L’infection par le virus du Nil occidental (West Nile virus) devient une maladie à déclaration obligatoire

- Date de publication : 03 juin 2021
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Malgré sa rareté, l’infection par le virus du Nil occidental (West Nile virus) est désormais à déclaration obligatoire dans le cadre d’un dispositif de surveillance destiné à protéger les personnes à risque de formes graves.
L'infection par le virus du Nil occidental est transmise par les moustiques à partir d'un réservoir aviaire (illustration).

L'infection par le virus du Nil occidental est transmise par les moustiques à partir d'un réservoir aviaire (illustration).

 
Résumé :
L'infection à virus du Nil occidental, ou West Nile virus, est une infection virale transmise par les moustiques à partir d'un réservoir constitué par certaines espèces d'oiseaux. Depuis l'année 2000, cette infection est de plus en plus fréquemment observée dans les régions méditerranéennes, avec de fortes variations d'incidence selon les années. Elle reste cependant rare en France (moins de 30 cas humains par an).

Asymptomatique chez 80 % des personnes infectées, l'infection à virus du Nil occidental se traduit par un syndrome grippal généralement observé en fin d'été. Chez certains patients, en particulier ceux qui sont immunodéprimés (et tout particulièrement les personnes greffées), elle peut être à l'origine d'une forme neuro-invasive potentiellement mortelle. La transmission interhumaine, exceptionnelle, est essentiellement liée à la contamination des produits sanguins ou des greffons, à partir d'un donneur asymptomatique virémique. Malgré sa rareté, du fait de sa gravité chez les sujets immunodéprimés, divers dispositifs de surveillance existent, tant sur le plan épidémiologique que sur celui de la sécurité transfusionnelle.

Depuis le 10 mai 2021, l'infection par le virus du Nil occidental et l'encéphalite à tiques sont soumises à déclaration obligatoire. Chez un patient présentant un syndrome grippal en fin d'été, avec ou sans symptôme neurologique, la vigilance est de mise, en particulier dans les dix départements méditerranéens faisant l'objet d'une surveillance saisonnière, et également pour tout voyageur revenant d'un des pays identifiés comme endémiques. Cette vigilance est notamment essentielle chez les sujets âgés et chez les personnes immunodéprimées, en particulier les patients greffés.

Le virus du Nil occidental (VNO), également appelé West Nile virus, est un arbovirus (virus à ARN) de la famille des Flaviviridae, proche de ceux de l'encéphalite japonaise ou de l'encéphalite de la vallée de Murray (Australie), par exemple. Il en existe 7 lignages, dont 3 peuvent infecter l'homme (lignages 1, 2 et 5). En Europe de l'Ouest, jusqu'en 2018, seul le lignage 1 avait été identifié. Depuis cette date, le lignage 2, fréquent en Europe centrale, a gagné la France depuis la Grèce et l'Italie. Ces deux lignages sont similaires en termes infectieux et clinique.
Le VNO est transmis par des moustiques. En France métropolitaine, il s'agit principalement de Culex pipiens (présent dans toutes sortes de milieux, dont les villes) et de Culex modestus (cantonné aux zones humides), deux espèces actives entre début juin et fin octobre dans les départements méditerranéens.
Certaines espèces d'oiseaux sont le réservoir du VNO (passereaux, rapaces, oiseaux aquatiques par exemple). Les mammifères peuvent être infectés, en particulier l'homme et le cheval, mais ils représentent un cul-de-sac épidémiologique (leur charge virale sanguine étant trop faible pour infecter les moustiques), tout comme d'autres espèces d'oiseaux telles que, par exemple, les poules ou les perroquets.

