Antihypertenseurs : une prise unique au coucher réduirait le risque de diabète de type 2

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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Environ 75 % des cas de maladies cardiovasculaires chez des patients diabétiques sont liés à l’hypertension artérielle. De plus, l’hypertension artérielle augmente le risque de développer un diabète de type 2. Ces risques expliquent que l’optimisation de l’efficacité des traitements hypertenseurs, en particulier chez les personnes âgées et en surpoids, soit le sujet de nombreux travaux scientifiques. 

Plusieurs études ont notamment montré que le contrôle tensionnel obtenu avec une prise unique le soir était meilleur, et associé à une diminution du risque de survenues de maladies cardiovasculaires.

Une analyse récente d’une de ces études de chronobiologie des traitements de l’hypertension, parue fin août dans la revue Diabetologia, semble également indiquer que la prise unique de médicaments antihypertenseurs au coucher est plus efficace pour prévenir l’insulinorésistance chez les patients hypertendus.
La prise d\'antihypertenseurs au coucher plus efficace pour prévenir le diabète de type 2 ?

La prise d\'antihypertenseurs au coucher plus efficace pour prévenir le diabète de type 2 ?


Le contrôle de l'hypertension artérielle réduirait le risque d'insulinorésistance
On estime que les patients diabétiques de type 2 présentent deux fois plus d'hypertension artérielle que les personnes non diabétiques (Am J Hypertens 2003). Dans certains cas, l'hypertension a précédé l'apparition de ce diabète. En effet, parce que l'angiotensine II et l'aldostérone favorisent le relargage de glucose par le foie et que l'hyperglycémie a un effet positif sur la sécrétion d'aldostérone, l'hypertension artérielle non contrôlée ferait le lit de la résistance à l'insuline et du diabète de type 2 (Am J Physiol Heart Circ Physiol. 2012).

Plusieurs études cliniques ont étudié les effets de l'inhibition du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) sur l'apparition de diabète de type 2 chez les patients hypertendus et, de fait, un traitement à base d'antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (ARA2) ou d'inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) diminue leur risque de développer une insulinorésistance (Diabetes Care 2005)
 
La normalisation de la pression artérielle nocturne, nouvel objectif thérapeutique ?
Le SRAA possède une activité circadienne : deux heures après l'endormissement, la pression artérielle diminue d'environ 15 % et ne revient à ses valeurs diurnes qu'avant le réveil.

Une pression sanguine élevée pendant le sommeil a été associée à une augmentation du risque cardiovasculaire, chez les patients diabétiques comme chez les non diabétiques (Hypertension 2008). De plus, chez ces derniers, l'hypertension artérielle pendant le sommeil semble augmenter le risque d'apparition d'un diabète de type 2.

Pour ces raisons, certains auteurs proposent que la normalisation de la pression sanguine nocturne devienne l'objectif principal d'un traitement hypertenseur.
 
Une prise unique au coucher semble être plus efficace pour contrôler la tension
Plusieurs études cliniques ont comparé l'efficacité des traitements hypertenseurs selon s'ils sont administrés en une prise au coucher ou en une prise au réveil. Ces études ont conclu que l'administration en prise unique au moment du coucher montrait une plus grande efficacité dans le contrôle de la pression sanguine (Blood Press Monit. 2010).

L'efficacité de ce contrôle tensionnel est plus durable tout au long de la journée, sans différence en termes d'effets indésirables (Chronobiol Int. 2013).

Cette plus grande efficacité a été observée avec plusieurs schémas thérapeutiques : traitement antihypertenseur à base d'ARA2, d'IEC, d'ARA2 + inhibiteurscalciques (ICC), d'IEC + ICC ou d'ARA2 + diurétiques.

La prise unique au coucher réduirait le risque cardiovasculaire, y compris chez les patients diabétiques
En 2010, l'équipe de José R. Fernandez, du laboratoire de bio-ingénierie et chronobiologie de l'université de Vigo, Espagne, a mené  une étude randomisée, dite MAPEC (Monitoring Ambulatoire pour Prédire les Événements Cardiovasculaires), pour comparer les effets d'un traitement hypertenseur (au moins une substance) selon l'heure de la prise unique quotidienne.

L'étude MAPEC (Chronobiol Int. 2010) a porté sur 2 156 patients (âge moyen 55 ans) suivis pendant une durée médiane de 5,6 ans. Le suivi, annuel ou trimestriel selon la stabilité du traitement, a consisté à enregistrer les données de pression artérielle à l'aide d'un moniteur ambulatoire (mesure toutes les 20 minutes de 7h à 23h, toutes les 30 minutes la nuit, pendant 48 heures d'affilée). Le choix et l'adaptation des traitements étaient laissés à l'appréciation du médecin traitant.

Cette étude et les analyses successives effectuées sur ses données ont montré que la prise unique d'antihypertenseurs au coucher permet une meilleure réduction du risque de maladie cardiovasculaire (y compris chez les patients diabétiques, insuffisants rénaux ou souffrant d'une hypertension résistante aux traitements) et ce, quelles que soient les classes d'hypertenseurs prescrites, avec une efficacité maximale pour celles contenant un ARA2.

