Ouverture de la vaccination anti-COVID-19 aux adolescents : arguments et modalités

- Date de publication : 08 juin 2021
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L'extension d'indication du vaccin COMIRNATY chez l'adolescent de 12 à 15 ans permet à la France d'étendre la campagne vaccinale contre la COVID-19 à cette tranche d'âge. 
Les bénéfices de la vaccination des adolescents contre la COVID-19 sont individuel et collectif (illustration).

Les bénéfices de la vaccination des adolescents contre la COVID-19 sont individuel et collectif (illustration).

 
Résumé : 
À partir du 15 juin 2021, la campagne vaccinale contre la COVID-19 en France sera ouverte aux enfants et adolescents de 12 à 17 ans révolus.
Cette tranche d'âge compte plus de 3 millions de candidats à la vaccination. 
La vaccination chez les adolescents est possible avec le vaccin ARNm COMIRNATY, qui a obtenu une extension d'indication en pédiatrie (12 - 15 ans) le 28 mai 2021. 
Le rapport bénéfice/risque de COMIRNATY chez les 12 - 15 ans est positif, marqué par une très haute efficacité en termes de réponse immunitaire. Outre les effets indésirables fréquents et attendus, la survenue de myocardites (effet indésirable rare) fait l'objet d'une évaluation européenne et d'une surveillance resserrée. 
Les bénéfices de la vaccination contre la COVID-19 dès l'âge de 12 ans sont multiples : 
  • bénéfices individuels : réduction des formes graves de COVID-19 (bien que rare dans cette tranche d'âge), 
  • bénéfices collectifs : réduction de la transmission du virus en population générale pour éviter un rebond épidémique, 
  • bénéfices indirects : limiter l'impact de la COVID-19 et des mesures sanitaires sur le développement psychologique de l'adolescent et sur son parcours scolaire. 
 
Dès le 15 juin 2021, les enfants et adolescents de 12 à 17 ans révolus seront éligibles à la vaccination contre la COVID-19. Cette tranche d'âge représente plus de 3 millions de candidats. 
L'ouverture de la vaccination aux enfants et adolescents résulte d'une succession d'événements (cf. Encadré 1). 

Encadré 1 - Vaccination des enfants et adolescents : chronologie des événements
  • 30 avril 2021 : le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale se prononce en faveur de la vaccination des enfants et adolescents pour réduire la circulation virale dans la population (avis du 30 avril actualisé le 11 mai 2021) ;
  • début mai 2021 : la Direction générale de la santé (DGS) inclut les adolescents de 16 et 17 ans à risque de forme grave ou vivant dans l'entourage d'une personne immunodéprimée dans la cible vaccinale ;
  • 28 mai 2021 : l'Agence européenne du médicament (EMA) approuve l'extension de l'indication du vaccin COMIRNATY chez l'enfant de 12 à 15 ans (COMIRNATY était jusqu'à présent indiqué à partir de 16 ans) ; 
  • 2 juin 2021 : lors d'un déplacement dans le Lot, le président de la République Emmanuel Macron annonce l'ouverture de la vaccination aux enfants et adolescents à partir du 15 juin 2021 ; 
  • 3 juin 2021 : la HAS émet un avis sur la place du vaccin COMIRNATY dans la population des 12 - 15 ans

Vacciner les adolescents : des bénéfices individuels et surtout collectifs
Une population moins symptomatique, bien qu'également infectée 
Plus d'un an après le début de la pandémie de COVID-19, on dispose de données épidémiologiques relatives à cette infection dans la population des adolescents. Ces données montrent que : 
  • l'infection par le SARS-CoV-2 n'épargne pas les adolescents,
  • les adolescents peuvent transmettre le virus SARS-CoV-2,
  • les adolescents infectés sont moins souvent symptomatiques par rapport aux adultes,
  • le risque de forme grave de la COVID-19 est moindre par rapport aux adultes (cf. Encadré 2).

Encadré 2 - Formes graves de COVID-19 chez les adolescents de moins de 18 ans : quelques chiffres depuis mars 2020 (France)
 
  • 4 295 hospitalisations, soit 1,1 % du total des hospitalisations
  • 737 admissions en soins critiques, soit 0,9 % du total des admissions
  • dans 45 à 75 % des cas, les formes sévères chez les adolescents sont associées à la présence d'une comorbidité

Peu de formes graves mais des retentissements à ne pas négliger
Pour la HAS, la vaccination des adolescents contre la COVID-19 présente un double objectif :
  • bénéfice individuel direct, puisque même rares, les formes sévères de COVID-19 existent,
  • bénéfice collectif, pour élargir la couverture vaccinale et réduire davantage la circulation virale. Cette stratégie vise à prévenir un rebond épidémique à l'automne. 

La HAS évoque également les bénéfices indirects, mais tout aussi importants à prendre en compte pour limiter les conséquences psychologique, sociale et scolaire (fermetures de classes) de l'épidémie COVID-19. Elle s'appuie notamment sur les résultats de l'étude CONFEADO qui a analysé le vécu et les retentissements du premier confinement chez les 9 -16 ans (cf. Encadré 3).
 
Encadré 3 - Impact de l'épidémie COVID-19 sur la santé mentale des enfants et adolescents : deux conclusions de l'étude CONFEADO
  • La COVID-19 et les mesures protectrices associées ont eu un impact négatif plus fort sur la santé mentale des adolescents (13-18 ans) en comparaison aux enfants (9-12 ans). Cet impact sur la santé mentale prédomine chez les filles ;
  • les enfants et les adolescents issus de familles plus fragilisées (familles monoparentales, avec un niveau d'étude plus faible, ouvriers ou employés, nés à l'étranger) ont ressenti davantage de détresse lors du premier confinement.