Un virus en expansion en Europe du Sud et centrale
Originellement cantonné en Afrique et au Moyen-Orient, le VNO s'est progressivement répandu dans le sud et l'est du bassin méditerranéen puis en Europe centrale (également sur le continent nord-américain où il occasionne des épidémies régulières). Il a ensuite progressivement conquis la Grèce, les Balkans et l'Italie du Nord, par le biais des oiseaux migrateurs.
En France, la première apparition du VNO date du début des années 1960 avec l'identification d'une cinquantaine de cas équins et de 13 cas humains en 1962-1963. Ultérieurement, aucun cas n'a été identifié jusqu'en 2000. Depuis cette date, il sévit chaque été avec une intensité variable, la plupart des cas étant signalés en août et septembre, parfois légèrement plus tôt :
  • 2000 : 76 cas équins en Camargue et quelques cas humains
  • 2001-2002 : faible circulation identifiée chez les oiseaux et les chevaux en Camargue
  • 2003 : 4 cas équins et 7 cas humains dans le Var
  • 2004 : 32 cas équins en Camargue
  • 2006 : 5 cas équins dans les Pyrénées-Orientales
  • 2015 : 49 cas équins (Grande Camargue + Hérault) et 1 cas humain à Nîmes             
  • 2017 : 1 cas équin et 2 cas humains dans les Alpes-Maritimes
  • 2018 : 13 cas équins et 27 cas humains, avec une circulation virale dans 3 régions pendant 5 mois, mais principalement dans les Alpes-Maritimes
  • 2019 : 13 cas équins (principalement dans les Bouches-du-Rhône) et 2 cas humains (Var)
La saison 2018 a été marquée par l'épidémie la plus importante qu'aient connue la France et l'Europe à ce jour, et par l'apparition, pour la première fois en France, du lignage 2 du virus : 22 cas dans les Alpes-Maritimes, 1 dans le Vaucluse, 1 à Marseille, 2 cas en Corse-du-Sud et 1 dans les Pyrénées-Orientales. Des cas équins ont également été signalés en Haute-Corse.
La grande variété de l'incidence d'une année sur l'autre est due à de nombreux facteurs, parmi lesquels l'urbanisation, la variation de l'utilisation des terres, la modification de la biodiversité aviaire et le climat.

Une transmission interhumaine limitée à des situations particulières
La possibilité de transmission interhumaine du VNO a été mise en évidence en 2002, à l'occasion de l'épidémie qui a sévi aux États-Unis cette année-là. Cette transmission est rare et n'est possible que dans certaines circonstances :
  • par le biais de produits sanguins labiles (sang, sérum, plaquettes, etc.) ;
  • ou d'une greffe d'organe (à l'exception de la peau et de la cornée) ;
  • plus rarement, de la mère à l'enfant, par le biais de l'allaitement (quelques cas décrits) ou par voie transplacentaire (1 cas décrit).

Le risque de transmission transfusionnelle de ce virus est étroitement lié à celui de prélever un donneur pendant la période de virémie, alors qu'il ne présente par ailleurs aucun signe clinique d'infection qui l'exclurait du don au moment de la sélection clinique (donneur asymptomatique virémique).
Ce mode de transmission justifie une surveillance des produits sanguins et des greffons dans les zones endémiques (détection du génome viral), et aussi l'exclusion des donneurs potentiellement contaminés au retour de zones endémiques (voir tableau I ci-dessous). En France, le dépistage du génome viral dans les produits sanguins est systématique dans les Alpes-Maritimes. De plus, depuis 2017, les concentrés de plaquettes sanguines sont traités (amotosalen/UVA), pour atténuer le VNO.

 
Tableau I : Pays (régions) pour lesquels un ajournement de 28 jours après le retour (ou la réalisation d'un dépistage du génome viral) est nécessaire pour les donneurs de sang y ayant séjourné au moins une nuit
  • Algérie (Kabylie)
  • Autriche (Basse-Autriche, Vienne, Burgenland)
  • Bulgarie
  • Canada
  • Chypre
  • Croatie
  • États-Unis
  • Grèce continentale
  • Hongrie
  • Israël
  • Italie (Lombardie, Vénétie, Emilie-Romagne, Piémont, Frioul-Vénétie julienne, Sardaigne, Ligurie)
  • Kosovo
  • République tchèque
  • Roumanie
  • Russie
  • Serbie
  • Slovénie
  • Territoires palestiniens
  • Tunisie
  • Turquie
 
