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L'IA va transformer les pharmacies hospitalières (Antoine Tesnière, DG de PariSanté Campus)

Cette journée, qui s'est déroulée le 11 décembre 2025 dans le cadre des Rencontres de la PUI par APM international, était consacrée aux usages actuels et aux perspectives de l'intelligence artificielle en pharmacie hospitalière. Décryptage.

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Des solutions d'IA avec les systèmes d’aide à la décision pharmaceutique, mais pas seulement.

Des solutions d'IA avec les systèmes d’aide à la décision pharmaceutique, mais pas seulement.LeoWolfert / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

L'intelligence artificielle (IA) va transformer les pharmacies hospitalières, a estimé Antoine Tesnière, directeur général de PariSanté Campus, lors des Rencontres de la PUI organisées jeudi à Paris par APM International.

Il s'exprimait en tant que grand témoin lors de cette journée placée sous le thème "IA & PUI (pharmacie à usage intérieur): formation et décryptage de l'actualité" et consacrée aux usages actuels et aux perspectives de l'intelligence artificielle en pharmacie hospitalière.

"L'IA va transformer de façon transversale toutes les approches et évidemment les pharmacies hospitalières vont être transformées", a-t-il déclaré.

"Il me semble indispensable d'avoir cette réflexion pour comprendre que le cœur de la donnée médicamenteuse va être le carburant de ces transformations", a-t-il ajouté.

Il a avancé un enjeu de sécurisation du médicament et des activités avec déjà "quelques premiers exemples d'utilisation de l'IA pour détecter facilement des interactions médicamenteuses complexes", citant la start-up DrugOptimal, installée à PariSanté Campus, qui développe un logiciel de lutte contre l'incompatibilité physico-chimique.

"Ces outils sont utilisés soit en 'stand alone', soit intégrés à des outils de prescription à disposition des cliniciens", a poursuivi Antoine Tesnière.

D'autres permettent aussi "d'aller beaucoup plus loin dans la logique de la médecine de précision, de personnalisation des traitements", notamment en cancérologie, tandis que d'autres encore repèrent des prescriptions atypiques ou inadaptées.

Les pharmacies pourront également bénéficier des emplois de l'IA à l'hôpital dans les organisations pour la gestion des stocks, la prévention des ruptures, la logistique de certains médicaments, la gestion des parcours de certaines chimiothérapies ou bioproductions, a-t-il esquissé.

Antoine Tesnière a aussi mentionné les outils de gestion des plannings au bloc opératoire, qui font gagner beaucoup de temps grâce à l'automatisation en temps réel et qui pourront se décliner pour les missions des pharmaciens hospitaliers.

En outre, des applications se profilent en recherche clinique et évaluation, avec la modélisation virtuelle pour accélérer le développement des médicaments et aussi l'utilisation des données en vie réelle grâce aux entrepôts de données. Il a évoqué les data rooms pour le suivi et le pilotage en temps réel. "La donnée va transformer les métiers", a-t-il pointé.

Cela aura des implications sur l'évolution des métiers, comme c'est déjà le cas pour les radiologues. "Il faut penser très vite la façon dont ces outils vont impacter vos activités pour être en amont de ces transformations et ne pas en être victimes faute d'anticipation", a-t-il recommandé à l'assistance de pharmaciens.

"Si l'on peut avoir un moment d'inquiétude, notamment parce qu'en simulant des raisonnements humains, l'IA génère une perte du monopole de l'intelligence en plus de la perte du monopole de l'information et de la connaissance, une fois qu'on a passé cette étape, il faut voir comment utiliser ces outils, dans quel objectif, comment en garder la maîtrise pour amener in fine un meilleur service -plus rapide, plus performant, plus efficace, et plus sécurisé- à nos patients", a-t-il encouragé.

Dans un contexte caractérisé par un manque d'interopérabilité numérique du fait de l'absence d'interface entre de très nombreux logiciels, par des infrastructures fragiles et complexes, et par des préoccupations de cybersécurité, "le déploiement des solutions d'IA est plutôt un challenge qui s'ouvre aujourd'hui aux établissements de santé", a reconnu Catherine Amalric de l'Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap).

"Si jusque-là, il y a eu peu de déploiements dans des démarches d'implantation générale, il y a pour autant déjà beaucoup d'usages de solutions d'IA dans nos PUI pratiquement sur l'ensemble des missions pharmaceutiques, avec les systèmes d'aide à la décision pharmaceutique (SADP), bien sûr, mais pas seulement, et il y a aussi de l'IA embarquée sur les automates, les solutions robotisées ou les caméras, par exemple d'analyse d'images pour le contrôle des préparations", a-t-elle décrit.

Des pharmaciens intéressés mais prudents

"Cela montre un intérêt important de la profession pour ces solutions innovantes, cohérent avec celui exprimé pour les solutions d'automatisation dont témoigne le nombre de dossiers déposés dans le cadre de l'appel à projets Sesame", a-t-elle noté. Cet appel à projets a reçu 150 dossiers et les résultats sont attendus pour début 2026.

La pharmacienne et ancienne députée européenne a souligné un besoin de sécurisation des usages, de mise en place de bonnes pratiques et de responsabilité en conformité avec l'IA Act, règlement européen qui s'impose depuis août 2024.

L'Anap s'est engagée dans l'acculturation des acteurs de terrain et l'accompagnement des établissements. L'agence a mis en place trois modes de diffusion: la journée de rencontre et partage d'expérience PerfIA entre utilisateurs et développeurs, avec des ateliers interactifs; un observatoire de solutions d'IA en santé dans lequel elle répertorie les solutions ayant un certain degré de maturité et respectant la réglementation (avec la double certification du marquage CE et une conformité à l'IA Act) pour promouvoir des IA "de confiance"; ainsi qu'une masterclass que Catherine Amalric a annoncée pour 2026, une sorte de "laboratoire de coconstruction" avec les professionnels des établissements de santé.

