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Nouveaux produits à base de tabac ou de nicotine : des intoxications en hausse chez les mineurs

Entre 2017 et 2022, les appels auprès des centres antipoison pour signaler des intoxications mettant en cause des produits à base de tabac ou de nicotine (bâtonnets, tabac à mâcher, snus, sachet de nicotine), ou des billes aromatiques pour cigarettes, ont constamment augmenté. 

David Paitraud 14 Décembre 2023 Image d'une montre7 minutes icon Ajouter un commentaire
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La promotion des sachets de nicotine est importante auprès des jeunes sur les réseaux sociaux.

La promotion des sachets de nicotine est importante auprès des jeunes sur les réseaux sociaux.

Résumé

L'offre en produits à base de tabac ou de nicotine et de produits pour aromatiser les cigarettes (billes aromatiques) se diversifie constamment. Les réseaux sociaux ont contribué largement au développement de la consommation de certains de ces produits tels que les sachets de nicotine (les nicotine pouches ou nicopods).

Pour évaluer ce phénomène et les dangers de ces produits, l'Anses dresse un premier bilan des signalements d'intoxication recueillis par les centres antipoison français, entre 2017 et 2022. Cette augmentation est particulièrement marquée pour les sachets de tabac (snus), les sachets de nicotine et les billes aromatiques. 

L'intoxication survient soit à l'occasion d'une consommation intentionnelle, soit dans le cadre d'un accident domestique. Les cas d'intoxication rapportés sont de gravité faible ou moyenne, ayant parfois nécessité une hospitalisation. 

Les adolescents et les enfants constituent la majorité des victimes d'intoxication : 

  • snus et sachets de nicotine : l'âge moyen des sujets intoxiqués est de 14 ans ;
  • billes aromatiques : l'âge moyen des sujets intoxiqués est de 3 ans.

Pour les auteurs de ce rapport, ces éléments de toxicovigilance appellent à mettre en place un ensemble de mesures vis-à-vis des produits à base de tabac ou de nicotine échappant à la réglementation à laquelle sont soumis les produits traditionnels (cigarettes) : 

  • une réglementation adaptée et harmonisée au niveau européen ; 
  • des actions de sensibilisation et d'information auprès de tous les publics : professionnels de santé et médico-sociaux, professionnels de l'Éducation nationale, parents et enfants. 

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié un rapport présentant des données inédites sur les intoxications associées à cinq types de produits du tabac ou produits annexes [1, 2] : 

  • le tabac à chauffer sous forme de bâtonnets : ils sont utilisés dans un dispositif de chauffage pour produire un aérosol inhalable ;
  • le tabac à mâcher ou à chiquer ;
  • le snus : sachet de tabac à placer entre la lèvre et la gencive. Ce produit de tabac à usage oral est interdit partout en Europe selon la directive 2014/40/UE, excepté en Suède. Cependant, il est possible d'en trouver sur internet ;
  • les sachets de nicotine sans tabac appelés nicotine pouches ou nicopods, à placer entre la lèvre et la gencive (cf. Encadré 1) ;
  • les billes aromatiques pour produits de tabac, à insérer dans le filtre des cigarettes (cf. Encadré 2).

Les données ont été collectées entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2022 par les centres antipoison (CAP) français. 

Il s'agit du premier bilan portant sur ces produits dont certains comme les nicotine pouches sont apparus récemment sur le marché. Au contraire, d'autres sont d'utilisation ancienne, voire interdites (tabac à mâcher et snus). 

Encadré 1 - Le phénomène des nicotine pouches ou nicopods (sachet de nicotine sans tabac)

Apparus très récemment sur le marché, les nicotine pouches ou nicopods (sachets de nicotine sans tabac) sont largement relayés sur les réseaux sociaux, tandis qu'à ce jour aucune règlementation spécifique n'encadre leur vente et leur utilisation en France ou en Europe.

Ces sachets sont en tissu perméable ; ils contiennent des fibres de polymères imprégnées de nicotine. Ils ne contiennent pas de tabac, contrairement au snus.

Ils sont à glisser entre la lèvre et la gencive pour une diffusion de la substance à travers la muqueuse buccogingivale.

Par leur présentation, ils peuvent être confondus avec du snus (sachet de tabac) à placer entre la lèvre et la gencive. 

 

Encadré 2 - Les billes aromatiques : des produits annexes

Les billes aromatiques à insérer dans le filtre de cigarettes sont apparues pour contourner l'interdiction, en 2016, des cigarettes et du tabac à rouler contenant des arômes (directive 2014/40/UE). 

Les emballages de ces produits comportent des dessins de fruits aux couleurs vives, majorant le risque de confusion avec des bonbons, et ne sont pas munis de fermeture de sécurité. 

Des déclarations d'intoxication en augmentation

Au cours de cette période de six années, les CAP ont recensé 295 cas d'intoxication répartis comme suit : 

  • 12 cas pour le tabac à chauffer ; 
  • 98 pour le tabac à mâcher ; 
  • 47 pour le snus et les sachets de nicotine ; 
  • 138 pour les billes aromatiques. 

Des symptômes dans la majorité des cas

Parmi les personnes ayant appelé les centres antipoison, 54,6 % ont présenté des symptômes dont 82,6 % étaient de gravité faible.

