La Villa du Tertre, une EHPAD médicalisée qui fait le pari de l’ouverture

Par Jean-philippe RIVIERE -
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Les maisons de retraite EHPAD  ("établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes") sont médicalisées 24 heures sur 24. Plusieurs types d'EHPAD existent (publiques, associatives, privées) et passent toutes une convention quinquennale, la "convention tripartite", avec le Conseil général de leur département et l'Agence Régionale de Santé (ARS). 

Maguelonne Legaie, directrice de la Villa du Tertre, maison de retraite privée et EHPAD située à St-Parres-aux-Tertres (Aube), nous présente dans la vidéo ci-dessous les grands principes qui régissent son établissement. 

 
Cette vidéo est la partie introductive d’un reportage effectué fin novembre. Quatre autres vidéos explorant les stratégies originales mises en oeuvre dans cet EHPAD seront bientôt mises en ligne.
Atelier couture particulièrement prisé des résidentes de la Villa du Tertre, établissement situé dans l'Aube, "capitale de la maille".

Atelier couture particulièrement prisé des résidentes de la Villa du Tertre, établissement situé dans l'Aube, "capitale de la maille".


VIDAL : Comment est organisée la Villa du Tertre et quel type de résidents elle accueille ?
Maguelonne Legaie : La Villa du Tertre a ouvert ses portes en juillet 2011. Nous accueillons 92 personnes. Parmi elles, nous avons la possibilité d'accueillir 14 personnes dans l'unité protégée semi-ouverte. Nous avons une file active de 14 résidents sur le PASA, un Pôle d'Activités et de Soins Adaptés : il s'agit d'un dispositif du plan Alzheimer qui permet d'accompagner 7 jours sur 7 des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer au stade modéré.
 


Nous avons également la possibilité d'accueillir des couples : c'est une spécificité architecturale, puisque nous disposons de six lots de deux chambres individuelles privatives avec une porte communicante entre les deux. L'établissement accueille un public très homogène d'EHPAD : nous pouvons accueillir des personnes autonomes comme des personnes très dépendantes. Nous sommes médicalisés et nous avons la possibilité de les accompagner jusqu'en fin de vie.
 
VIDAL : Qu'appelez-vous "unité protégée semi-ouverte" ?
Maguelonne Legaie : Nous avons fait le choix, au sein de l'unité protégée, de ne pas fermer les portes en permanence. Nous avons en effet constaté que le fait de fermer la porte était générateur de troubles du comportement, même si nous avons conscience que les résidents ont besoin d'un cocon pour se sentir en sécurité. Mais au final, la porte ouverte est comme une porte ouverte dans la tête, une liberté, les résidents peuvent aussi librement aller et venir. Certains font de la déambulation telle qu'on l'entend dans la maladie d'Alzheimer [NDLR : troubles du comportement moteur à type d'errance, de déambulations sans but précis], mais ne font pas de fugue et ne posent pas de problèmes au sein de la collectivité. A contrario, nous pouvons continuer à occuper d'autres espaces de l'établissement avec les résidents de l'unité protégée. Nous arrivons même à laisser cette unité ouverte ma nuit, aussi puisqu'une des accompagnantes reste la nuit au sein de cette unité.
 
VIDAL : Votre pôle d'activités et de soins adaptés (PASA) est labellisé et "éclaté". Que cela signifie-t-il ? 
Maguelonne Legaie : Nous avons choisi de décliner le PASA sous une forme continue d'accompagnement, que ce soit un dimanche, un mercredi, un lundi ou un jour férié. Nous ne voulions pas que le résident subisse la différence calendaire, donc nous sommes ouverts 7 jours sur 7, de 9h30 à 20h30, pour avoir une notion continue de l'accompagnement, avec la même personne. En pratique, pour assurer cette continuité, deux soignants se relaient un jour sur deux. Dans le cadre des évaluations de mémoire devant être effectuées dans les PASA, nous avons constaté qu'au bout de deux ans et demi de fonctionnement, des résidents avaient récupéré quelques points au MMSE (Mini-Mental State Examination).
 