"Les pharmaciens hospitaliers sont hypervolontaires, proactifs mais ont besoin d'un cadre clair, d'être rassurés et d'être formés", a rapporté Mélissa Boisgontier du Syndicat national des pharmaciens des établissements publics de santé (Synprefh). Le syndicat, qui s'est doté d'une feuille de route numérique, a pu observer l'intérêt de ses adhérents pour l'IA, a-t-elle rappelé.

Ses priorités sont la formation, avec des lieux d'apprentissage, l'acculturation pour lever les craintes et des systèmes d'information (SI) robustes.

La responsable syndicale a souhaité que les pharmaciens hospitaliers soient plus "dans le scope des tutelles" concernant l'IA. Le Synprefh a aussi demandé qu'un appel à projets national voie le jour, comme celui sur l'automatisation pour amorcer des projets.

"N'attendons pas que tout soit parfait pour y aller. Dans la profession pharmaceutique, on est de bons élèves et on aime bien que tout soit cadré avant de se lancer, mais avec l'IA, il faut accepter qu'aujourd'hui, on ne puisse pas tout maîtriser. Allons-y, expérimentons", a exhorté Pierrick Bedouch, pharmacien chef de pôle au CHU de Grenoble, en reconnaissant que "si beaucoup de gens en parlent", il n'y a "pas tant que ça" d'applications dans la réalité actuellement.

Il a dit attendre avec impatience de pouvoir utiliser des outils qui structurent les notes après un entretien avec un patient en éducation thérapeutique, par exemple, pour faire rapidement la synthèse, pour rédiger des comptes rendus ou encore pour la gestion des stocks, comme cela se fait à Genève.

"La donnée pharmaceutique est hyperstructurée, hyperpropre. Il faut la valoriser pour l'aide au pilotage", a-t-il estimé.

"Si on introduit la technique, c'est pour éliminer des activités sans valeur ajoutée", a observé André Rieutord, pharmacien à Gustave-Roussy (Villejuif, Val-de-Marne), président de l'association à but non lucratif PharmLab, qui cherche à construire une initiative de partage gratuit des règles d'analyse pharmaceutique des prescriptions.

Des cas d'usage variés pour trois spécialités de la PUI

La session a ouvert trois "boîtes noires" de l'IA en PUI apportant des bénéfices pour la préparation des chimiothérapies, la reconstitution des plateaux opératoires en stérilisation et pour la validation pharmaceutique des prescriptions.

Benoît Le Franc, pharmacien chef du pôle médico-technique au groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, a expliqué comment la solution vidéonumérique Drugcam* (Eurekam) qu'il a inventée utilise depuis 10 ans des algorithmes pour sécuriser la préparation des chimiothérapies en temps réel et assurer une traçabilité complète.

"On évite une à deux erreurs potentiellement graves par semaine", a-t-il illustré.

Clément Benoît-Pilven, ingénieur chez ATH Medical (groupe Sterimed), a précisé comment la plateforme de reconnaissance des instruments chirurgicaux Ancitrak* a pu progresser grâce à l'IA dans sa V2, qui permet de réduire les non-conformités en stérilisation.

Damien Talon, pharmacien à l'hôpital Cochin à Paris (AP-HP), a témoigné de son utilité pour réaliser un double contrôle et sécuriser cette étape manuelle. "La recomposition des plateaux d'ancillaires en orthopédie est une tâche extrêmement difficile. Il faut savoir que des interventions sont annulées quand il manque des instruments", a-t-il souligné.

Pour l'aide à l'analyse pharmaceutique, la SDAP Vidal Sentinel*, actuellement utilisée par 25 établissements, devrait avoir le marquage classe 2A début 2026 pour pouvoir déployer sa solution au sein de groupements hospitaliers de territoire (GHT), a annoncé Imène Dechmi de Vidal.

Cet outil permet d'augmenter le nombre d'interventions pharmaceutiques et potentiellement de réduire les risques d’iatrogénie médicamenteuse.

La solution peut être utilisée en stand alone (avec deux écrans, l'un pour Sentinel*, l'autre pour le dossier patient informatisé, DPI) compatible avec presque tous les DPI, ou en version intégrée dans le DPI. Deux éditeurs ont fait ce travail d'intégration: Dedalus pour DxCare* et Nuhmi pour Sillage*. "Un troisième est en cours, Easily* (Hopsis), qui prévoit l'intégration début 2026", a-t-elle fait savoir.

Grégory Rondelot, pharmacien au CHR Metz-Thionville, qui utilise Vidal Sentinel depuis 2019, en stand alone, a souligné l'aide apportée pour réussir à valider toutes les ordonnances et pour la standardisation des pratiques qu'offre cette solution. Il aimerait cependant avoir "tout dans un seul outil" et avoir accès à un plus grand paramétrage des règles. Il a aussi noté que l'outil restait méconnu des médecins et qu'il était important d'y remédier.

Une étude commence à l'hôpital Paris Saint-Joseph, qui l'utilise depuis un an pour tenter de montrer une réduction des coûts sur les prescriptions injustifiées de médicaments onéreux quand une alternative moins coûteuse existe, a mentionné Imène Dechmi.

D'autres Rencontres de la PUI de l'APM sont programmées: le mardi 9 juin 2026 sur la transition écologique et le jeudi 10 décembre sur le thème "réinventer le management".

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 12 décembre 2025.

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