Système cardiovasculaire et SARS-CoV-2 : un duo sous surveillance

Par Patricia THELLIEZ -
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Chez les sujets porteurs d'une maladie cardiovasculaire, le risque de développer une COVID-19 est-il plus élevé et l'infection plus grave ? Des auteurs chinois viennent d'apporter des éléments de réponse, grâce aux données actuelles et à celles colligées lors des épidémies SRAS et MERS. 
Attention aux pathologies cardiovasculaires !

Attention aux pathologies cardiovasculaires !


Des cardiologues chinois, Ying-Ying Zheng et coll., se sont penchés sur les relations entre l'épidémie actuelle et le système cardiovasculaire. Ils citent ainsi une méta-analyse qui avait montré que l'infection à MERS-CoV était plus susceptible de survenir chez les personnes atteintes d'une maladie cardiovasculaire (MCV) sous-jacente. Pour ce qui est du nouveau coronavirus, les données actuelles montrent que les sujets âgés ayant des comorbidités, en particulier une hypertension artérielle, une pathologie coronarienne ou un diabète, sont exposés à un risque d'infection supérieur au reste de la population. De plus, les patients ayant une MCV préexistante développent plus souvent des formes sévères de COVID-19.

Des conséquences à long terme ?
Une autre question, soulevée à la suite des épidémies précédentes (SRAS et MERS), est celle des conséquences cardiovasculaires de l'infection. Une étude de suivi, conduite sur une période de 12 ans
 chez des patients ayant guéri du SRAS, a montré que 68 % d'entre eux présentaient une hyperlipidémie, 44 % des atteintes diverses du système cardiovasculaire et 60 % des troubles du métabolisme glucidique. Cependant, les mécanismes par lesquels l'infection à SRAS-CoV-2 conduit à l'apparition de troubles du métabolisme lipidique et glucidique demeurent encore à élucider. Étant donnée la similitude entre le virus du SRAS et le SARS-CoV-2, il est possible que ce dernier provoque également des altérations chroniques du système cardiovasculaire. D'où la recommandation des auteurs de surveiller attentivement la fonction cardiovasculaire au cours des infections à SARS-CoV-2, ce d'autant que de nombreux antiviraux peuvent entraîner une insuffisance cardiaque, une arythmie ou d'autres troubles cardiovasculaires.

Les signes d'alerte de l'infection peuvent être cardiovasculaires
Si des myocardites et des insuffisances cardiaques ont été fréquemment rapportées chez les malades pris en charge en unité de soins intensifs pour des formes graves de COVID-19, des symptômes cardiovasculaires peuvent aussi constituer des signes d'alerte de l'infection. Parmi les cas confirmés d'infection à SARS-CoV-2 rapportés par la Commission nationale de santé chinoise, un certain nombre de personnes ont de fait consulté en premier lieu un médecin pour des palpitations ou des douleurs thoraciques, plutôt que pour des symptômes respiratoires.  

L'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 suspectée
Le lien entre SARS-CoV-2 et pathologie cardiovasculaire est notamment attribué au rôle joué par l'enzyme de conversion de l'angiotensine II (ACE2). Cette enzyme joue en effet un rôle crucial, et même vital, au niveau des systèmes cardiovasculaire et immunitaire. L'ACE2 est, par exemple, impliquée dans la fonction cardiaque et l'émergence d'une hypertension artérielle ou d'un diabète. Or l'ACE2 est aussi un récepteur des coronavirus : l'infection à SARS-CoV-2 est déclenchée par la liaison d'une protéine du virus à l'ACE2, l'enzyme étant largement exprimée dans le cœur et les poumons.

Aucun argument pour suspendre les traitements par IEC ou ARAII
Sur la base de ces données, les inquiétudes quant au rôle potentiellement néfaste des inhibiteurs de l'enzyme de conversion et des inhibiteurs du récepteur de l'angiotensine 2 sont logiquement apparues. Cependant, aucunes données cliniques n'existent actuellement pour justifier l'arrêt intempestif de ces traitements, un choix qui pourrait se révéler plus délétère que bénéfique. C'est pourquoi, l'Association française de cardiologie a relayé le communiqué de trois sociétés américaines, la Heart Failure Society of America (HFSA), l'American College of Cardiology (ACC) et l'American Heart Association (AHA). Leur message est clair : "nous ne recommandons pas l'arrêt arbitraire et anticipé de ces traitements chez les patients ayant une infection suspectée ou avérée au SRAS-CoV-2".

Pour en savoir plus
Ying-Ying Zheng et coll. COVID-19 and the cardiovascular system. Nat Rev Cardiol. 5 mars 2020. Publication avancée en ligne. DOI: 10.1038/s41569-020-0360-5
Neale T. COVID-19 should not guide use of ACE inhibitors/ARBs, Heart Societies Say. TcT MD/ The heart Beat. 17 mars 2020.

Sources : VIDAL

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