COVID-19 et consommation de médicaments : normalisation pour les traitements chroniques, mais sous-délivrance persistante des vaccins

Par DAVID PAITRAUD -
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Le groupement d’intérêt scientifique (GIS) EPI-PHARE publie son rapport mensuel sur la dispensation de médicaments remboursés sur ordonnance en pharmacie d’officine. Cette nouvelle analyse porte sur plus de 450 millions d’ordonnances, sur une période de 5 semaines allant du début du confinement jusqu'au 19 avril 2020. 

Par rapport aux données de fin mars, communiquées mi-avril 
(notre article du 22 avril 2020), cette nouvelle analyse montre : 
  • un retour vers une consommation normalisée des traitements de pathologies chroniques depuis la mi-avril (maladies cardiovasculaires, diabète, etc.), après le phénomène de "stockage" observé en début de confinement ;
  • la persistance d'une sous-délivrance de produits dont l'administration est réalisée par un professionnel de santé (vaccins, produits destinés aux actes diagnostiques médicaux) ;
  • une baisse forte et continuelle de la consommation des anti-inflammatoires, qu'il s'agisse de la corticothérapie orale ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ; 
  • une baisse remarquable de la consommation d'antibiotiques par voie systémique, en particulier chez les enfants.

L'étude pharmaco-épidémiologique analyse également les données de consommation des médicaments en lien direct avec la maladie COVID-19 : 
Étude pharmaco-épidémiologique à partir des données de remboursement du Système National des Données de Santé (SNDS).

Étude pharmaco-épidémiologique à partir des données de remboursement du Système National des Données de Santé (SNDS).



L'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) publie les résultats d'une seconde étude pharmaco-épidémiologique ayant porté sur la dispensation des médicaments remboursés sur ordonnance en pharmacie d'officine, depuis le début de l'épidémie en France. 

Cette nouvelle étude, portée par 
le groupement d'intérêt scientifique (GIS) EPI-PHARE (ANSM et CNAM), est réalisée : 
  • à partir des données nationales de remboursement de l'Assurance maladie, soit plus de 450 millions d'ordonnances ayant fait l'objet d'une dispensation en officine, 
  • sur une période de 5 semaines allant du début du confinement jusqu'au 19 avril 2020. 

Une première étude a été publiée le 17 avril 2020 ; l'analyse portait sur les données de remboursement de médicaments recueillies jusqu'à fin mars 2020 (cf. notre article du 22 avril 2020).

Dans cette version actualisée avec les données jusqu'au 19 avril, les auteurs présentent :
  • l'influence de la crise sanitaire et du confinement sur la consommation de médicaments remboursables (comparaison du nombre de délivrances chaque semaine depuis mars 2020 au nombre "attendu" estimé sur la base de la même période en 2018 et 2019) ;
  • la confirmation ou le recul des tendances observées dans le premier rapport.

Traitements chroniques : essoufflement du phénomène de stockage observé fin mars et normalisation des délivrances
Après cinq semaines de confinement en France, les auteurs observent une normalisation de la consommation des traitements de pathologies chroniques depuis mi-avril.

Depuis le début du confinement, la délivrance des médicaments utilisés dans le cadre d'une maladie chronique (maladies cardiovasculaires, diabète, troubles mentaux, maladies neurologiques, endocriniennes et respiratoires) a connu plusieurs phases (cf. Figure 1) : 
  • un phénomène initial de "stockage" au cours des deux premières semaines du confinement (notre article du 22 avril 2020) : entre 20 et 40 % de délivrances en plus, selon les classes thérapeutiques ;
  • une sous-consommation en semaine 15 (6 au 12 avril) ;
  • un retour à une consommation normalisée à partir de la semaine 16 (dernière semaine intégrée dans l'étude publiée le 30 avril). 

Figure 1 - Effectif par semaine des patients ayant eu une délivrance sur ordonnance de médicaments d'une des 6 classes thérapeutiques présentées* durant les 16 premières semaines de 2018 (en vert), 2019 (en orange) et 2020 (en rouge) [données régime général stricto sensu] – comparaison observée sur attendu (en pointillés rouges)
* Antidépresseurs, antidiabétiques, statines, antiagrégants plaquettaires, antidépresseurs, antirétroviraux en association
Source : rapport EPI-PHARE Usage des médicaments de ville en France durant l'épidémie de COVID-19 – point de situation après 5 semaines de confinement


Persistance d'une sous-délivrance pour des médicaments dont l'administration nécessite l'intervention d'un professionnel de santé
Les données actualisées montrent une persistance de la très forte diminution de la délivrance de produits qui nécessitent une administration par un professionnel de santé.
Cette tendance a été observée dès le début du confinement et concerne les vaccins, les médicaments d'ophtalmologie utilisés dans la DMLA, les médicaments à visée diagnostique ou encore certains médicaments utilisés en gynéco-obstétrique (cf. Figure 2).
 
En semaine 16, les données montrent une baisse de la délivrance : 
  • des vaccins de l'ordre de 35 à 71 %  (de l'ordre de 15 à 78 % sur les semaines 12 à 16). Plus en détail, ce taux atteint 35 % pour les vaccins penta-hexavalents des nourrissons, 67 % pour les vaccins contre les papillomavirus, et 43 % pour le vaccin ROR. Malgré les recommandations de la HAS, cette baisse de délivrance de vaccins traduit un retard dans le calendrier vaccinal ;
  • de l'ordre de 40 % pour les traitements anti-VEGF administrés par injection intraoculaire par un ophtalmologiste, notamment dans le traitement de la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge) et dans l'œdème maculaire diabétique ;
  • des produits destinés aux actes diagnostiques médicaux de l'ordre de 82 % pour les  préparations pour coloscopie, de 66 % pour les produits iodés pour scanner, et de 67 % pour les  produits de contraste pour IRM. Cette situation fait craindre des retards de diagnostic ;
  • des dispositifs contraceptifs intra-utérins (DIU, stérilets) avec progestatif, de l'ordre de 68 % ; 
  • des médicaments utilisés dans le cadre de la procréation médicalement assistée (PMA), de l'ordre de 73 % pour les inducteurs d'ovulation ;
  • des contraceptifs d'urgence (moins 45% en semaine 15 puis moins 36% en semaine 16).

