Pansements sous anesthésie, litres d'eau... les grandes étapes des soins aux grands brûlés

Source :AFP
Date de publication :07 janvier 2026
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Pansements sous anesthésie, litres d'eau, soutien psychologique... Les soins aux grands brûlés, comme ceux victimes de l'incendie dans la station suisse de Crans-Montana, suivent plusieurs grandes étapes et durent des mois, expliquent pour l'AFP deux spécialistes de ces pathologies.

Le patient "est tout d'abord endormi, si ce n'est pas déjà fait (par les services d'urgence), pour que l'on puisse mettre en place les cathéters, et faire des pansements. Cela nécessite souvent de nettoyer en profondeur la peau brûlée: cela peut prendre de 3 à 6 heures voire plus, suivant la gravité, et se fait dans le lieu de déchocage de la réanimation", dit le Pr Nicolas Bruder, responsable du Centre des Brûlés Inter-Régional Méditerranée, à Marseille.

"Une obsession des premiers jours, c'est l'hypothermie car les grands brûlés ne peuvent plus contrôler leur température", complète le Pr Marie-Reine Losser, présidente de la Société francophone de brûlologie.

"Plus la surface brûlée est importante, plus notre système cardiaque et vasculaire va se dérégler et une baisse de tension s'installer. Alors on les couvre de couvertures chauffantes, on les transporte dans un camion chauffé", précise-t-elle.

"Dans un lieu clos, vous ne pouvez pas échapper aux flammes. Parmi les causes de brûlures, la brûlure par incendie est la plus grave", souligne-t-elle.

L'incendie dans un bar de Crans-Montana lors de la nuit du Nouvel An a fait, selon un bilan des autorités suisses vendredi, 40 morts et 119 blessés, dont une cinquantaine ont été transférés, ou vont l'être, à l'étranger dans des centres spécialisés pour les grands brûlés.

La plupart des personnes prises en charge "étaient des blessés graves", selon le directeur de l'Organisation cantonale valaisanne des secours, Fredy-Michel Roten.

A l'hôpital, le patient est ensuite mis dans un lit de réanimation et on va lui faire des pansements tous les jours, puis, au bout de trois/quatre jours, tous les deux jours, sous anesthésie, soit dans sa chambre, soit au bloc opératoire.

L'équipe doit avant tout lutter contre la douleur - ces blessures sont très douloureuses - et surveiller que les brûlures ne s'infectent pas. Et, "lorsque c'est le cas, faire des pansements plus rapprochés, mettre des antiseptiques sur les zones infectées", détaille le Pr Bruder. Les grands brûlés peuvent avoir "des problèmes respiratoires, infectieux, une insuffisance rénale qui parfois oblige à les dialyser".

- "Stress post-traumatique et cauchemars" -

Le patient peut être sédaté pour rester endormi, surtout si ses problèmes, en particulier pulmonaires, sont graves. Car "avoir inhalé de la fumée, de la suie, peut causer des problèmes respiratoires et la brûlure peut entraîner des réactions inflammatoires très importantes", note-t-il.

"On donne un antidote en cas d'inhalations de fumée, pour combattre l'effet d'un toxique, le cyanure, dégagé par la combustion" des meubles, précise le Pr Losser.

Il faut aussi lui apporter beaucoup de liquide: autour de 10 litres dans les premières 24 heures, et cet apport d'eau peut lui-même entraîner des complications respiratoires, un oedème pulmonaire.

Anesthésistes réanimateurs, infirmiers, aide-soignants, puis, après la phase aigüe, kinésithérapeutes, chirurgiens-plasticiens spécialisés pour les greffes de peau: une équipe pluridisciplinaire intervient.

"Les infirmières sont extrêmement importantes: les pansements à réaliser peuvent être extrêmement complexes et prendre facilement deux heures", souligne le Pr Bruder.

Et "pour cicatriser, les grands brûlés ont besoin d'une nutrition adéquate" et d'être en forme: "les sujets âgés ont une cicatrisation moins efficace que les sujets jeunes, leur pronostic est donc moins bon", note-t-il. En outre, fumeurs, diabétiques et personnes immunodéprimées cicatrisent moins bien.

Un soutien psychologique doit également démarrer rapidement: les grands brûlés "ont tous une atteinte psychologique sérieuse, du stress post-traumatique, font des cauchemars". "Certains deviennent dépressifs, d'autres au contraire, vont lutter et très bien récupérer à long terme", souligne le Pr Bruder.

Mais après plusieurs mois en réanimation, un grand brûlé devra encore passer plusieurs mois dans un centre de rééducation spécialisé. "Il faut compter au moins six mois jusqu'à ce qu'ils puissent revenir à la maison", constate-t-il.

Certains verront leurs capacités physiques limitées, et devront adapter leur travail à leurs séquelles. "Tout dépend de l'endroit où se situe la brûlure: sur le thorax et l'abdomen, cela peut faire des cicatrices pas très jolies, mais généralement, cela ne posera pas de problèmes fonctionnels". Mais "si c'est dans les plis", complète le Pr Bruder, "pli axillaire (aisselle, ndlr), genou, mains: il peut y avoir des rétractions et des séquelles fonctionnelles".

ref/alu/vmt

Par Rébecca FRASQUET

D'après une dépêche AFP publiée le 3 janvier 2026.

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