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Le cancer colorectal (CCR) localisé reste à risque élevé de récidive malgré la chirurgie et la chimiothérapie adjuvante. Les analyses moléculaires ont montré qu’environ 30–40 % des tumeurs présentent des altérations de la voie PI3K, notamment des mutations PIK3CA, associées à la prolifération et à la survie tumorale.
Des études observationnelles et essais rétrospectifs ont suggéré que l’aspirine à faible dose pourrait exercer un effet antitumoral en inhibant les plaquettes et la cascade COX-1/COX-2, modulant la signalisation PI3K/AKT, l’inflammation tumorale et la micro-environnement immunitaire, ce qui serait particulièrement pertinent pour les tumeurs PI3K-altérées.
DOSE-ASA est un essai randomisé, multicentrique et en double aveugle incluant 1 103 patients opérés pour CCR localisé et porteurs de mutations PI3K. Les participants ont été stratifiés en deux groupes : groupe A, mutations hotspot de PIK3CA, et groupe B, autres altérations PI3K significatives. Les critères principaux étaient la récidive tumorale à 3 ans, avec la survie sans maladie (DFS) et la tolérance comme critères secondaires.
Dans le groupe A, la récidive à 3 ans était de 7,7 % sous aspirine versus 14,1 % sous placebo (HR = 0,49 ; IC 95 % : 0,24-0,98 ; p = 0,04), tandis que dans le groupe B, les valeurs étaient de 7,7 % versus 16,8 % (HR = 0,42 ; IC 95 % : 0,21-0,83).
La DFS montrait des tendances similaires (HR = 0,61 ; IC 95 % : 0,34-1,08 pour le groupe A, HR = 0,51 ; IC 95 % : 0,29-0,88 pour le groupe B). Les analyses selon le sexe suggèrent un bénéfice légèrement plus marqué chez les femmes, bien que la puissance soit limitée. Le traitement était globalement bien toléré, avec peu d’événements indésirables graves. On peut noter comme limites à cet essai un suivi relativement court (3 ans) et l’absence de données de survie globale.
En conclusion, l’aspirine à faible dose réduit significativement le risque de récidive et améliore la DFS chez les patients opérés de CCR localisé avec altérations PI3K, avec un bénéfice observé dans les deux groupes moléculaires et un signal plus marqué chez les femmes. Ces résultats soutiennent l’intérêt d’une approche personnalisée fondée sur le profil moléculaire pour orienter la prise en charge adjuvante du CCR.
Par Fouad GHEDIED
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