Place du vaccin COMIRNATY chez les 12 - 15 ans
Selon les conclusions de l'Agence européenne du médicament (EMA), la balance bénéfice/risque du vaccin COMIRNATY est positive chez les adolescents de 12 à 15 ans. 

Jusqu'à présent, ce vaccin était indiqué à partir de 16 ans. 
L'EMA lui a attribué une extension d'AMM, à partir de 12 ans, sur la base des résultats d'un essai clinique : 
  • n = 2 260 enfants de 12 à 15 ans ;  
  • étude menée versus placebo ;
  • efficacité vaccinale (réponse immunitaire = taux d'anticorps dirigés contre SARS-CoV-2) comparable à celle observée chez les 16 - 25 ans : 100 % en termes de prévention des cas de COVID-19 symptomatiques et confirmés à partir du 7e jour après la fin de la vaccination ("bien que le taux réel puisse se situer entre 75 % et 100 %" précise l'EMA). En effet, sur les 1 005 enfants ayant reçu le vaccin, aucun n'a développé de COVID-19 contre 16 enfants sur les 978 qui ont reçu l'injection factice.

L'efficacité sur la transmission virale n'a pas été évaluée dans les essais.
Ce vaccin est déjà utilisé en population adolescente dans d'autres pays, dont les États-Unis. 


Profil de sécurité : bon, mais la surveillance est resserrée
Les essais cliniques sur COMIRNATY en population âgée de moins de 18 ans ne montrent pas de signal négatif.

Les effets secondaires les plus fréquemment rapportés sont attendus et déjà mentionnés dans l'autorisation de mise sur le marché (AMM) :
  • manifestations locales (douleur au point d'injection) ;
  • symptômes généraux (fatigue, céphalée, frissons, douleurs musculaires, fièvre).

Concernant le risque de myocardite, identifié notamment en Israël avec une fréquence rare, l'EMA poursuit les investigations. À ce jour, cet effet indésirable ne remet pas en question la balance bénéfice/risque de ce vaccin chez l'enfant et l'adolescent. Les données de pharmacovigilance sont étroitement surveillées.

Organisation de la vaccination parmi les adolescents : les plus fragiles d'abord
Comme chez l'adulte, la HAS préconise de vacciner en priorité contre la COVID-19 les adolescents les plus à risque de forme grave, ou ceux pour lesquels la stratégie de cocooning est recommandée : 
  • adolescents avec comorbidités (obésité, immunodéficience, pathologies identifiées chez l'adulte comme facteurs de risque de formes graves) [cf. Encadré 4],
  • adolescent vivant dans l'entourage d'une personne à risque (stratégie de cocooning).

Une fois la couverture vaccinale suffisante parmi la population des adolescents à risque, la HAS recommande de vacciner tous les adolescents en bonne santé.

Encadré 4 - Vaccination des 16 - 17 ans depuis début mai 2021
La vaccination des adolescents de 16 et 17 ans avec le vaccin COMIRNATY a été autorisée en mai 2021, uniquement dans les situations suivantes (DGS-URGENT du 6 mai 2021) : 
  • adolescent de plus de 16 ans vivant ou intervenant dans l'entourage d'un patient immunodéprimé ;
  • adolescent souffrant d'une pathologie à très haut risque de forme grave de COVID-19 : 
    • cancers et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie,
    • maladies rénales chroniques sévères, dont les patients dialysés,
    • transplanté d'organes solides,
    • transplanté par allogreffe de cellules souches hématopoïétiques,
    • poly-pathologies chroniques avec au moins deux insuffisances d'organes,
    • certaines maladies rares et particulièrement à risque en cas d'infection (voir la liste),
    • trisomie 21,
    • mucoviscidose.

Organisation logistique de la vaccination des adolescents
D'un point de vue logistique, la HAS recommande une vaccination des adolescents :
  • dans les centres de vaccination ou en ville (médecins, pharmaciens, infirmiers, etc.),
  • en milieu scolaire en s'appuyant sur le dispositif de médecine scolaire renforcé par des équipes mobiles extérieures.

Pour aller plus loin 
Communiqué de presse - Covid-19 : la vaccination des adolescents présente des bénéfices individuels et collectifs (HAS, 3 juin 2021)
Stratégie de vaccination contre la Covid-19 - Place du vaccin à ARNm COMIRNATY® chez les 12-15 ans (HAS, 3 juin 2021)
Décision n° 2021.0151/DC/SEESP du 2 juin 2021 du collège de la Haute Autorité de santé portant adoption de la recommandation vaccinale intitulée « Stratégie de vaccination contre la Covid-19 - Place du vaccin à ARNm COMIRNATY chez les 12-15 ans » (HAS, 2 juin 2021)

First COVID-19 vaccine approved for children aged 12 to 15 in EU (EMA, 28 mai 2021)
Avis du 30 avril 2021 : Perspectives sur la stratégie de vaccination de la population adulte face aux variants, et des enfants et des adolescents à l'automne (Conseil d'Orientation de la Stratégie Vaccinale , mise à jour du 11 mai 2021)
 

Sources : EMA (European Medicines Agency) , HAS (Haute Autorité de Santé) , ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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