VIDAL : Quels sont les avantages recherchés avec cette continuité ?
Maguelonne Legaie : Pour nous cette continuité est un gage de la qualité de l'accompagnement. L'avantage d'être "éclaté", c'est de maintenir et entretenir la capacité fonctionnelle : on se déplace au gré, on va faire de la cuisine, on va au rez-de-chaussée dans la cuisine. Cela oblige les résidents à avoir des repères spatiaux, temporels, une socialisation croissante et surtout de ne pas être isolés du reste de la population.

Aujourd'hui, l'établissement a réussi à s'organiser pour que tous les résidents soient traités de façon équitable et ne puissent pas être identifiés en fonction de leur critère de dépendance, de pathologie, de médication, ce qui fait que l'on a une uniformité au sein de l'établissement qui pour nous est gage aussi de morale et de valeur par rapport à la vision que nous avons de notre métier.
 
VIDAL : Quel est le personnel permanent pour un établissement de cette taille avec ce nombre de résidents ?
Maguelonne Legaie : Pour 92 résidents, nous avons au total 22 aides-soignantes à temps plein, 15 agents hôteliers, 2 animatrices à temps plein, 1 médecin coordonateur à mi-temps, 1 ergothérapeute 14 heures par semaine, 4 infirmières et 1 infirmière coordinatrice, 1 psychologue à temps plein. Il y a également la partie l'administration, nous sommes 3, plus 1 agent technique qui s'occupe de toute la maintenance de l'établissement.
 
VIDAL : Quel est le leitmotiv de cette maison, de cette "Villa" ?
Maguelonne Legaie : Le leitmotiv de l'établissement, c'est que nous ne sommes pas une maison de retraite mais une maison tout court, donc une maison de vie. Nous devons être capables d'accepter tout visiteur à tout moment de la journée, et d'aller et venir comme le résident en a décidé. Nous devons pouvoir refléter tous les instants de la vie, qui est est faite de bons moments comme de moments plus difficiles, et nous sommes là pour les accompagner. Aujourd'hui, nous avons créé ce lieu d'envie pour permettre aussi aux accompagnants extérieurs, aux proches, aux amis et tous les visiteurs différents de ne pas avoir peur d'y rentrer.

Notre objectif était de désacraliser un peu cette vision de la maison de retraite où on se dit que ça sent mauvais, que l'on va voir des résidents alignés en rangs d'oignons devant la télé. Des kinésithérapeutes qui interviennent dans l'établissement et des médecins traitants pourraient en témoigner : ils passent parfois par les trois étages pour trouver le résident qu'ils cherchent, car il ne va pas attendre dans sa chambre que le kiné arrive. C'est au kiné d'aller chercher le résident là où il est. Ces résidents sont aussi capables de dire à leur famille "tu ne viens pas à cette heure là parce que j'ai une activité de prévue". L'objectif est vraiment, tant pour la personne qui vit ici, qui a élu son domicile ici que pour ses proches et ses amis, de pouvoir passer des moments de convivialité en toute simplicité et donc au final, vivre, avec du sourire.
 
Propos recueillis le 21 novembre 2014 à la Villa du Tertre, maison de retraite EHPAD (St-Parres-aux-Tertres, Aube)
 
En savoir plus :
Le site de la Villa du Tertre (d'où provient la photo illustrant cet article)
Les Pôles d'Activités et de Soins Adaptés (PASA), présentation sur le site de l'ARS Languedoc-Roussillon
Cahier des charges relatif aux PASA et UHR pour une prise en charge adaptée en EHPAD et en USLD des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée et présentant des troubles du comportement, social-sante.gouv.fr
Mini-Mental State Examination dans sa version consensuelle établie par le groupe de recherche et d'évaluation des outils cognitifs (GRECO), Haute Autorité de Santé

Sur VIDAL.fr :
Vieillissement, fragilité, dépendance, Alzheimer... : entretien avec le Dr Christophe Trivalle, gériatre (mars 2014)

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-09-14

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