Régime méditerranéen : pas de prise de poids chez les personnes âgées, même en cas d'apport lipidique élevé

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Les bienfaits du régime méditerranéen sont régulièrement soulignés, en particulier en comparant la santé cardiovasculaire et le poids de populations adeptes, ou non, de cette cuisine. 

Mais qu'en est-il chez des personnes âgées fragilisées par des facteurs de risque cardiovasculaire ? Cette consommation ad libidum de graisses végétales est-elle également pertinente, sans impact cardiovasculaire péjoratif ou prise de poids ? 

Pour le savoir, des chercheurs espagnols ont effectué un essai randomisé multicentrique ouvert ("PREDIMED, PRÉvention par la DIète MÉDiterranéenne
") destiné à mesurer,chez près de 7 500 "seniors", les effets d’une alimentation de mode méditerranéen sans restriction calorique et riche en matières grasses d’origine végétale (huile d’olive ou fruits secs), comparée à une alimentation hypolipidique. 

En 2016, l’équipe en charge de cette étude a publié dans The Lancet les données relatives au poids et au tour de taille des participants, données qui montrent que ce type d’alimentation, même sans restriction calorique, n’a pas d’effet délétère sur ces deux marqueurs.

Par ailleurs, une précédente publication du même groupe en 2013 avait montré une baisse du risque cardiovasculaire
chez les participants optant pour le régime méditerranéen avec consommation de lipides végétaux élevée. 

Faut-il donc arrêter de conseiller de diminuer toutes les graisses et préférer conseiller d'augmenter les graisses végétales ? Non, car PREDIMED présente de nombreuses limites qui empêchent la généralisation de ses résultats. En conséquence, les recommandations en matière de pourcentage des calories quotidiennes apportées par les lipides ne devraient pas changer dans l’immédiat, même si cette étude confirme les "bienfaits" du régime méditerranéen. 

Même riche en gras, le régime méditerranéen ne ferait pas grossir


Les régimes alimentaires pauvres en matières grasses semblent avoir peu d'effet durable
Depuis une dizaine d'années, les nutritionnistes remettent en question le dogme qui veut que les personnes en surpoids ou à risque cardiovasculaire élevé soient invitées à adopter un régime moins riche en matières grasses, en plus d'une augmentation de leur niveau d'activité physique.

En 2015, une méta-analyse des études de comparaisons des régimes riches ou pauvres en lipides a montré que, à condition de respecter une restriction calorique, les régimes contenant des matières grasses permettent une perte de poids plus importante et plus durable que ceux hypolipidiques.
 
Une étude randomisée pour évaluer les bénéfices d'une alimentation méditerranéenne enrichie
Pour apporter un éclairage supplémentaire à cette question, une équipe espagnole de l'Institut de la Santé Carlos III à Madrid a conçu une vaste étude randomisée, menée dans 11 centres de 2003 à 2009, et destinée à évaluer les bénéfices d'une alimentation méditerranéenne enrichie en matières grasses d'origine végétale.

Par alimentation méditerranéenne, il était entendu une alimentation favorisant les apports de fruits, de légumes frais et secs, de poisson et de viande blanche, et pauvre en beurre, margarine, pâtisseries, biscuits, viande rouge et sodas.
 
L'étude PREDIMED, PRÉvention par la DIète MÉDiterranéenne
L'étude espagnole PREDIMED est un essai randomisé ouvert destiné à mesurer les effets d'une alimentation de mode méditerranéen sans restriction calorique et riche en matières grasses d'origine végétale, comparée à une alimentation hypolipidique.

Environ 7 500 patients ont été inclus dans cette étude, dont 90 % étaient en surpoids ou obèses.

Des patients plutôt âgés et présentant des facteurs de risques cardiovasculaires
Les hommese étaient âgés de 55 à 80 ans, les femmes de 60 à 80 ans (âge moyen : 67 ans).

Ces patients étaient soit atteints de diabète de type 2, soit présentant au moins trois des facteurs de risque cardiovasculaire suivants : tabagisme, hypertension, excès de LDL-cholestérol ou taux anormalement bas de HDL-cholestérol, surpoids ou obésité, ou antécédents familiaux de maladie coronarienne précoce.
 
Trois groupes randomisés aux alimentations différentes
Les participants ont été répartis en trois groupes de caractéristiques similaires :
  • deux groupes ont adopté une alimentation de type méditerranéen, avec une supplémentation gratuite soit en huile d'olive, soit en fruits secs (noix, noisettes et amandes). Chaque groupe était invité à participer à des ateliers éducatifs sur le régime méditerranéen au cours desquels des évaluations de leur alimentation ont été menées.
  • le groupe contrôle était invité à participer à des ateliers éducatifs visant à leur apprendre à consommer moins de matières grasses.
 
Un effet mesurable sur les comportements alimentaires
Les personnes participant aux deux groupes "méditerranéens" ont augmenté de manière significative leur consommation de poisson (0,3 portion par semaine en plus) et de légumes secs (0,4 portion par semaine en plus).

De plus, ceux supplémentés en huile d'olive en ont consommé 50 grammes par jour en plus (mais ont également augmenté leur consommation de fruits secs – 0,9 portion par semaine en plus).

