adaptée à des besoins différents, en proposant la bonne intervention, au bon moment, par les bonnes personnes, c'est-à-dire formées selon les bonnes pratiques, en cohérence avec la science", a-t-elle développé.
Sans vouloir citer de méthode en particulier, la pédopsychiatre a précisé que les interventions développementales et comportementales recommandées couvraient plusieurs domaines fonctionnels, comme la communication, le langage, les habiletés sociales, l'autonomie, la sensorialité et la motricité.
"La coordination" est en outre essentielle pour que les différents professionnels qui interviennent travaillent "en réseau" pour accompagner et soutenir les familles.
Parmi ces interventions, celles qui sont "médiées par les parents sont parmi les plus efficaces", a fait observer Sophie Biette, se félicitant du volet "famille" de ces recommandations. Il est notamment souligné qu'il faut prendre en compte le fonctionnement propre à chaque famille, reconnaître son expertise d'usage, lui apporter soutien et à la fois assurer "une guidance parentale professionnelle avec des pratiques validées" afin de créer un environnement favorable à l'enfant.
Les besoins spécifiques, notamment constants, qui concernent environ 15% des personnes avec un TSA, ont également été mentionnés, ainsi que la prévention et les réponses aux "comportements problèmes", a-t-elle relevé.
Des aides techniques peuvent aider au suivi et à l'accompagnement des familles, notamment des outils numériques et la téléexpertise, a poursuivi Claire Compagnon.
Enfin, la HAS précise non seulement les interventions recommandées, mais aussi celles qui ne le sont pas.
Les interventions non recommandées selon la science
Outre les interventions développementales et comportementales à mettre en œuvre précocement, la HAS formule des recommandations sur les médicaments et les interventions pour les troubles associés (par exemple, épilepsie, trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité -TDAH-, trouble du sommeil) et "il est essentiel de rappeler que les psychotropes ne sont pas systématiques et ne conditionnent pas une hospitalisation", a souligné la Pr Baghdadli.
La pédopsychiatre a mis en avant l'approche "exigeante et réaliste" du groupe de travail, s'appuyant à la fois sur la science, le consensus interprofessionnel et les attentes des familles. "Les parents attendent des professionnels qu'ils mettent en œuvre des recommandations de bonnes pratiques", a appuyé Sophie Biette.
Le président de la HAS, Lionel Collet, a souligné que ce "sujet complexe a été abordé avec la rigueur exigée", en tenant compte de l'évolution des connaissances depuis 2012 car dans le domaine des TSA, "il existe aussi de la fausse science et des fausses idées, de la désinformation".
Dans la mission de la HAS qui est d'éclairer les pouvoirs publics dans les prises de décision, il a été décidé d'"expliciter les interventions qui ne sont pas recommandées, ce qui n'est pas habituel", soit en raison d'absence ou d'insuffisance de preuves, soit de la démonstration de l'inefficacité. Parmi ces méthodes non recommandées, figurent notamment la psychanalyse, le packing, le neurofeedback, note-t-on.
La HAS a souhaité apporter cette précision en raison notamment de l'hétérogénéité des pratiques et de la nécessité d'intervenir précocement pour éviter une perte de chance. "C'est pour cela que j'appelle à l'opposabilité de certaines recommandations et notamment celles-là", a ajouté Lionel Collet, comme il l'avait déjà fait lors de la conférence de presse de rentrée en octobre 2025.
Ces recommandations, qui concernent tous les enfants et adolescents avec autisme jusqu'à 20 ans, actualisent celles publiées en 2012, a rappelé Claire Compagnon, faisant observer qu'elles étaient "doublement importantes à ses yeux", en tant qu'ancienne déléguée interministérielle à la stratégie nationale autisme au sein des troubles du neurodéveloppement (TND) 2018-2022.
Elles s'inscrivent "dans un contexte national de forte mobilisation" après trois plans autisme de 2005 à 2017, puis deux stratégies sur 2018-2022 et 2023-2027, avec la volonté d'inscrire "la science au cœur des pratiques".
"Nous affirmons très clairement qu'il n'existe aucune preuve d'un lien des TSA avec les vaccins, la prise de paracétamol pendant la grossesse et la surexposition aux écrans", a insisté Claire Compagnon, dans une volonté de ne pas culpabiliser les familles, en référence notamment à des théories complotistes relayées par le gouvernement de Donald Trump.
Depuis 2012, la HAS a publié d'autres recommandations sur les TSA et les TND, notamment en 2018 sur l'accompagnement des adultes. "Selon les professionnels et les associations, il faudrait les actualiser, et le plus tôt serait le mieux", a commenté la présidente de la CRPPI.
Ces recommandations sont accompagnées notamment d'une fiche listant les 25 messages clés et, pour leur diffusion, la HAS a prévu notamment un webinaire à destination des professionnels, mardi 31 mars.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 12 février 2026.
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