L’épopée des coronavirus : une histoire qui s’écrit toujours

Par Patricia THELLIEZ -
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Si l'épidémie liée au SARS-CoV-2 a immédiatement fait tourner les regards vers celles du SRAS, en 2003, et du MERS, en 2012, la mise en évidence des coronavirus humains remonte aux années 60, grâce aux compétences d'une chercheuse écossaise, pas comme les autres.  
 
Un virus très recherché... (illustration).

Un virus très recherché... (illustration).


Depuis que sévit l'épidémie COVID-19, plusieurs médias dont la BBC, ont rapporté les événements qui ont conduit à la découverte des coronavirus chez l'être humain, et révélé le rôle essentiel joué par une chercheuse au parcours original. Il s'agit, en l'occurrence, de June Almeida, née en 1930 à Glasgow (Écosse) qui, après avoir abandonné sa scolarité à l'âge de 16 ans, a été engagée comme technicienne de laboratoire en histopathologie, au Glasgow Royal Infirmary, avant d'être embauchée à l'hôpital St Bartholomew à Londres.

Naissance de la microscopie immuno-électronique
Elle émigre ensuite au Canada, pour travailler à l'Ontario Cancer Institute de Toronto. C'est là que la jeune femme, décrite comme enthousiaste et brillante, commence à se familiariser avec un nouvel outil : la microscopie électronique. Inventée en 1931, cette technique permet certes d'obtenir un grossissement considérablement plus important que celui obtenu en microscopie optique, mais June Almeida va y apporter une amélioration supplémentaire permettant de mieux observer les virus. De fait, elle met au point la microscopie immuno-électronique, qui repose sur l'utilisation d'anticorps spécifiques de virus ce qui a pour effet de les agréger (c'est cette même technique qui aurait été employée en Chine pour visualiser le SARS-CoV-2).  
 
L'étude des virus du rhume
En 1964, à l'âge de 34 ans, la laborantine émérite regagne la Grande-Bretagne, plus précisément l'école de médecine de l'hôpital St Thomas de Londres (celui-là même où Boris Johnson a été hospitalisé pour COVID-19). Elle a alors l'occasion de travailler avec David Tyrrell qui étudie les virus du rhume. Ce dernier a pu cultiver certains d'entre eux à partir de prélèvements nasaux de volontaires sains, mais pas tous. Un échantillon se montre particulièrement récalcitrant en culture cellulaire de routine.
D. Tyrrell s'est alors demandé s'il ne serait pas possible de le visualiser en microscopie électronique. Travaillant à Salisbury situé à l'Ouest de Londres, il adressa donc des échantillons à June Almeida, ce qui permis à cette dernière de mettre en évidence des particules virales "ressemblant à celles de la grippe, mais pas exactement". Le virus ressemblait aussi à d'autres virus à l'origine de pathologies animales, comme la bronchite infectieuse aviaire ou l'hépatite murine.
Une découverte qui sera cependant accueillie très fraîchement par la communauté scientifique de l'époque. Ayant voulu publier ses travaux dans une revue (non mentionnée), il lui a en effet été rétorqué que "ses images n'étaient que de mauvais clichés du virus de la grippe".

Découverte des coronavirus, mais pas seulement
La mention de l'identification d'un nouveau virus, baptisé coronavirus en raison de la couronne qui l'entoure, est néanmoins publiée en 1965 dans le British Journal of Medicine et, quelques années plus tard, les premières photographies paraissent dans le Journal of General Virology.
Devenue chercheuse de renom, June Almeida a continué à recourir aux capacités de la microscopie électronique, ce qui lui a permis de visualiser le virus de la rubéole ainsi que des composants du virus de l'hépatite B. Elle a fini sa carrière comme consultante dans son domaine et a ainsi contribué à visualiser le VIH… avant de devenir… professeur de yoga et antiquaire.
 
Premier congrès en 1980 : 60 participants
Malgré ces premières découvertes, les coronavirus n'ont ensuite pas fait l'objet de beaucoup de travaux, comme l'explique une chercheuse américaine, Susan R Weiss (département de microbiologie, université de Pennsylvanie) qui, elle, s'est intéressée à ces virus depuis la fin des années 1970. Pour exemple, le premier congrès sur les coronavirus, qui a eu lieu à l'automne 1980 en Allemagne, n'a réuni qu'une soixantaine de personnes qui constituait à l'époque, la totalité de la communauté étudiant les coronavirus.
Mais, les recherches ont cependant continué. Au fil de l'apparition de nouvelles connaissances (en microbiologie, en biologie moléculaire, en génétique et en immunologie) et de nouveaux outils, et grâce à l'apport de modèles animaux, le profil des coronavirus a peu à peu été révélé.
 
D'épidémie en épidémie
Le fait que l'épidémie de SRAS en 2003 soit due à un coronavirus a alors mobilisé les coronavirologues dans de nouvelles études, pour lesquelles ils ont mis à contribution leurs connaissances acquises précédemment. Mais, comme le rapporte Susan R Weiss, qui raconte ses quarante années de recherche sur les coronavirus, l'extinction de l'épidémie de SRAS s'est assortie d'une baisse parallèle des investissements dans la connaissance du virus.
La communauté des coronavirologues ne savait pas alors qu'elle allait réapparaître en 2012, à l'occasion de l'épidémie de MERS liée à un autre coronavirus. Cependant, d'importantes différences existaient entre le MERS-CoV et le virus du SRAS : le premier a un hôte intermédiaire différent, en l'occurrence le chameau, et continue à être transmis du chameau à l'homme, alors que l'épidémie de SRAS-CoV s'est éteinte et que son hôte intermédiaire était une civette. "Cela aurait peut-être dû nous alerter sur le fait que les coronavirus peuvent émerger de différentes façons et se propager selon différents vecteurs", souligne Susan R Weiss.  
La nouvelle épidémie due au SARS-CoV-2 a de fait, encore une fois, mobilisé toutes les équipes de recherche. Du fait de l'accumulation des connaissances sur cette famille de virus, Susan R Weiss se montre confiante quant à la découverte d'antiviraux et au développement de vaccins. Elle ajoute cependant à ces propos optimistes : "cette fois-ci, nous pouvons en apprendre suffisamment pour prévenir ou combattre… une future épidémie".

©vidal.fr
 
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Sources : VIDAL

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