OXYCONTIN LP, OXYNORM et OXYNORMORO (oxycodone) : remboursement étendu en rhumatologie

Par DAVID PAITRAUD -
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La prise en charge par l'Assurance maladie des spécialités opioïdes d'oxycodone est étendue au traitement de dernier recours des douleurs intenses et/ou rebelles rencontrées dans l’arthrose du genou ou de la hanche et dans la lombalgie chronique, à un stade où les solutions chirurgicales sont envisagées et chez des patients non candidats à une chirurgie de remplacement prothétique

Cette extension de prise en charge concerne :
  • OXYNORM gélule, OXYNORMORO comprimé dispersible et OXYCONTIN LP comprimé pelliculé à libération prolongéespécialités de ville remboursables à 65 % et disponibles à l'hôpital (agréées aux collectivités) ; 
  • OXYNORM solution buvable et OXYNORM solution injectableuniquement disponibles à l'hôpital (agréées aux collectivités). 

De nouvelles données issues de méta-analyses, ainsi que plusieurs recommandations nationales et internationales préconisant l'utilisation des opioïdes forts dans le cadre des douleurs arthrosiques, ont été prises en compte par la Commission de la transparence pour recommander cette extension de prise en charge.

Jusqu'à présent, ces spécialités n'étaient prises en charge que dans le traitement des douleurs chroniques d'origine cancéreuse, intenses ou rebelles aux antalgiques de niveau plus faible, chez l'adulte à partir de 18 ans
Les douleurs chroniques d'origine rhumatismale peuvent parfois conduire à un véritable handicap (illustration).

Les douleurs chroniques d'origine rhumatismale peuvent parfois conduire à un véritable handicap (illustration).


Les spécialités opioïdes d'oxycodone OXYNORM, OXYNORMORO et OXYCONTIN LP sont désormais remboursables dans le traitement des douleurs intenses et/ou rebelles rencontrées dans l'arthrose du genou ou de la hanche et dans la lombalgie chronique (Journal officiel du 13 janvier 2016 - texte 27 et texte 28) :
  • comme traitement de dernier recours,
  • à un stade où les solutions chirurgicales sont envisagées et chez des patients non candidats (refus ou contre-indication) à une chirurgie de remplacement prothétique (coxarthrose ou gonarthrose),
  • pour une durée la plus courte possible du fait du risque d'effet indésirable grave et de l'absence de données d'efficacité et de tolérance à long terme.

Cette extension de prise en charge concerne :
  • les spécialités orales de ville remboursables à 65 % et hospitalières (agréées aux collectivités) : 
    • OXYNORM gélule,
    • OXYNORMORO comprimé dispersible,
    • OXYCONTIN LP comprimé pelliculé à libération prolongée ;
  • les spécialités hospitalières (agréées aux collectivités) :
    • OXYNORM solution buvable
    • OXYNORM solution injectable.

Des recommandations en faveur de l'utilisation des opioïdes forts malgré un manque de données de haut niveau de preuve
OXYNORM, OXYNORMORO et OXYCONTIN LP sont indiqués dans le traitement des douleurs sévères qui ne peuvent être correctement traitées que par des analgésiques opioïdes forts, en particulier dans les douleurs d'origine cancéreuse.

Jusqu'à présent, ces antalgiques de palier III n'étaient remboursables que dans le traitement des douleurs d'origine cancéreuses intenses ou rebelles aux antalgiques de niveau plus faible, chez l'adulte à partir de 18 ans.