Figure 2 - Effectif par semaine des patients ayant eu une délivrance sur ordonnance de médicaments d'une des 6 classes thérapeutiques présentées* durant les 16 premières semaines de 2018 (en vert), 2019 (en orange) et 2020 (en rouge) [données régime général stricto sensu] – le pourcentage indiqué correspond à la comparaison observé sur attendu semaine 16 de l'année 2020 (en pointillés rouges)
* vaccins anti-HPV, vaccins hexavalents pour nourrissons, DIU avec progestatifs, Anti-VEGF en injection intraoculaire, préparations pour coloscopies, produits de contraste pour scanner
Source : rapport EPI-PHARE Usage des médicaments de ville en France durant l'épidémie de COVID-19 – point de situation après 5 semaines de confinement


Anti-inflammatoires et antibiotiques : une chute impressionnante et continuelle
La classe des anti-inflammatoires a subi une chute de consommation depuis le début du confinement. Cette baisse des délivrances se confirme et semble s'accentuer en semaine 16, pour les corticoïdes comme pour les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) :
  • baisse de 64 % pour la corticothérapie orale (contre 50 % en semaine 13),
  • baisse de 70 % pour les AINS tous confondus (contre 59 % en semaine 13),
  • baisse de plus de 80 % pour l'ibuprofène en semaines 14, 15 et 16.
Ce phénomène peut s'expliquer par la mise en garde concernant l'utilisation des anti-inflammatoires et le risque potentiel d'aggravation du COVID-19 associé à cette classe de médicament.

Autre classe pour laquelle la consommation a baissé de manière importante, l'antibiothérapie systémique accuse une chute des délivrances de l'ordre de 40 % en semaine 15, et 37 % en semaine 16 (cf. Figure 3).

 
Figure 3 : Effectif par semaine des patients* ayant eu une délivrance sur ordonnance d'antibiotiques systémiques de la classe J01 durant les 16 premières semaines de 2018 (en vert), 2019 (en orange) et 2020 (en rouge) [données régime général stricto sensu] – comparaison observé sur attendu (en pointillés rouges)

 * selon la classe d'âge : toutes classes confondus, 0 à 19 ans, 40 à 59 ans et 60 à 74 ans 
Source : rapport EPI-PHARE Usage des médicaments de ville en France durant l'épidémie de COVID-19 – point de situation après 5 semaines de confinement


Cette baisse est particulièrement marquée chez les enfants, de l'ordre de 75 % ; le confinement, notamment la fermeture des crèches et des établissements scolaires, pourrait expliquer une moindre circulation des agents infectieux générant des pathologies infantiles. Une autre explication avancée par les auteurs du rapport est la difficulté d'accès aux pédiatres et médecins généralistes pendant le confinement. 

Médicaments en lien avec la maladie COVID-19 : point sur l'hydroxychloroquine et le paracétamol
  • Consommation d'hydroxychloroquine : réduction des initiations de traitement
Après une forte augmentation des délivrances d'hydroxychloroquine mi-mars et un pic au 18 mars (5 000 personnes se sont vues délivrer ce traitement au cours de cette journée), les initiations de traitement sur prescription ont été réduites entre fin mars et mi-avril. Cette même tendance est observée pour la chloroquine (cf. Figure 4).

Au total, au cours des 5 semaines de confinement, le surplus de personnes concernées par l'association hydroxychloroquine et azithromycine est estimé à 10 000 patients pour la France entière, avec des disparités régionales importantes (cf. Figure 4) [notre article du 22 avril 2020].

 
  • Le paracétamol : lente diminution des délivrances
Tandis que la dispensation d'ibuprofène a été quasiment arrêtée pendant cette période de confinement, la délivrance sur ordonnance de paracétamol a atteint jusqu'à 1 million de patients par jour, avec un pic le 16 mars. Les données de facturation à l'Assurance maladie montrent une lente décroissance au cours des semaines 15 et 16, et une consommation inférieure à celle observée en 2019 (cf. Figure 4). 
 
Figure 4 : Effectif par semaine des patients ayant eu une délivrance sur ordonnance de médicaments d'une des 5 classes thérapeutiques présentées* durant les 16 premières semaines de 2018 (en vert), 2019 (en orange) et 2020 (en rouge) [données régime général stricto sensu] – comparaison observé sur attendu (en pointillés rouges) [courbe chloroquine en jour de délivrance sur la seule année 2020]
* paracétamol, ibuprofène, chloroquine et d'hydroxychloroquine, azithromycine et association chloroquine/hydroxychloroquine et azithromycine
Source : rapport EPI-PHARE Usage des médicaments de ville en France durant l'épidémie de COVID-19 – point de situation après 5 semaines de confinement


Pour aller plus loin
Usage des médicaments en ville durant l'épidémie de COVID-19 : point de situation après cinq semaines de confinement - Point d'information (ANSM, 4 mai 2020)
Usage des médicaments de ville en France durant l'épidémie de COVID-19 – point de situation à la fin avril 2020 (ANSM, 30 avril 2020)

 

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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