La réduction du risque de complications cardiovasculaires était proportionnelle à la réduction de pression artérielle obtenue pendant la nuit (absolue ou proportionnelle à la valeur initiale).
 
La prise unique au coucher aurait aussi un effet préventif sur le risque de diabète de type 2
Dans un article publié en août 2015 dans Diabetologia, l'équipe à l'origine de l'étude MAPEC a revisité ses données pour détecter l'éventuelle supériorité d'une prise unique au coucher sur le risque de développer un diabète de type 2. En effet, les études précédentes portant sur la supériorité d'une prise unique au coucher avaient abouti à des conclusions contradictoires à ce sujet.

En analysant les données de l'étude MAPEC, au cours de laquelle 171 participants sont devenus diabétiques, l'équipe de JR Fernandez a mis en évidence que la prise unique au coucher était associée à une diminution de 57 % du risque d'apparition d'un diabète de type 2.

Le bénéfice maximal en termes de prévention du diabète a été observé avec des prises en charge thérapeutiques incluant des ARA2, des IEC ou des bêtabloquants (en l'occurrence le nébivolol, quasiment le seul bêtabloquant prescrit dans cette cohorte).

Cette réduction du risque de développer un diabète de type 2 était retrouvée indépendamment de l'âge du patient, de son tour de taille, de sa glycémie à jeun et de la présence éventuelle d'une insuffisance rénale chronique.

En conclusion : un effet préventif probable, mais nécessitant une confirmation avec des études plus larges et multicentriques
La prise unique au coucher d'un ou plusieurs antihypertenseurs semble améliorer le contrôle tensionnel, diminuer le risque cardiovasculaire et celui de développer un diabète de type 2. 

Cependant, les auteurs concluent leur étude en précisant que la généralisation des résultats de MAPEC est rendue difficile par la relative homogénéité des traitements antihypertenseurs prescrits (MAPEC est une étude monocentrique) ainsi que celle de l'origine ethnique des participants.

Néanmoins, la stratégie consistant à inhiber le SRAA à l'aide d'ARA2 et d'IEC administrés au coucher pour obtenir une normalisation maximale de la pression sanguine nocturne semble une piste intéressante pour réduire le risque de complications de l'hypertension artérielle.

Pour obtenir des informations complémentaires, l'équipe espagnole a mis en place une étude, HYGIA, destinée à évaluer la valeur pronostique de la mesure ambulatoire de la pression sanguine (MAPA) et l'impact des modifications de la pression sanguine ambulatoire sur les risques cardiovasculaires, cérébrovasculaires et rénaux, ainsi que les effets des traitements antihypertenseurs, du rythme circadien, de l'âge et de la présence d'un diabète sur les profils tensionnels.
 
En savoir plus : 
Les différentes analyses de l'étude MAPEC, dont celle de 2015, objet de cet article :
Influence of circadian time of hypertension treatment on cardiovascular risk: results of the MAPEC study, Hermida RC, Ayala DE, Mojón A, Fernández JR, Chronobiology International, septembre 2010
Influence of time of day of blood pressure-lowering treatment on cardiovascular risk in hypertensive patients with type 2 diabetes, Hermida RC, Ayala DE, Mojón A, Fernández JR, Diabetes Care, juin 2011
Bedtime dosing of antihypertensive medications reduces cardiovascular risk in CKD, Hermida RC, Ayala DE, Mojón A, Fernández JR, Journal of the American Society Nephrology, décembre 2011
Cardiovascular risk of resistant hypertension: dependence on treatment-time regimen of blood pressure-lowering medications, Ayala DE, Hermida RC, Mojón A, Fernández JR, Chronobiology International, mars 2013
Cardiovascular risk of essential hypertension: influence of class, number, and treatment-time regimen of hypertension medications, Hermida RC, Ayala DE, Mojón A, Fernández JR, Chronobiology International, mars 2013
Bedtime ingestion of hypertension medications reduces the risk of new-onset type 2 diabetes: a randomised controlled trialHermida RC, Ayala DE, Mojón A, Fernández JR, Diabetologia, août 2015
 
La description de l'étude HYGIA : 
Prognostic Value of the Circadian Pattern of Ambulatory Blood Pressure for Cardiovascular Risk Assessment (HYGIA)
 
Deux études cliniques sur la chronobiologie des traitements hypertenseurs : 
Administration-time-dependent effect of blood pressure lowering medications: basis for the chronotherapy of hypertension, Smolensky MH, Hermida RC, Ayala DE, Tiseo R, Portaluppi F, Blood pressure monitoring, août 2010
Administration-time-differences in effects of hypertension medications on ambulatory blood pressure regulationHermida RC, Ayala DE, Fernández JR et al., Chronobiology International, mars 2013

Sur VIDAL.fr : 
VIDAL Reco Hypertension artérielle
VIDAL Reco Diabète de type 2

Sources : Diabetologia

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Vidal News du 2017-07-20

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