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À l’échelle mondiale, le cancer colorectal (CCR) est le troisième cancer le plus fréquent et la deuxième cause de décès par cancer. Malgré le traitement standard par chirurgie, complété par une chimiothérapie adjuvante, de 20 à 40 % des patients avec un cancer localement avancé présentent une rechute métastatique.
Des études précliniques chez l’animal ou observationnelles chez l’Homme suggèrent qu’une activité physique accrue pourrait réduire la croissance tumorale et diminuer le taux de rechute après traitement carcinologique, même dans le cas d’atteinte ganglionnaire, mais le niveau méthodologique de ces études est faible pour établir une causalité.
L’essai CHALLENGE est un essai randomisé de phase 3 mené dans 55 centres (Canada, Australie, Europe, États-Unis, Israël) entre 2009 et 2024, portant sur un total de 889 patients (âge médian 61 ans, 90 % de CCRs de stade III ou stade II à haut risque) ayant complété la chimiothérapie adjuvante depuis 2 à 6 mois et exerçant < 150 min/semaine d’activité physique modérée à vigoureuse.
Les patients été randomisés en deux groupes (ratio 1 : 1) : un bras « éducation à la santé » (n = 444) correspondant à de simples conseils en santé physique et nutritionnelle en plus de suivi standard et un autre bras « activité physique structurée » (n = 445) auquel s'ajoutait un accompagnement spécifique par un coach sportif dédié sur une durée totale de 3 ans.
L'accompagnement sportif se composait de 48 séances de soutien comportemental et jusqu’à 48 séances d’exercice supervisé, avec un objectif final d’augmentation de ≥ 10 Metabolic Equivalent Task (MET) -heures/semaine (équivalent par exemple à 45 - 60 min de marche rapide 3 - 4×/semaine). L’objectif principal de l’étude était la survie sans maladie (SSM) et l’un des objectifs secondaires clés étant la survie globale (SG).
Après un suivi médian de 7,9 ans, la SSM à 5 ans était de 80,3 % vs 73,9 % (IC 95 % 0,6–12,2) en faveur du bras « activité physique structurée » avec un HR = 0,72 en termes d’évènements (93 vs 131 ; IC 95 % 0,55–0,94 ; p = 0,02).
La SG à 8 ans était de 90,3 % vs 83,2 % (IC 95 % 1,8– 12,3) soit un HR = 0.63 en termes d’évènements (41 vs 66 ; IC 95 % 0,43–0,94).
L’analyse de la qualité de vie (SF-36) et des tests de condition physique (VO₂ max estimée, test de marche de 6 min) ont montré une amélioration significative et maintenue dans le groupe « activité physique structurée » par rapport au groupe témoin (différences de 5,2–7,4 MET-h/semaine, + 1,3–2,7 mL/kg/min de VO₂ max, + 13–30 m au test de marche de 6 min). À noter que les événements indésirables musculosquelettiques étaient plus fréquents dans le groupe « activité physique structurée » (18,5 % vs 11,5 %) mais étaient principalement bénins et gérables.
Cet essai apporte la première preuve de rang A qu’un programme structuré d’exercice, initié tôt après la chimiothérapie adjuvante du CCR, améliore significativement la SSM et semble prolonger la SG, avec un bénéfice comparable à certains traitements médicamenteux standard.
Les bénéfices semblent liés à une réduction des récidives hépatiques et des nouveaux cancers primaires, possiblement via des effets sur le microenvironnement tumoral et la modulation des facteurs métaboliques. À noter que le groupe contrôle a aussi augmenté globalement son activité ce qui pourrait tendre à minimiser l’impact de l’intervention.
Plusieurs limites peuvent être soulevées : une très grande durée d’inclusion, une SSM plus haute qu’attendue dans le bras contrôle (sélection de patients en meilleure forme ?), une évaluation de l’activité basée sur l’auto-déclaration. Néanmoins, ces résultats robustes plaident pour l’intégration systématique de programmes d’activité physique dédiés en complément de la prise en charge standard par chirurgie et chimiothérapie.
- Par Martin Duval -
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