Villa du Tertre (EHPAD) : des approches non médicamenteuses omniprésentes

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Les personnes très âgées, dépendantes ou non, démentes ou non, souffrent souvent d'anxiété, de stress, de la solitude, du manque de contact... Comment les aider à se sentir un peu mieux au quotidien, en maison de retraite ou EHPAD ?

Maguelonne LEGAIE, directrice de la Villa du Tertre, maison de retraite EHPAD (St-Parres-aux-Tertres, Aube), nous a présenté les différentes stratégies non médicamenteuses mises en oeuvre dans son établissement pour tenter de diminuer ces angoisses, de favoriser la relaxation, le toucher, l'éveil, ou le réveil des sens. 
L\'espace snoezelen de la Villa du Tertre a été conçu pour stimuler en douceur les sens des résidents.

L\'espace snoezelen de la Villa du Tertre a été conçu pour stimuler en douceur les sens des résidents.


VIDAL : Quels outils non médicamenteux avez-vous déployé dans votre établissement ? 
Maguelonne Legaie : Nous avons créé différentes catégories d'activités. La principale c'est le bien-être, de tenter de restaurer, de développer l'estime de soi. Pour cela, nous avons mis en place un salon de coiffure, un salon de maquillage, une balnéothérapie en douche ou en baignoire, un salon de massage. Beaucoup d'activités tournent véritablement autour du toucher, du soin, de ce que la personne a encore envie de développer dans son image, d'être. Pour les femmes (c'est quand même la majorité, 80 % de notre population est féminine), cela permet de continuer encore à exister, à être belle, à avoir plaisir à se regarder dans le miroir et à éprouver des sensations très agréables.
 

La relaxation et la détente sont une des déclinaisons du bien-être que l'on a développé avec l'espace snoezelen [NDLR : salle de stimulation multi-sensorielle contrôlée, apaisante], le salon de massage où nous allons rechercher à provoquer l'éveil des sens. C'est reprendre contact avec son corps, c'est découvrir, regarder, toucher. Le jardin est également une extension de cette approche, il permet la contemplation, l'observation de la vie, une plante qui germe, qui va fleurir, qui va s'éteindre à l'automne ou à l'hiver. C'est continuer tout le cycle de la vie.
 
VIDAL : Comment avez-vous eu l'idée de vous procurer un robot Paro ?
Maguelonne Legaie : Paro a été choisi comme un outil, une prestation complémentaire à l'approche non médicamenteuse développée au sein de l'établissement. Nous nous sommes aperçus de l'éveil que cela générait auprès des résidents, en observant les réactions des résidents avec les animaux du personnel, et lorsque nous avons fait l'expérience de faire venir différents animaux avec une association.
 
Nous avons découvert Paro lors d'un congrès et cela a été une révélation dans l'approche de communication entre le résident et Paro. Une découverte totale, il n'y a pas du tout l'abord de peluche ou de moteur ou quoi que ce soit de technologique, c'est vraiment une approche totalement relationnelle et cela nous a très largement convaincus. Aujourd'hui, nous avons étendu l'utilisation de Paro à de nombreux résidents au sein de l'établissement, résidents qui ne sont pas obligatoirement atteints de maladies neuro-dégénératives, et c'est un franc succès [NDLR : voir aussi cette vidéo, où Cathy Mignon, psychologue de l'établissement, nous en dit plus sur ce "robot émotionnel"].
 
VIDAL : Avez-vous aussi essayé l'Art-thérapie ?
Maguelonne Legaie : Nous avons tenu des séances d'Art-thérapie en utilisant les services d'une Art-thérapeute, peintre. Elle a mené des séances autant auprès des résidents de l'EHPAD que des résidents de l'unité protégée et nous avons découvert des talents franchement cachés. Des gens qui avaient l'habitude de peindre ont également retrouvé le plaisir de l'art. Ils ont peint sur des toiles que nous avons exposé pour les 3 ans de la Villa, que l'on a vendues aussi, certains les ont achetées. Nous avons pu admirer, au final, le regard particulier de la personne âgée : ils ont travaillé sur des couleurs très vives, des couleurs primaires.

C'est très agréable au final pour les résidents, de sentir qu'ils sont encore en capacité de continuer à produire des choses, à être valorisés et mis en avant. Ce n'est pas du gribouillage, ce sont vraiment des toiles avec des motifs, des schémas, des dessins, quelque chose de très construit, même auprès de l'unité protégée semi-ouverte [NDLR : présentation de cette unité et d'autres particularités de l'établissement sur cette vidéo].
 
VIDAL : L'"humanitude" fait aussi partie des approches non médicamenteuses de votre établissement. De quoi s'agit-il ?
Maguelonne Legaie : l'humanitude est une méthodologie de soins au service des résidents. C'est vraiment une approche relationnelle. Déjà, c'est considérer l'humanité que chacun possède en lui, et donc continuer à percevoir les résidents comme des personnes et au final, les aborder avec ce qu'ils appellent la capture sensorielle : c'est le regard, un toucher, c'est une façon aussi de se baisser pour être justement en phase avec la personne qui éventuellement est assise. C'est un assemblage, on va dire, de techniques relationnelles pour offrir le meilleur aux résidents et donc du coup rentrer en communication naturellement, indépendamment des pathologies des résidents.
 
Cela a été une révolution, c'est vraiment un choix qui a été affirmé par le groupe dont nous faisons partie. Tout le personnel a été formé à l'humanitude et nous avons bien constaté une évolution de la pratique professionnelle auprès des résidents : cela entraîne une diminution des troubles du comportement, des refus de soins, éventuellement du report de soins, cela nous permet de nous adapter au rythme de vie de chacun.
 
VIDAL : Ces outils non médicamenteux sont-ils encore utilisables en cas de troubles cognitifs importants ?
Maguelonne Legaie : Les personnes atteintes de troubles cognitifs pourront toujours être stimulées pour retrouver les actes de la vie courante, comme à la maison. C'est toujours le "comme à la maison" qui prime. Que ce soit la cuisine, mettre la table, aujourd'hui on dirait que c'est quelque chose de très simple mais qui est fort de sens. Faire la vaisselle, lire le journal, ou interagir avec Paro. C'est aussi avoir un contact relationnel, ce sont les émotions, le regard. Nousn proposons le même panel d'activités aux personnes qui présentent une altération importante de l'état général, mais nous allons par contre mettre en place un accompagnement différent, beaucoup plus individualisé, beaucoup plus en chambre.

Donc toutes les activités que nous proposons, nous sommes capables de les décliner en chambre. Le snoezelen se déplace, le massage se déplace et prend corps de façon adaptée à chacun des besoins.
 
En savoir plus :
Le site de la Villa du Tertre
La philosophie de l'Humanitude, igm-formation.net 
Snoezelen, fiche Wikipedia
 
Sur VIDAL.fr :
Vieillissement, fragilité, dépendance, Alzheimer... : entretien avec le Dr Christophe Trivalle, gériatre (mars 2014)
Etudes : un robot bébé phoque "thérapeutique" pourrait améliorer la qualité de vie des personnes âgées (août 2013)

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-07-20

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