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Stéphanie Rist lance la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé

Neuf recommandations autour de six piliers : le rapport sur la désinformation en santé est partiellement repris par le ministère. La stratégie nationale, dévoilée le 12 janvier, retient quatre axes, écartant les sanctions et l’info-score santé.

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D'une logique descendante à une mobilisation horizontale, un changement de paradigme pour la santé.

D'une logique descendante à une mobilisation horizontale, un changement de paradigme pour la santé.MARIA GARCIA / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

La ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées Stéphanie Rist a lancé la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé le 12 janvier 2026, à la suite de la remise du rapport Molimard.

Mathieu Molimard, Dominique Castogliola et Hervé Maisonneuve avaient été missionnés par le prédécesseur de Stéphanie Rist, Yannick Neuder, pour élaborer une telle stratégie afin de lutter contre ce phénomène qui s'intensifie. Yannick Neuder avait déjà identifié cinq chantiers et un comité de pilotage avait été mis en place, dont faisaient partie les trois scientifiques.

Dans leur rapport, ils formulent neuf recommandations pour élaborer une stratégie qui repose sur six piliers: l'éducation, la formation, l'information, la détection, les sanctions et la recherche.

La stratégie du ministère s'articule autour de quatre axes et ne reprend qu'en partie ces recommandations, ce que la ministre a assumé.

Le premier concerne le dialogue avec la société civile, "associations citoyennes, collectifs de soignants, plateformes de fact-checking, journalistes scientifiques, influenceurs engagés, enseignants, créateurs de contenus", énumère le dossier de presse.

"Il s'agit de passer d'une logique descendante de la communication à une mobilisation horizontale, pluraliste et durable", explique le ministère. Les pouvoirs publics sont en train d'analyser la façon dont les citoyens perçoivent la désinformation en santé avec, par exemple, un baromètre dont les résultats sont annoncés pour avril.

Un comité citoyen a également commencé à se réunir, pour plancher sur le rôle des pouvoirs publics en matière de lutte contre la désinformation en santé. Ses recommandations doivent être remises le 18 février 2026.

Observatoire de la désinformation en santé (et pas de l'information)

Le deuxième axe concerne la mise en place d'un observatoire de la désinformation en santé, une des pistes de Yannick Neuder. Les auteurs du rapport parlent, eux, d'un observatoire de l'information en santé, qui deviendrait "le point d'entrée public de l'information de santé fiable en France". "Sa gouvernance et les modalités de garantie de son indépendance sont en cours de réflexion", explique le ministère.

La ministre soutient également la mise en place d'un dispositif "d'infovigilance en santé", à partir de la fin janvier, c'est le troisième axe. Il fonctionnera selon trois temps: d'abord "détecter les fausses informations en temps réel", puis "analyser les ressorts argumentaires" et enfin "diffuser une réponse fiable" pour les endiguer, dans une logique de contre-discours.

L'idée est de s'appuyer sur une "communauté d'alliés" englobant aussi bien des acteurs institutionnels comme les ARS ou les organismes de tutelle que des réseaux d'experts, des journalistes ou encore des influenceurs.

Le ministère compte diffuser ces contenus sur les plateformes, sur YouTube Shorts et sur un nouveau compte TikTok, "le Check-up", ainsi que sur l'espace Décryptages de Sante.fr.

Dans le rapport Molimard, ce dispositif est une des briques de l'observatoire de l'information en santé, note-t-on.

Enfin, le ministère entend "bâtir un socle de confiance propice à l'information en santé", avec un ensemble de mesures hétérogènes. Elles concernent le renforcement de l'éducation critique à la santé, avec des kits pédagogiques pour les enseignants et les enfants, en cours d'élaboration. Le rapport Molimard évoque de façon plus large l'éducation à l'esprit critique, à la science, à la santé et aux médias, et ce tout au long de la vie.

Le volet "responsabilisation des plateformes" est moins ambitieux et sans doute plus réaliste que ce que propose le rapport Molimard, qui estime que ces acteurs sont de véritables médias, avec une politique éditoriale.

Pour rappel, la régulation du numérique relève du droit européen, avec le règlement sur les services numériques (DSA en anglais), qui maintient le régime de responsabilité limitée des hébergeurs prévu par la directive e-commerce. En 2026, le ministère de la santé est simplement "étroitement associé" aux travaux du réseau national de coordination de la régulation des services numériques, qui porte cette année sur la désinformation en ligne.

Enfin, il est question d'intégrer la désinformation en santé dans les programmes de recherche. "Des échanges sont en cours avec le MESR [ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche] pour se coordonner sur la mise en œuvre", mentionne le ministère. Le rapport Molimard propose plus précisément de faire de l'infodémiologie une priorité de recherche via un programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR).

Parmi les propositions que le ministère n'a pas retenues figurent la sanction des désinformateurs et la protection des scientifiques, parfois intimidés par des procédures-bâillons ou des menaces sur les réseaux sociaux.

Exit aussi l'"info-score santé", sur le modèle du nutriscore. "Nous ne sommes pas prêts", a justifié la ministre Stéphanie Rist. "Pouvons-nous mettre une note à une information?", s'est-elle interrogée, mentionnant les cas où les informations ne sont pas tranchées. "Les questions que pose cet info-score santé sont très intéressantes: la transparence, l'affichage des liens, le sourcing, évidemment que je retiens cette idée", a-t-elle toutefois souligné.

Ont également été écartées les propositions de l'élaboration d'un plan public d'information et de lutte contre la désinformation dans chaque institution ou encore le bannissement de la labellisation académique des pratiques de soins non conventionnelles.

Interrogé par APMnews pour savoir s'il était satisfait de la façon dont la ministre a repris les propositions du rapport, Mathieu Molimard a répondu: "Joker! La ministre propose une action sur le long terme, nous verrons les actions mises en place". "Nous pourrons mieux vous répondre d'ici un an", a complété Dominique Costagliola. Cette dernière a aussi souligné que les organisations peuvent prendre l'initiative de mettre en place des plans publics d'information et de lutte contre la désinformation.

La ministre de la santé a invité, en conclusion, à "se redonner des rendez-vous".

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 12 janvier 2026.

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