Prescription - Délivrance

Levothyroxine : retour temporaire de l’ancienne formule du LEVOTHYROX, nouvelles spécialités annoncées

Les plaintes de patients supportant mal la nouvelle formule du LEVOTHYROX ont fini par conduire Agnès Buzyn à autoriser l’importation temporaire de LEVOTHYROX ancienne formule d’ici fin septembre, puis, le 20 septembre, à reconnaître un défaut d'information.
 
L'ANSM et le laboratoire Merck ont confirmé cette importation temporaire du LEVOTHYROX ancienne formule (sous le nom d'EUTHYROX) pour les patients "présentant des effets désirables persistants en lien avec la nouvelle formulation du LEVOTHYROX".

[édit 21/9] Les patients sans gêne particulière pourront continuer à utiliser le LEVOTHYROX actuel (nouvelle formulation), qui reste en vente [/édit]
 
La ministre de la santé a également annoncé que de nouvelles spécialités de levothyroxine seront disponibles d’ici mi-octobre.
 
En réponse aux demandes répétées des associations de patients (comme cette lettre envoyée au ministère par Vivre sans Thyroïde) et de médecins, l’ANSM a mis en ligne de nombreux documents le 15 septembre, en particulier l’étude de bioéquivalence et analyses de qualité de la nouvelle formule et de ses excipients.
 
Même si cette décision d’autoriser à nouveau l’ancienne formule est destinée à tenter de soulager les patients aux symptômes persistants malgré ajustements, elle peut paraître étonnante, la nouvelle formule étant présentée comme plus stable et plus fiable.

Cette décision a probablement aussi été prise pour tenter de calmer les esprits, agités notamment par un manque d’information initial sur de possibles déséquilibres et symptômes liés à la transition entre ces deux formulations (pas de brochure, notice, etc.), mais cela ne risque-t-il pas de rendre la situation encore plus confuse ?  

[édit 21/9] Interviewée sur Europe 1 le 20 septembre, Agnès Buzyn
a reconnu un "défaut d'information" des médecins, pharmaciens et patients, ainsi que l'absence initiale de prise en compte du ressenti de ces derniers. La ministre de la santé annonce la prochaine création d'une mission sur l'information délivrée aux patients [/édit]. 
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Agnès Buzyn sur Europe 1 le 20 septembre et sur France Inter le 15 septembre 2017.

Agnès Buzyn sur Europe 1 le 20 septembre et sur France Inter le 15 septembre 2017.


Contexte : signalement de 9 000 effets indésirables par des patients prenant le nouveau LEVOTHYROX, pétition, "peoples" se plaignant dans les médias
En mars 2017, suite à une demande de l'ANSM, le laboratoire Merck Serono a mis en vente de nouvelles boîtes de LEVOTHYROX, contenant des comprimés légèrement modifiés.
 
Ces modifications, validées par une étude de bioéquivalence, ont été effectuées afin d'améliorer la stabilité en principe actif de ce médicament à marge étroite, et de supprimer un excipient à effet notoire : remplacement du lactose par du mannitol et ajout d'acide citrique anhydre (voir notre article de mars 2017).
 
Parmi les 3 millions de Français prenant quotidiennement du LEVOTHYROX, certains ont ressenti des symptômes anormaux, non spécifiques mais pouvant être attribuables à un déséquilibre thyroïdien. A tels point que 9 000 signalements d'effets indésirables ont été effectués, a précisé Agnès Buzyn le 11 septembre sur RTL.
 
Ces patients ont aussi exprimé ces symptômes sur les réseaux sociaux, se sont inquiétés, ou encore ont signé une pétition en ligne (274 000 signataires le 15 septembre).
 
Ces patients ont en général vu leur médecin pour chercher un éventuel déséquilibrage thyroïdien et ajuster, si besoin, leurs doses quotidiennes du nouveau LEVOTHYROX.
 
D'autres ont médiatisé leurs difficultés, se sont procurés à l'étranger des boîtes avec l'ancienne formule, ont parfois, malheureusement, arrêté leur traitement, ou encore crié à la manipulation (utilisateurs parfois célèbres, Annie Duperey…), voyant derrière ce changement de formulation des intentions contraires aux intérêts des patients, et ce malgré le fait que ce soit l'ANSM et non le laboratoire qui ait décidé de ces changements (voir notre article d'août 2017).
 
[édit 21/09] Agnès Buzyn reconnaît un défaut d'information des patients et une minimisation de leur désarroi, ce qui a exacerbé la colère de certains
Interrogée sur Europe 1 par Patrick Cohen le 20 septembre 2017, Agnès Buzyn a admis l'absence de prise en compte du besoin d'information des patients au moment de la commercialisation de la nouvelle formule, en mars 2017,  puis la "minimisation de leur désarroi", de leurs plaintes au sujet de symptômes, ce qui a conduit notamment à l'explosion des signaments d'effets indésirables (voir notre article du 23 août). 

Plus globalement, la ministre de la santé reconnaît que l'information délivrée ne peut pas être "uniquement descendante, très institutionnelle, ce qui n'a d'ailleurs pas fonctionné". 


