Monkeypox en France : éléments de diagnostic et recommandation vaccinale postexposition

Par David Paitraud - Date de publication : 24 mai 2022
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Des cas autochtones d'infections à Monkeypox sont recensés en France, comme en Europe. Dans ce contexte, Santé publique France a précisé, pour les professionnels de santé, la définition d'un cas et la conduite à tenir. En parallèle, la Haute Autorité de santé recommande la vaccination des adultes et des professionnels de santé après une exposition à risque, avec le vaccin IMVANEX.
Contrairement à son nom, le virus Monkeypox n’a pas les singes pour réservoir principal, mais les rongeurs africains tels les rats à poche de Gambie (illustration @Laëtitia Dudous sur Wikimedia).

Contrairement à son nom, le virus Monkeypox n’a pas les singes pour réservoir principal, mais les rongeurs africains tels les rats à poche de Gambie (illustration @Laëtitia Dudous sur Wikimedia).

 
Résumé
En réaction à l'alerte européenne et suite à la confirmation de trois cas de Monkeypox en France, la direction générale de la Santé (DGS) a activé les divers dispositifs de santé publique pour accompagner et sécuriser l'intervention des professionnels de santé : 
  • avec Santé publique France : renforcement de la surveillance épidémiologique, et définition et conduite à tenir en présence d'un cas ;
  • avec la Haute Autorité de santé (HAS) : recommandation pour la mise en œuvre d'une stratégie vaccinale réactive, après une exposition à la maladie. Cette stratégie repose sur le vaccin IMVANEX, qui dispose d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne, mais qui n'est pas commercialisé en France actuellement ;
  • avec le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) : avis relatif aux mesures de protection (en préparation).


En réponse au signal européen relatif à la survenue de cas d'infections autochtones à Monkeypox (MKP, ou variole du singe), la direction générale de la Santé (DGS) coordonne l'ensemble des actions permettant aux professionnels de santé d'assurer une prise en charge optimale et sécurisée des patients [1]. 

À la date du 24 mai 2022, trois cas confirmés de Monkeypox étaient recensés en France, par Santé publique France [2]. 

Définition d'un cas confirmé et conduite à tenir 
Les infections à Monkeypox (cf. Encadré ci-dessous) sont des maladies à déclaration obligatoire, comme les autres orthopoxviroses (variole, infections par la Vaccine [virus à partir duquel est élaboré le vaccin antivariolique], infection par le virus cowpox). 


Pour accompagner les professionnels de santé dans le diagnostic de cette infection à Monkeypox (MKP), Santé publique France a précisé la définition d'un cas confirmé, d'un cas probable et d'un cas suspect [3]. 

Encadré - Physiopathologie de l'infection à Monkeypox [4]
  • Infection virale.
  • Zone endémique habituelle : Afrique centrale et occidentale.
  • Transmission : contact avec un animal réservoir (rongeur), un être humain ou des matériaux contaminés. Les voies d'entrée sont une lésion cutanée, les voies respiratoires ou les muqueuses. Le patient est contagieux pendant toutes les phases cliniques.
  • Incubation de 7 à 14 jours.
  • Tableau clinique : phase initiale non spécifique (fièvre, polyadénopathie, asthénie, myalgie), suivie d'une phase d'éruption cutanée (de 1 à 3 jours après l'apparition de la fièvre). L'éruption intervient en une seule poussée, contrairement à la varicelle.

Définition d'un cas confirmé, d'un cas probable et d'un cas suspect
Un cas d'infection à Monkeypox est confirmé lorsque les critères suivants sont remplis : 
  • résultat positif de qPCR ou RT-PCR spécifique du virus MKP ;
  • résultat positif en qPCR générique du genre Orthopoxvirus, chez une personne présentant des risques récents d'exposition au virus MKP dans les 3 semaines précédant le début des signes (retour de voyage en zone endémique ou de circulation du virus, ou contact à risque d'une personne de retour d'un voyage en zone endémique ou de circulation du virus, personne contact à risque d'un cas probable ou confirmé).

Un cas d'infection MKP est considéré comme probable
  • chez une personne présentant une fièvre ressentie ou mesurée (> 38 °C), suivie d'une éruption vésiculeuse évocatrice de MKP, et qui rapporte un contact à risque avec un cas confirmé ou probable en France, ou un cas confirmé dans un autre pays, dans les 3 semaines précédant le début des symptômes.

Un cas suspect est une personne ayant présenté :
  • une fièvre ressentie ou mesurée (> 38 °C), suivie d'une éruption vésiculeuse évocatrice de MKP3 ;
  • ou une pneumonie ou encéphalite sans cause identifiée avec une histoire d'éruption vésiculeuse évocatrice de MKP3 en début de maladie.