Un risque de maladie neurologique, en particulier chez les patients greffés
L'infection par le virus du Nil occidental est asymptomatique chez environ 80 % des personnes infectées. Les patients symptomatiques développent un syndrome grippal (fièvre d'apparition brutale, maux de tête, douleurs articulaires et musculaires), qui peut être associé à une éruption cutanée. La période d'incubation dure de 2 à 6 jours, mais peut aller jusqu'à 14 jours, voire 21 jours pour les contaminations transfusionnelles.
Les formes graves de la maladie, parfois mortelles, surviennent chez moins de 1 % des personnes infectées (un cas sur 150), majoritairement les sujets âgés de plus de 55 ans et les personnes immunodéprimées. Il s'agit de formes neuro-invasives se manifestant par une méningite, une méningo-encéphalite, une paralysie flasque ou un syndrome de Guillain-Barré (polyradiculonévrite). Les patients greffés sont particulièrement à risque (75 % de risque de forme neurologique et 25 % de risque de décès contre 2 % chez les autres patients).

Un diagnostic sérologique ou par PCR
Le diagnostic de l'infection par le VNO se fait essentiellement par sérologie (détection d'anticorps contre le virus). Les IgM sont identifiées à partir de 3 à 8 jours après l'apparition des signes cliniques et persistent de 1 à 3 mois. Les IgG apparaissent 2 à 3 semaines après le début de l'infection et persistent des années. Pour poser un diagnostic d'infection récente à partir des IgG, il est nécessaire de disposer de 2 prélèvements à 2 à 3 semaines d'intervalle montrant une augmentation significative du titre des anticorps.
Parce que des réactions sérologiques croisées existent avec d'autres flavivirus, tout résultat positif doit être confirmé par un test de neutralisation, avec envoi des prélèvements au Centre national de référence (CNR) des Arbovirus à Marseille.
Le génome viral est détectable par PCR 2 à 18 jours après l'infection, soit jusqu'à 5 jours après les premiers symptômes. Cette virémie relativement fugace explique que le diagnostic soit le plus souvent sérologique. Lors d'une infection avérée, la détection du génome viral est positive dans 85 % des prélèvements de sang, 50 % des prélèvements d'urines, 20 % des prélèvements de plasma/sérum et 10 % des prélèvements de liquide cérébrospinal (LCS).
Il est également possible de faire un isolement du VNO par culture cellulaire à partir d'un prélèvement. Cette technique est lourde et nécessite un laboratoire de biosécurité de niveau 3. Il ne s'agit pas d'un examen de routine.
À ce jour, il n'existe pas d'antiviral spécifique contre le VNO. Le traitement est symptomatique. Les cas graves sont pris en charge en milieu hospitalier, en service de réanimation si besoin.

Des mesures de surveillance à plusieurs niveaux
En France, la surveillance de l'infection par le VNO se fait via un dispositif pérenne et un dispositif saisonnier.
Le dispositif pérenne consiste en la surveillance clinique des cas équins, dans le cadre de la déclaration obligatoire des encéphalites équines, ainsi que le signalement à Santé publique France par le CNR des Arbovirus de tous les cas humains, qu'il identifie dans le cadre de son activité.
De plus, chaque année entre le 1er juin et le 31 octobre en France métropolitaine, une surveillance saisonnière est mise en œuvre dans 10 départements : les Alpes-Maritimes, l'Aude, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, le Gard, les Pyrénées-Orientales, le Vaucluse, le Var, la Haute-Corse et la Corse-du-Sud.
Ce dispositif comprend quatre volets avec une surveillance humaine, vétérinaire, équine et aviaire. La surveillance saisonnière humaine cible la détection des formes neuro-invasives. Dans les 10 départements suivis, est suspect tout patient de 15 ans et plus présentant une fièvre et des symptômes neurologiques évocateurs ayant conduit à la réalisation d'une ponction lombaire. Des analyses de confirmation sont alors systématiquement réalisées par le CNR des Arbovirus (dont le site propose un guide de prélèvement et des documents d'accompagnement), même en absence de circulation documentée du virus. Plusieurs arbovirus peuvent être la cause de ces syndromes, dont le virus Toscana.
La surveillance des produits d'origine humaine est systématique dans les Alpes-Maritimes et le devient dans tout département où un cas autochtone a été identifié.