"Les médecins et les pharmaciens n'ont pas été forcément aussi très informés, n'ont pas été les bons relais", poursuit la ministre. "On a nié le ressenti des malades, et c'est ça qui créé aujourd'hui cette colère que l'on ressent chez les patients" :
 

Nous ne savons pas encore (édit à venir lorsque cela sera connu) quels médicaments, princeps et / ou génériques, seront autorisés à la prescription et délivrance en France. En voici six possibles, à titre d'exemple :
  • Levothyroxine Biogaran, Mylan et Ratiopharm qui contiennent du mannitol comme le nouveau LEVOTHYROX ;
  • Levothyroxine Teva, qui ne contient ni lactose ni mannitol, mais contient de l'acide citrique, comme le nouveau LEVOTHYROX ;
  • L-Thyroxine Christaens (laboratoire Takeda) qui contient du lactose, comme l'ancien LEVOTHYROX ;
  • Tirosint (laboratoire IBSA), commercialisé sous la forme de capsules molles de gélatine contenant de la levothyroxine, du glycérol et de l'eau (donc sans les excipients rattachés à la forme comprimés). Tirosint existe aussi en ampoules unidoses.
 
La production de L-THYROXINE SERB en gouttes va également être renforcée (doublement de la production confirmé par le laboratoire ce jour), constituant une nouvelle alternative, comme l'a annoncé également la ministre de la santé sur France Inter (rappelons que l'usage de ce médicament est normalement réservé aux enfants de moins de 8 ans et aux patients présentant des troubles de la déglutition, voir notre article).
 
Bioéquivalence entre l'ancien et le nouveau LEVOTHYROX : l'ANSM met en ligne les études, analyses et rapports
Face aux effets indésirables, parfois typiques d'un passage en hyperthyroïdie ou, plus rarement, en hypothyroïdie, des patients, associations et observateurs se sont interrogés sur la bioéquivalence entre les deux formulations du LEVOTHYROX.
 
Afin de répondre à ces inquiétudes, formulées notamment par l'association Vivre sans Thyroïde dans 
cette lettre envoyée au ministère et accrues récemment par une analyse du Dr Dominique Dupagne, l'ANSM vient de publier :  
Une décision pour répondre aux craintes et demandes de certains patients… au risque de rendre la situation encore plus confuse ?
Entendre ce matin sur France Inter Agnès Buzyn
[édit 21/9] annoncer la possibilité d'un retour à l'ancienne formule pour certains patients tolérant mal la nouvelle [/édit] , après avoir tant défendu la qualité de la nouvelle formulation et la nature transitoire des symptômes gênants au quotidien, a pu surprendre.
 
Mais cette décision a été confirmée par Merck, l'ANSM et un communiqué du ministère de la santé, d'où la décision de la relayer dans cet article.
 
Quelle proportion de patients reviendront à l'ancienne formule ou passeront à la solution en gouttes ? Comment vont se passer les changements éventuels pour de nouveaux médicaments, génériques ou non, avec ou sans mannitol, à partir de mi-octobre ?

Que se passera-t-il en 2018 ou 2019 lorsqu'il n'existera plus que du LEVOTHYROX avec du mannitol et de l'acide citrique, en particulier pour les patients ayant subi des symptômes sous la nouvelle formule et revenus à l'ancienne formule ?
 
Et surtout, la défiance va-t-elle diminuer ? Les plaintes sur les réseaux sociaux, dans les médias voire en justice (contre X, contre le ministère ou l'ANSM) vont-elles cesser ? Les accusations de manipulation, relayées par les complotistes qui sévissent malheureusement dans le monde de la santé comme dans d'autres domaines (géopolitique, économie, écologie, etc.), vont-elles cesser rapidement, alors même que les anti-vaccins multiplient également les interpellations en ligne suite à la décison de l'élargissement de l'obligation vaccinale ?
 
Beaucoup de questions qui soulignent que tout n'est pas résolu, comme le souligne aussi Vivre sans Thyroïde dans son communiqué publié en réaction à ses annonces.

Souhaitons que ces questions trouvent des réponses apaisées dans les semaines à venir, en espérant surtout que les patients sous levothyroxine soient le plus nombreux possible à ne pas présenter de symptômes handicapants au quotidien.
 
En savoir plus :
 
Agnès Buzyn annonce la diversification de l'offre de médicaments pour les patients atteints de troubles thyroïdiens, communiqué de presse d'Agnès Buzyn, 15 septembre 2017
 
Agnès Buzyn : "Nous avons affaire à une énorme défiance des Français à l'égard des médicaments", France Inter, 15 septembre 2017
 
Documents sur la bioéquivalence et les excipients publiés par l'ANSM le 15 septembre 2017-09-15
 
"Merck met à la disposition des patients en France l'ancienne formule du Levothyrox® sur prescription médicale", communiqué de presse de Merck Serono, 15 septembre 2017 (non mis en ligne)


 
Sur VIDAL.fr :
L-THYROXINE SERB : tensions d'approvisionnement suite au report des prescriptions de LEVOTHYROX (septembre 2017)
LEVOTHYROX : précisions et actions suite aux inquiétudes et plaintes de certains utilisateurs (août 2017)
LEVOTHYROX (lévothyroxine sodique) comprimé sécable : nouvelle formule, nouvelles couleurs (mars 2017)
Cancer de la thyroïde : face au surdiagnostic massif et ses conséquences, le CIRC appelle à la prudence (août 2016)
LEVOTHYROX : renforcement des mesures prises pour assurer la continuité des traitements (août 2013)

Commentaires

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ant92 Il y a 9 ans 0 commentaire associé
Que de contradictions.......
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