Définition d'un cas contact
Selon Santé publique France, une personne contact à risque est définie comme : 
  • toute personne ayant eu un contact physique direct non protégé avec la peau lésée ou les fluides biologiques d'un cas probable ou confirmé symptomatique, quelles que soient les circonstances y compris actes de soin médical ou paramédical, ou partage d'ustensiles de toilette, ou contact avec des textiles (vêtements, linge de bain, literie) ou de la vaisselle sale utilisée par le cas probable ou confirmé symptomatique ;
  • toute personne ayant eu un contact non protégé à moins de 2 mètres pendant 3 heures avec un cas probable ou confirmé symptomatique (ex. ami proche ou intime, voisin de transport, voisin de bureau, personnes partageant le même lieu de vie sans lien intime, acte de soin ou d'hygiène, milieu scolaire et universitaire, club de sport, etc.).

Conduite à tenir : à définir en fonction de la qualification du cas
La conduite à tenir est conditionnée par le risque : 
  • cas suspect : isolement à domicile dans l'attente du résultat, ou hospitalisation en cas de forme clinique grave. La recherche des personnes contacts à risque n'est pas mise en œuvre à ce stade ;
  • cas probable : isolement à domicile et port d'un masque chirurgical, éviction des contacts physiques avec l'entourage ; 
  • cas confirmé : isolement à domicile (et à distance des autres personnes vivant au domicile) pendant 3 semaines à partir de la date de début des signes, ou hospitalisation si nécessaire. 

Stratégie vaccinale : recommandation de la HAS
Également saisie par la DGS, la Haute Autorité de santé (HAS) a émis des recommandations préliminaires pour la mise en œuvre d'une stratégie vaccinale réactive [56], après une exposition auprès d'un cas confirmé de Monkeypox en l'absence de mesure de protection individuelle : 
  • vaccination des adultes et des professionnels de santé exposés à un contact à risque uniquement avec le vaccin de troisième génération.

Une stratégie vaccinale réactive
Les arguments en faveur de cette stratégie de vaccination réactive sont :
  • les délais d'incubation de la maladie souvent compris entre 6 et 16 jours ;
  • le retour d'expérience d'autres pays européens et les données cliniques suggérant  l'intérêt d'une vaccination rapidement après l'exposition au virus.

Vaccin IMVANEX : une AMM européenne, mais non commercialisé en France
La stratégie vaccinale française doit être réalisée uniquement avec le vaccin de 3e génération IMVANEX [7].

Ce vaccin antivariolique (virus vivant modifié de la vaccine Ankara) dispose d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne depuis 2013 pour l'immunisation active contre la variole chez les adultes.  

Il doit être administré selon un schéma à deux doses
(ou trois doses chez les sujets immunodéprimés) espacées de 28 jours, idéalement :
  • dans les 4 jours après le contact à risque ;
  • et au maximum 14 jours plus tard.
Le vaccin IMVANEX n'est pas commercialisé en France à la date du 24 mai 2022.

EDIT du 30 mai 2022 : un arrêté ministériel publié au Journal officiel du 26 mai 2022 autorise l'utilisation à titre dérogatoire des vaccins antivarioliques IMVANEX (AMM européenne) et JYNNEOS (AMM aux États-Unis) dans le traitement prophylactique contre la variole du singe des personnes contacts à risque d'une personne atteinte de l'infection, ou des professionnels de santé en milieu de soin exposés au virus Monkeypox. /FIN EDIT

Mesures de protection spécifiques
Enfin, le Haut Conseil de santé publique (HCSP) doit préciser les mesures de protection spécifiques à l'infection Monkeypox dans un prochain avis. 


EDIT du 1er juin 2022 : ces mesures de protection sont précisées dans l'avis du 24 mai 2022 du HCSP (mis en ligne le 25 mai 2022), et portent sur les patients (port d'un masque chirugical en présence d'une autre personne, hygiène des mains, recouvrir les lésions d'un pansement), les professionnels de santé (port d'un appareil de protection respiratoire type FFP2, protection oculaire, gants à usage unique, surblouse, hygiène des mains par friction hydroalcoolique...)/FIN EDIT

Pour aller plus loin
[1] DGS-Urgent n° 2022_55 : cas groupés d'infections autochtones par le virus Monkeypox en Europe (DGS, 19 mai 2022)
[2] Cas de Monkeypox : point de situation au 23 mai 2022 (Santé publique France, 23 mai 2022)
[3] Monkeypox : définition de cas et conduite à tenir (Santé publique France, 20 mai 2022)
[4] Infection au Monkeypox virus : repérer et prendre en charge un patient en France (COREB, version du 19 mai 2022)

[5] Monkeypox : vacciner les adultes et professionnels de santé après une exposition à la maladie (HAS, 24 mai 2022)
[6] Avis relatif à la vaccination contre Monkeypox (HAS, 20 mai 2022)

[7] RCP vaccin IMVANEX (EMA, version actualisée du 12 avril 2022)

 

Sources : Santé Publique France , HCSP (Haut Conseil de la santé publique) , DGS , HAS (Haute Autorité de santé)

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