Les cas de gravité moyenne correspondaient à un syndrome nicotinique plus sévère : 

  • vomissements prolongés avec risque de déshydratation ;
  • convulsions ;
  • troubles de la conscience ;
  • hypotension ayant nécessité un remplissage vasculaire.

Snus, sachets de nicotine et billes aromatiques en tête

L'augmentation des intoxications est particulièrement marquée pour le snus, les sachets de nicotine et les billes aromatiques. Pour ces dernières par exemple, le nombre d’appels aux centres antipoison est passé de 1 en 2017 à 3 en 2020, puis à 86 en 2022 (cf. Diagramme). 

Diagramme - Répartition annuelle du nombre de cas d'exposition aux produits du tabac, produits annexes et arômes d'intérêt rapportés aux CAP entre janvier 2017 et décembre 2022
(extrait du rapport Anses 2023 - sources SICAP [2])

Les auteurs du rapport soulignent que le nombre d'intoxications par ces différents produits est probablement sous-estimé.

Le profil des victimes

Ce rapport permet de préciser le profil des personnes intoxiquées ; les enfants et adolescents sont les principales victimes, soit dans le cadre d'une consommation intentionnelle, soit à la suite d'un accident domestique.

Snus et sachets de nicotine : surtout chez les adolescents

Pour les snus et les sachets de nicotine (cf. Illustration 1), les données montrent une concentration des cas d'intoxication dans la population adolescente de 12 et 17 ans (âge médian 14 ans).

La consommation est généralement intentionnelle.

Les intoxications se manifestent par des syndromes nicotiniques aigus parfois sévères.

Illustration 1 - Sachets de nicotine sans tabac : nicotine pouches (extrait du rapport Anses 2023 [2])

Bâtonnets, tabac à mâcher, billes aromatiques : une source d'intoxication accidentelle chez l'enfant en bas âge

Les intoxications aux bâtonnets de tabac à chauffer, au tabac à mâcher et aux billes aromatiques touchent plus largement les enfants en bas âge, par ingestion accidentelle à domicile : 

  • âge médian des victimes d'intoxication par bâtonnets et tabac à mâcher : 1 an ;
  • âge médian des victimes d'intoxication par billes aromatiques : 3 ans.

Les enfants intoxiqués aux bâtonnets et au tabac à mâcher ont présenté des symptômes peu graves, mais une dizaine d’entre eux ont toutefois manifesté un syndrome nicotinique sévère, nécessitant une prise en charge hospitalière.

Concernant les billes aromatiques, les principaux symptômes étaient des douleurs abdominales ou gastriques et des nausées. Chez un enfant de 3 ans, des symptômes de gravité moyenne, caractérisés par des vomissements persistants, ont été rapportés.

Les adultes aussi 

Des intoxications par billes aromatiques (cf. Illustration 2) ont également été rapportées chez des adultes, par confusion avec des bonbons, ou par aspiration de la bille mal insérée dans le filtre de la cigarette.

Illustration 2 - Billes aromatiques pour cigarettes (extrait du rapport Anses 2023 [2])

Un ensemble de préconisations 

En conclusion de ce rapport de toxicovigilance inédit portant sur cinq types de produits du tabac, produits connexes (sans tabac, mais avec de la nicotine) et arômes pour produits du tabac, les auteurs ont émis un ensemble de préconisations :

  • sensibiliser les utilisateurs et les parents pour limiter les accidents domestiques : ces produits ne doivent jamais être laissés à la portée des enfants ;
  • maintenir la vigilance sur ces nouveaux produits par l'intermédiaire notamment de la base nationale des produits et compositions (BNPC) ; 
  • définir un cadre réglementaire européen pour ces produits (statut, concentration en nicotine) et une sécurisation des emballages pour les billes aromatiques.

Interdiction des puffs : un premier pas pour encadrer les nouveaux produits de nicotine ou de tabac ?

Le rapport met également en évidence la rapidité des industriels à développer de nouveaux produits et à les promouvoir, et a contrario la lenteur des autorités nationales et européennes pour adapter le cadre légal. 

La demande de réglementer en urgence l'ensemble des nouveaux produits contenant de la nicotine, soit pour encadrer soit pour interdire leur consommation, a été formulée en novembre par le Comité national contre le tabagisme (CNCT). Une prise de conscience des législateurs semble être amorcée avec l'approbation récente de l'interdiction des cigarettes électroniques jetables prêtes à l'emploi à usage unique (les puffs) par l'Assemblée nationale début décembre. Cette interdiction est également une des mesures phares du plan antitabac 2023-2027 présenté par le ministre de la Santé et de la Prévention Aurélien Rousseau le 28 novembre 2023.

Informer largement sur les risques associés aux sachets de nicotine

Les auteurs du rapport invitent à porter une vigilance particulière aux sachets de nicotine dont la promotion est importante sur les réseaux sociaux auprès des jeunes.

Outre un risque d'intoxication, ces produits exposent à un risque de dépendance à la nicotine. Dans l'attente d'une réglementation, ils préconisent de sensibiliser les équipes encadrantes et médicales en milieu scolaire, les médecins généralistes, pédiatres et urgentistes, ainsi que les adolescents et leurs  parents sur la nature de ces produits, en particulier les différences entre snus (qui est interdit en France) et sachets de nicotine.

Sources

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