Ceux supplémentés en fruits secs en ont consommé 6 portions par semaine en plus, et ont également augmenté leur consommation d'huile d'olive de 32 grammes par jour en moyenne.

Globalement, dans les groupes "méditerranéens", 42 % des calories quotidiennes étaient apportées par les lipides, contre 37 % dans le groupe contrôle (ce qui montre un régime hypolipidique très relatif dans ce groupe).
 
Un poids stable, voire en baisse, dans les groupes "méditerranéens"
Dans l'article publié récemment dans The Lancet, l'équipe de PREDIMED dévoile les données concernant le poids et le tour de taille des participants.

Après les cinq années de l'étude, les participants du groupe contrôle ont vu leur poids diminuer de 0,60 kg en moyenne, et leur tour de taille augmenter de 1,2 cm.

Les deux modèles d'alimentation méditerranéenne enrichie en matières grasses d'origine végétale ont peu ou pas d'effet sur le poids et le tour de taille des participants.

Comparées aux patients du groupe contrôle, les personnes ayant enrichi leur alimentation méditerranéenne en huile d'olive ont présenté une perte de poids supplémentaire modeste mais significative (0,43 kg, p = 0,044) et une diminution supplémentaire non significative de leur tour de taille (0,55 cm, p = 0,048).

Comparés à ceux du groupe contrôle, les participants du groupe "fruits secs" n'ont pas perdu de poids supplémentaire (0,08 kg, p = 0,730), mais ont davantage réduit leur tour de taille (0,94 cm, p = 0,006).

 
Résultats antérieurs de cette étude : une réduction du risque d'accidents cardiovasculaires dans les groupes "méditerranéens" 
Pour rappel, un premier article publié par l'équipe de PREDIMED en 2013 dans le NEJM faisait état d'une réduction absolue du risque cardiovasculaire dans les groupes "méditerranéens" équivalente à 3 événements cardiovasculaires majeurs pour 1000 personnes/années et une réduction relative du risque d'environ 30 % chez les participants à risque élevé mais sans antécédent personnel d'accident cardiovasculaire (infarctus du myocarde, AVC et décès de causes cardiovasculaires).

Dans cette publication de 2013 (voir notre article de mars 2013 pour davantage de détails), portant sur cinq années de l'étude, 109 accidents cardiovasculaires ont été reportés dans le groupe contrôle, contre 96 dans le groupe "huile d'olive" (baisse de 30 % du risque : RR 0,70) et 83 dans le groupe "fruits secs" (baisse de 28 % du risque : RR 0,72).

Des résultats qui vont à l'encontre de la logique des recommandations actuelles
La publication des données de poids et de tour de taille de l'étude PREDIMED, trois ans après celles relatives au risque cardiovasculaire, soulève de nombreuses questions. De toute évidence, les bénéfices cardiovasculaires, nets, sont faiblement corrélés à la perte de poids ou à la diminution du tour de taille, ce qui va à l'encontre de la logique des recommandations actuelles.

Des limites liées à la méthodologie de l'étude
Des limites apparaissent dans le design de l'étude : par exemple, les participants des groupes "méditerranéens" ont globalement reçu une éducation nutritionnelle plus intense que ceux du groupe contrôle, ce qui aurait pu compenser les effets délétères d'un apport lipidique supérieur. De plus, cette étude a été menée dans un pays où le régime méditerranéen est à la base des habitudes alimentaires, ce qui pourrait avoir réduit les différences observées entre les groupes ou, à l'inverse, permis de dissimuler les effets négatifs d'une alimentation sans restriction calorique.

Enfin la question demeure des effets à long terme de ce type d'alimentation chez des personnes qui ne sont pas à risque cardiovasculaire ou en surpoids.
 
"Mettre fin à notre peur du gras"
Dans un commentaire joint à l'article, le Pr Dariush Mozaffarian estime, malgré ces limites, qu'il "est temps de mettre fin à notre peur du gras et de ne plus se focaliser uniquement sur la réduction totale des calories apportées par les graisses alors que certains types d'acides gras ont des effets très positifs sur la santé". 
 
Pour aller plus loin
 
L'étude du Lancet sur le poids et le tour de taille dans l'étude PREDIMED
Estruch R et al. « Effect of a high-fat Mediterranean diet on bodyweight and waist circumference: a prespecified secondary outcomes analysis of the PREDIMED randomised controlled trial » Lancet Diab Endocrinol, 2016 Jun 6
 

La méta-analyse sur l'effet à long terme des régimes riches et pauvres en lipides sur le poids
Tobias DK et al. « Effect of low-fat diet interventions versus other diet interventions on long-term weight change in adults: a systematic review and meta-analysis. » Lancet Diabetes Endocrinol 2015; 3: 968–79.

L'étude du NEJM sur la réduction du risque cardiovasculaire dans l'étude PREDIMED
Estruch R, et al. « Primary prevention of cardiovascular disease with a Mediterranean diet. » N Engl J Med. 2013 Apr 4;368(14):1279-90.
 
Sur VIDAL.fr : 
Régime méditerranéen en prévention cardiovasculaire : oui, mais avec de l'huile d'olive et des noix ! (mars 2013)

 

Sources : The Lancet

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Vidal News du 2017-02-23