L’anosmie en première ligne dans les infections à SARS-CoV-2

Par Patricia THELLIEZ -
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Au cours de l'épidémie COVID-19, des cas d'anosmie ont été recensés dans plusieurs pays, en particulier chez des patients n'ayant par ailleurs aucun symptôme évocateur de COVID-19.
Ce sont ces cas que les auteurs d'une étude menée dans 12 hôpitaux européens ont essayé de quantifier.
Par ailleurs, l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec a publié, fin mars 2020, un état des lieux sur les troubles olfactifs et gustatifs associés à l'infection COVID-19, en s'appuyant sur différentes informations provenant des autorités de plusieurs pays.
Une pathologie fréquente et précoce (illustration).

Une pathologie fréquente et précoce (illustration).


En exergue, le travail de l'INESSS a résumé les données pour l'instant disponibles sur ces troubles olfactifs et gustatifs :
  • Il s'agit d'une disparition brutale de l'odorat, sans obstruction nasale, parfois accompagnée d'une perte du goût (agueusie).
  • Selon certains spécialistes, ce symptôme pourrait permettre de différencier une infection COVID-19 de la grippe saisonnière.
  • L'anosmie peut survenir de façon isolée ou s'associer à d'autres manifestions de COVID-19.
  • Ce symptôme serait particulièrement observé chez les sujets jeunes ayant des formes peu sévères de la maladie.
  • L'évolution semble être favorable, dans la majorité des cas.

Certains experts invitent à la prudence, dans la mesure où l'anosmie post-virale est une des causes principales de la perte de l'odorat et du goût (représentant jusqu'à 40 % des cas d'anosmie). Ce symptôme n'est donc pas l'apanage des infections à SARS-CoV-2. Quant à la physiopathologie, elle est encore mal comprise à ce jour, même si certains auteurs ont évoqué une atteinte neuronale.  

Les données provenant du Royaume-Uni
Le 20 mars dernier, l'ENTUK (Ears Nose and Throat- United Kindom), qui représente les spécialistes de la chirurgie ORL au Royaume-Uni, en collaboration avec la British Rhinological Society et la British Association of Otorhinolaryngologie, a publié un résumé de la situation.
Même si les preuves scientifiques manquent encore, les spécialistes britanniques "suggèrent que l'anosmie soit ajoutée à la liste des symptômes et aux critères actuels permettant de déclencher l'auto-isolement. Cette mesure a pour objectif d'éviter la circulation de sujets apparemment asymptomatiques, mais qui, du fait de la présence d'une anosmie, sont des vecteurs potentiels de l'infection".

Le point de vue des États-Unis
L'association américaine d'ORL a proposé, en date du 22 mars dernier, d'ajouter la survenue d'une anosmie et d'une dysgueusie brutale à la liste des outils de dépistage d'une éventuelle infection COVID-19. Selon elle, l'anosmie, l'hyposmie et la dysgueusie, en l'absence d'autres maladies respiratoires telles que la rhinite allergique et la rhinosinusite aiguë ou chronique, devraient alerter les médecins sur la possibilité d'une infection à SARS-CoV-2 et justifier d'envisager de tester ces patients et de recommander l'auto-isolement.
 
Encore peu de recommandations canadiennes
Si des observations de perte de l'odorat ont bien été signalées au Canada, aucun avis n'a été émis par les différentes association ou sociétés canadiennes d'ORL en date du 27 mars 2020.
 
La situation dans d'autres pays du globe en dehors de l'Europe
Selon la presse locale, le Dr Ebrahim Razmapa, vice-président de l'Association iranienne de rhinologie, aurait déclaré qu'il s'est produit, dans le pays, "un bond soudain, inattendu et incroyable de cas de perte de l'odorat".
Des cas d'anosmie brutale ont également été rapportés en Chine. En Corée du Sud, où des tests ont été effectués à large échelle, une perte de l'odorat a été constatée dans 30 % des cas positifs pour la COVID-19, qui n'avaient par ailleurs que de légers symptômes.
 
Le bilan en Europe
En Allemagne, le directeur de l'Institut de virologie de l'hôpital universitaire de Bonn, le Dr Hendrik Streek, a indiqué que, sur 100 personnes interrogées atteintes de COVID-19, les deux tiers ont rapporté une perte d'odeur et de goût ayant duré plusieurs jours.
Plusieurs cas ont aussi été signalés en Belgique, en Italie et en France.
Et il est vraisemblable que d'autres régions d'Europe aient fait les mêmes observations.
Dans une étude européenne récemment publiée, 417 cas de COVID-19 atteints de formes légères ou modérées ont été étudiés. Dans cet échantillon, 85,6 % et 88 % ont rapporté, respectivement, des troubles olfactifs et gustatifs. L'anosmie est apparue avant les autres symptômes dans 11, 8 % des cas. Parmi les 18,2 % des patients sans rhinorrhée, ni obstruction nasale, 79,7 % avaient des troubles de l'olfaction. Une récupération précoce a été constatée chez 44 % des sujets. Enfin, les femmes ont semblé plus fréquemment touchées que les hommes.
 
Les recommandations en France
À la suite de cas d'anosmie brutale rapportés par plusieurs spécialistes, la Société française d'ORL et de chirurgie de la face et du cou (SFORL), en collaboration avec le Conseil national professionnel des ORL (CNPORL), le Syndicat national des médecins spécialisés en ORL et chirurgie cervico-faciale (SNORL) ainsi que le Collège français d'ORL et de chirurgie cervico-faciale (CCF), a émis une alerte nationale.
Ces organisations conseillent aux patients présentant de tels symptômes de rester confinés et de surveiller l'apparition d'autres symptômes. Si une fièvre, une toux et/ou une dyspnée surviennent, la conduite à tenir consiste à appeler le médecin traitant et à éviter toute automédication sans avis spécialisé.
Spécificité française, ces spécialistes recommandent aux médecins de ne pas prescrire de corticoïdes par voie générale ou locale, dès lors qu'il existe un tableau clinique d'anosmie et/ou de dysgueusie aiguë. De plus, le lavage du nez est également à éviter, dans la mesure où ne sait pas si ces gestes peuvent contribuer à disséminer le virus le long des voies respiratoires.
Si l'évolution de ces symptômes semble le plus souvent favorable, des cas d'anosmie persistante ont conduit les sociétés savantes à conseiller une liste d'exercices de rééducation à pratiquer tous les jours, reposant sur la stimulation olfactive, à l'aide de substances odorantes comme la vanille, le café, la cannelle, etc. Il faut également que ces personnes soient orientées vers un service d'ORL compétent en rhinologie.
 
Les directives de la Direction générale de la Santé, sont les suivantes :
  • Toujours rechercher ce symptôme chez un patient suspect de COVID-19.
  • En présence d'une anosmie sans obstruction nasale et avec une agueusie, le diagnostic de COVID-19 est à considérer comme vraisemblable et ces patients doivent être isolés. Ne pas traiter par corticoïdes inhalés ou per os et ne pas faire de lavages de nez.
La DGS ajoute que, si ce type de symptômes est plutôt l'apanage des formes bénignes, il semble aussi assez fréquent dans les formes graves.
 
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Sources : VIDAL

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Vidal News du 2020-06-04

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