Psychotropes et COVID-19 : quelles interactions ?

Par Isabelle HOPPENOT -
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Si la question de l'impact des psychotropes sur l'infection COVID-19 s'est posée au début de l'épidémie, les remontées du terrain indiquent que ce sont plus les interruptions brutales des traitements que leur éventuelle iatrogénie qui peuvent poser des problèmes. L'effet protecteur éventuel de la chlorpromazine fait l'objet d'une évaluation clinique. De façon globale, l'épidémie de COVID-19 ne doit pas faire modifier les traitements au long cours, en psychiatrie comme dans les autres maladies chroniques.
Des points qui ont été soulignés par le Dr David Gourion, psychiatre, et le Dr François Trémolières, infectiologue et interniste, lors du Vidal Live du 27 mai 2020

 
Troubles psychiatriques et COVID-19 : éviter l'arrêt brutal des traitements (illustration).

Troubles psychiatriques et COVID-19 : éviter l'arrêt brutal des traitements (illustration).


"Face aux premiers cas de COVID-19, nous nous sommes interrogés sur la nécessité de réduire les doses de psychotropes chez les patients infectés par le SARS-CoV-2", a rapporté le Dr David Gourion au cours du Vidal Live du 27 mai 2020.
Mais, il n'y a en fait aucun argument solide pour recommander une diminution du traitement psychotrope chez un patient bien équilibré, même en cas de COVID-19 sévère. En revanche, des précautions doivent être prises en cas de traitement par psychotropes dits à marge thérapeutique étroite. C'est en particulier le cas des patients traités par lithium, chez lesquels les dosages de lithiémie doivent être rapprochés et complétés par des dosages de lithiémie intra-érythrocytaire, sans oublier la surveillance biologique, notamment celle de la créatininémie et du ionogramme (cf. VIDAL Reco "Trouble bipolaire"). 
Des interrogations ont également porté sur la clozapine, qui peut entraîner des formes graves d'agranulocytoses, mais il n'a été rapporté aucun signal dans ce sens (cf. VIDAL Reco "Schizophrénie").

Des décompensations après arrêt intempestif des traitements
En pratique, il s'est produit plus de problèmes liés à des arrêts brutaux des traitements que de problèmes iatrogéniques. Il y a eu "des arrêts intempestifs du fait du patient, mais aussi des soignants, qui voulaient, par exemple, prescrire de l'hydroxychloroquine en préventif ou en curatif et qui craignaient des allongements de l'espace QT", a indiqué le Dr Gourion, avant de rappeler que les allongements de l'espace QT avec les psychotropes sont rares.
Ces arrêts de traitement ont eu pour conséquence de vraies décompensations psychiatriques qui, chez les patients ayant contracté l'infection, sont venues se surajouter à la maladie virale.
La question de l'interruption ou non du traitement a pu aussi se poser pour les benzodiazépines, qui peuvent entraîner une dépression respiratoire et donc aggraver une forme sévère de COVID-19, mais qui, lorsqu'elles sont arrêtées brutalement, peuvent conduire à la survenue d'un syndrome confusionnel. 
"En cas de doute, la meilleure attitude est sans doute de téléphoner au psychiatre traitant pour évaluer au cas par cas le rapport bénéfice-risque de l'arrêt ou de la diminution d'un psychotrope", estime le Dr David Gourion. 

Pas de benzodiazépines en cas de syndrome confusionnel
Il semble aussi important de ne pas prescrire une benzodiazépine chez un patient ayant un syndrome confusionnel et suspect de COVID-19, mode de présentation de la maladie assez fréquent chez les sujets âgés, car ce type de traitement, outre son effet dépresseur respiratoire, peut être à l'origine de syndromes paradoxaux. Le Dr Gourion a par ailleurs mis l'accent sur l'importance d'une prescription de psychotropes à bon escient, en évitant, par exemple, les benzodiazépines dans les troubles dépressifs, qui relèvent plutôt d'un traitement antidépresseur (cf. VIDAL Reco "Dépression").
"Au total, face à une pathologie chronique quelle qu'elle soit, l'épidémie de COVID-19 ne doit pas faire modifier le traitement au long cours chez les patients bien équilibrés, exception faite bien sûr des formes graves chez des malades hospitalisés, qui peuvent nécessiter des adaptations thérapeutiques" a de son côté souligné le Dr François Trémolières. "Et dans une situation où un traitement doit être instauré, il faut bien choisir le premier traitement".  
 
À l'heure du déconfinement
De nombreuses personnes ne sont pas allées consulter pendant le confinement, et les patients qui ont évité les soins doivent être incités à reprendre contact avec leurs médecins, et à ne pas laisser les pathologies évoluer sans suivi. Il est encore trop tôt pour savoir s'il y a un phénomène de "rattrapage" des consultations ou non, mais il est sans doute utile d'avoir une démarche pro-active et de contacter les "perdus de vue".
Des études ont montré une augmentation du niveau d'anxiété en population générale, jusqu'à près de 30 % pendant le confinement, selon l'enquête CoviPrev de Santé Publique France, suivi d'une baisse amorcée à la veille du confinement. De plus, les personnes qui avaient déjà une fragilité psychique antérieure - troubles anxieux ou dépressifs, bipolarité, addictions - sont plus à risque de développer ce type de troubles.
"Les derniers mois ont été marqués par un événement fulgurant exceptionnel, qui doit conduire à réfléchir", a souligné le Dr François Trémolières. Un événement qui, pour le Dr David Gourion "a révélé la résilience incroyable du système de soins. Il faut continuer d'avancer sur cette meilleure organisation des soins et sur les messages de santé publique, notamment sur le dépistage des troubles mentaux en médecine générale".

©vidal.fr
 
Pour en savoir plus
Stéphane Korsia-Meffre. Chlorpromazine et COVID-19 : les raisons de l'étude clinique lancée à Sainte-Anne. Actualités VIDAL. 12 mai 2020.

VIDAL Live. Santé mentale & COVID-19. Dr David Gourion, psychiatre, et Dr François Trémolières, infectiologue et interniste. 27 mai 2020.

Santé publique France. COVID-19 : une enquête pour suivre l'évolution des comportements et de la santé mentale pendant l'épidémie (CoviPrev).

 

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2020-07-02

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