Les dernières recommandations sur le syndrome d'apnées-hypopnées du sommeil datent de 2010.EyeEm Mobile GmbH / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Les prochaines recommandations françaises sur le syndrome d'apnées-hypopnées du sommeil (SAHOS) de l'adulte comprendront une nouvelle démarche diagnostique, notamment pour évaluer le degré de sévérité, selon les propositions présentées pour discussion lors du Congrès de pneumologie de langue française (CPLF), en fin de semaine dernière à Lille.
Les précédentes recommandations, élaborées par plusieurs sociétés savantes dont la Société de pneumologie de langue française (SPLF) et la Société française de recherche et de médecine du sommeil (SFRMS), datent de 2010.
Les prochaines, qui sont donc encore en cours de validation, portent sur les définitions, le diagnostic et le dépistage, a indiqué la Dr Sandrine Launois de l'Institut médical du sommeil à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), qui coprésidait une session spéciale, vendredi 30 janvier, où ces propositions étaient présentées pour discussion.
La Dr Nicole Meslier du CHU d'Angers a exposé les données de la littérature et les évolutions pour aboutir aux définitions proposées des événements respiratoires (apnée, hypopnée, effort respiratoire inducteur de micro-éveil) qui servent au diagnostic de pathologies respiratoires du sommeil et du SAHOS en particulier.
Pour définir un SAHOS, il faut un critère de mesure des anomalies respiratoires au cours du sommeil. L'index d'apnées ou hypopnées (IAH), qui correspond au nombre d'événements respiratoires majoritairement obstructifs par heure de sommeil ou d'enregistrement, "reste aujourd'hui la mesure la plus consensuelle", avec un seuil de 5 par heure, sauf pour les personnes âgées à partir de 65 ans, avec un seuil porté à 15/h.
"Un syndrome n'existant pas en l'absence de symptôme, il faut ajouter un critère clinique de symptomatologie associée à une détresse ou un handicap", a poursuivi la pneumologue. Il est nécessaire que soient présents des symptômes d'au moins deux catégories parmi trois et qu'ils entraînent une détresse ou un handicap cliniquement significatif.
Concernant les symptômes du SAHOS, le groupe de travail est parti du constat qu'ils sont peu spécifiques, subjectifs, car il existe peu d'outils de mesure, variables d'un patient à l'autre, a poursuivi la Dr Cécile L'Hédéver du CHU de Brest.
Il a donc été proposé de classer les symptômes les plus fréquents en quatre catégories selon leur lien de causalité avec le SAHOS.
La première rassemble les indices d'obstruction des voies aériennes supérieures. "Ce sont les symptômes qui reflètent directement le collapsus des voies aériennes": les ronflements, les apnées rapportées par l'entourage et les suffocations nocturnes. La deuxième correspond aux indices d'altération du sommeil, en lien avec des événements respiratoires: le sommeil non réparateur, la somnolence diurne excessive et l'insomnie.
Dans la troisième figurent les indices mixtes, en lien avec l'obstruction et/ou l'altération du sommeil: les céphalées matinales, la nycturie et les sueurs nocturnes et dans la quatrième, les indices indirects, "dont le lien de causalité est plus discutable, soit parce que ce sont des symptômes trop fréquents en population générale soit que les études sont contradictoires": fatigue, altération de l'humeur, troubles cognitifs, baisse de la libido…
Pour tous ces symptômes, il faudrait systématiquement rechercher d'autres causes pouvant mieux les expliquer (habitudes de sommeil, médicaments, prise de toxique, autres maladies notamment somatiques ou psychiatriques).
Évaluer la sévérité sur des critères cliniques
Concernant l'évaluation de la sévérité du SAHOS, de nouvelles données ont été publiées depuis 2010, qui ont conclu à l'absence de corrélation entre l'IAH avec la somnolence, avec l'évolution des symptômes sous pression positive continue (PPC) et avec le pronostic cardiovasculaire, a poursuivi la Dr L'Hévéder.
Ainsi, il devrait être recommandé de ne pas utiliser les seuils d'IAH comme marqueur de sévérité, qui permettaient alors de déterminer un SAHOS léger avec un IAH entre 5 et 15 événements par heure, modéré entre 15 et 30/h et sévère avec au moins 30/h.
En raison de données suffisantes pour l'usage d'autres marqueurs en pratique clinique, le groupe de travail propose d'évaluer la sévérité sur des critères cliniques, et pas uniquement la somnolence diurne.
Il s'agit d'évaluer le retentissement des symptômes sur le patient dans sa globalité, dans son cercle familial, sur ces relations sociales et sa vie professionnelle, dans son contexte qui lui est propre, et déterminer s'ils sont responsables d'une détresse ou d'un handicap cliniquement significatif, ou s'il existe un risque accidentogène particulier (selon le métier exercé notamment).
Enfin, il convient d'identifier des comorbidités identifiées à risque, comme une hypertension artérielle (HTA) non dipper ou résistante, une BPCO, une grossesse à risque…
En revanche, les nouvelles recommandations ne devraient pas comporter de grands changements concernant les examens diagnostiques en raison de l'absence de nouvelles avancées technologiques, que ce soit pour la polysomnographie ou la polygraphie ventilatoire.
La place des nouvelles technologies fera l'objet d'un travail ultérieur à part, a par ailleurs indiqué la pneumologue.
Une nouvelle entité, les Aros
Dans la classification internationale des pathologies du sommeil ICSD3-TR, un SAHOS peut également être défini par un IAH d'au moins 15 événements respiratoires par heure en l'absence de symptomatologie causale et d'une détresse ou d'un handicap cliniquement significatif, a poursuivi la Dr Meslier.
Mais le groupe de travail propose de ne pas retenir ce critère et d'ajouter un chapitre aux recommandations précédentes pour définir "une nouvelle entité distincte, les anomalies respiratoires obstructives du sommeil (Aros)" et "permettre de répondre à un enjeu de prévention dans certaines populations asymptomatiques".
Ces Aros associent ainsi le même critère d'anomalies respiratoires au cours du sommeil que le SAHOS et soit une hypertension artérielle (HTA) résistante et/ou mal contrôlée ou "non dipper" (baisse insuffisance de la pression artérielle la nuit), soit une autre situation clinique avec suspicion élevée d'une causalité avec les Aros et une comorbidité.
Cependant, les Aros sont très fréquentes en population générale. Si on considère un IAH à partir de 5, on en retrouve chez 84% des hommes et 61% des femmes et à partir de 15/h, chez respectivement 50% et 23%: "Il paraît déraisonnable d'aller tous les chercher en population générale", a souligné le Pr Wojciech Trzepizur du CHU d'Angers.
Les données de la littérature suggèrent que le dépistage des Aros, à l'aide de questionnaires validés, pourrait améliorer leur prise en charge et leur pronostic dans des situations bien précises uniquement, c'est-à-dire des patients avec une HTA résistante ou avec un profil "non dipper", une BPCO, lors d'une grossesse à risque pou d'un bilan préopératoire.
Il n'apparaît donc pas recommandé de dépister des Aros en population générale ni en particulier chez les personnes avec une obésité, un diabète, une pathologie coronarienne, une insuffisance cardiaque, une pathologie vasculaire cérébrale, une fibrillation atriale.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 3 février 2026.
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