En 2014, la Commission de la transparence a été saisie pour réévaluer l'opportunité d'une prise en charge de ces opioïdes forts agonistes purs dans les douleurs chroniques non cancéreuses et non neuropathiques incluant notamment les douleurs rhumatologiques des lombalgies et de l'arthrose

De nouvelles données ont été considérées pour réévaluer l'efficacité et la tolérance de l'oxycodone en rhumatologie :
  • une revue Cochrane (Chaparro LE, 2013) incluant 15 études évaluant l'efficacité des opioïdes dans la douleur chronique des lombalgies. Six études concernaient des opioïdes forts dont l'oxycodone ;
  • une autre revue Cochrane (Nüesch E. 2009) évaluant les opioïdes par voie orale ou transdermique dans l'arthrose de la hanche et du genou. Cette revue comprenait 10 études dont 4 sur l'oxycodone ;
  • une revue de littérature clinique (Avouac J. OsteoArthritis and Cartilage 2007) évaluant l'efficacité analgésique, l'effet sur la fonction physique et la sécurité des opioïdes chez les patients souffrant d'arthrose. Quatre études portaient sur l'oxycodone.

Ces données ont confirmé "l'efficacité modeste des opioïdes forts, y compris de l'oxycodone, dans les douleurs chroniques arthrosiques et lombalgiques et le manque de données de haut niveau de preuve sur l'efficacité et la tolérance, notamment en lien avec une utilisation au long cours." 

Prenant également en compte les recommandations actuelles, françaises et étrangères, la Commission a considéré que "Malgré le manque de données cliniques d'efficacité et de tolérance de qualité méthodologique acceptable, de nombreuses recommandations françaises et étrangères préconisent, sous certaines conditions ou restrictions et avec un encadrement strict, en privilégiant la voie orale, l'utilisation des opioïdes forts dans les douleurs chroniques en rhumatologie (arthrose invalidante de la hanche ou du genou et lombalgie"). 

Un SMR important la lombalgie chronique, l'arthrose du genou et de la hanche
Dans son 
avis du 15 octobre 2014, la Commission a estimé, sur la base de l'ensemble de ces données, que le service médical rendu (SMR) des spécialités d'oxycodone était important dans le cadre des douleurs intenses et/ou rebelles rencontrées dans l'arthrose du genou ou de la hanche et dans la lombalgie chronique.

En revanche, le SMR a été jugé insuffisant dans les autres douleurs chroniques, non cancéreuses et non neuropathiques, notamment dans les rhumatismes inflammatoires chroniques tels la polyarthrite rhumatoïde et la spondyloarthrite.

Enfin, en l'absence de données cliniques, l'oxycodone n'a pas de place dans l'arthrose digitale.

En pratique : prescription courte et évaluation du profil de tolérance
En rhumatologie, la durée de prescription de l'oxycodone doit être la plus courte possible du fait, comme pour tout stupéfiant, des risques d'effets indésirables graves et de dépendance dans le cadre de son utilisation au long cours (notre article du 31 octobre 2014). 

La prescription doit tenir compte du profil de tolérance individuelle (effets indésirables les plus fréquents aux doses habituelles : constipation, somnolence, confusion, nausées et vomissements), ainsi que du risque d'usage détourné ou abusif, bien qu'apparaissant limité en France, contrairement aux Etats-Unis. 

La Commission de la transparence recommande de privilégier les formes orales.

Pour aller plus loin
Arrêté du 8 janvier 2016 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables aux assurés sociaux (Journal officiel du 13 janvier 2016, texte 27)
Arrêté du 8 janvier 2016 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques agréées à l'usage des collectivités et divers services publics (Journal officiel du 13 janvier 2016, texte 28)
Avis de la Commission de la Transparence (HAS, 15 octobre 2014)

Les études
Chaparro LE and al, Opioids compared to placebo or other treatments for chronic low-back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews 2013, Issue 8, Art n° D004959 
Nüesch E. and al, Oral or transdermal opioids for osteoarthritis of the knee or hip. Cochrane Database of Systematic Reviews 2009, Issue 4, Art n°: CD003115.
Avouac J and al. Efficacy and safety of opioids for osteoarthritis: a meta-analysis of randomized controlled trials. OsteoArthritis and Cartilage 2007 ; 15 : 957-65

Sur Vidal.fr
Oxycodone et risque de pharmacodépendance : l'ANSM rappelle les règles de bon usage (31 octobre 2014)

Sources : J.O. (Journal Officiel), HAS (Haute Autorité de Santé)

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Vidal News du 2020-07-02

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