L'infection par le VNO, une maladie désormais à déclaration obligatoire
Le 10 mai 2021, le décret n° 2021-573 a ajouté l'infection à virus du Nil occidental (ainsi que l'infection à virus de l'encéphalite à tiques) à la liste des maladies fixée à l'article D. 3113-6 du Code de la santé publique, dont le signalement et la transmission de données individuelles à l'autorité sanitaire sont obligatoires en application de l'article L. 3113-1 du même Code (liste des maladies dites « à déclaration obligatoire »).
Ce décret fait suite à un avis du 7 février 2020 du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Dans ce dernier, le HCSP recommandait la mise en place d'une déclaration obligatoire des cas humains d'infection à VNO et la poursuite de la surveillance globale (animale et entomologique). Cet avis donne également les définitions des cas probables et confirmés des infections à VNO qui doivent faire l'objet d'une déclaration. En l'occurrence :
  • tout patient dont la symptomatologie clinique fait évoquer une infection à VNO et chez lequel a été réalisé un diagnostic virologique de cette infection
ET
  • pour un cas probable :
    • présence d'anticorps de classe IgM anti-VNO dans le sérum par ELISA,
    • ou séroconversion ou bien multiplication par 4 du titre des anticorps IgG anti-VNO détectés par ELISA sur deux prélèvements consécutifs ;
  • pour un cas confirmé :
    • détection du génome du VNO par amplification génique à partir du sang, du LCS, des urines ou de tout autre liquide biologique,
    • ou présence d'anticorps de classe IgM anti-VNO dans le LCS par ELISA,
    • ou séroconversion ou bien multiplication par 4 du titre des anticorps IgG anti-VNO détectés par ELISA dans le sérum sur deux prélèvements consécutifs, confirmées par test de neutralisation,
    • ou isolement du VNO par culture cellulaire à partir du sang, du LCS, des urines ou de tout autre liquide biologique.

En conclusion, chez un patient présentant un syndrome grippal en fin d'été, avec ou sans symptôme neurologique, la vigilance est de mise dans les 10 départements méditerranéens faisant l'objet d'une surveillance saisonnière, mais également pour tout voyageur revenant d'un des pays identifiés comme endémiques (voir tableau I ci-dessus). Cette vigilance est particulièrement essentielle chez les sujets âgés et chez les personnes immunodéprimées, en particulier les patients greffés.
Pour ces patients à risque aggravé, qui auraient le projet de voyager dans les zones endémiques, mieux vaut leur rappeler les mesures de prévention contre les piqûres de moustique :
  • port de vêtements adéquats, amples et longs, éventuellement imprégnés de répulsif ;
  • application régulière de répulsif cutané ;
  • vérification de l'étanchéité des portes et fenêtres ;
  • utilisation de moustiquaires, de préférence imprégnées ;
  • limitation des activités en extérieur aux heures où les moustiques sont les plus actifs.

©vidal.fr

Pour aller plus loin
 
L'avis du HCSP sur la déclaration obligatoire des cas d'infection par le VNO
Avis relatif à l'inscription à la liste des maladies à déclaration obligatoire de l'infection due au virus West-Nile, Haut Conseil de la santé publique, 7 février 2020.

Le décret instituant la déclaration obligatoire pour l'infection à VNO et l'encéphalite à tiques
Décret n° 2021-573 du 10 mai 2021 complétant la liste des maladies faisant l'objet d'une transmission obligatoire de données individuelles à l'autorité sanitaire, 10 mai 2021.

Le dossier de l'ARS PACA sur l'infection à VNO
Surveillance épidémiologique des infections à virus West-Nile, ARS PACA, 29 juin 2020.

Le dossier de Santé publique France sur l'infection à VNO
West Nile Virus, Santé publique France, 17 juin 2019.

L'avis du HCSP sur la sécurité transfusionnelle et des greffes vis-à-vis du VNO
Circulation du virus West Nile : mesures de prévention pour la sécurité infectieuse transfusionnelle et de la greffe, Haut Conseil de la santé publique, 23 mai 2019.

Un article sur la fièvre Toscana
Dominati A, Sap L et Vora S. Fièvre au retour de Toscane. Revue médicale suisse, 592, 31 janvier 2018.

Un article sur l'encéphalite à tiques, désormais à déclaration obligatoire
Quand l'encéphalite à tiques devient TIAC !, actualités VIDAL, 23 juin 2020.

Le site du Centre national de référence des Arbovirus

Sources : Legifrance , HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique)

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