Etude : l’insomnie n’augmenterait pas le risque d’hypertension artérielle

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En France, selon l’Institut de Veille Sanitaire, la prévalence des symptômes d’insomnie (insuffisance ressentie de l’installation ou du maintien du sommeil, ou d’une mauvaise qualité restauratrice) varie  entre 25 et 30 % de la population générale. Aux Etats Unis, cela concernerait 33% des habitants.
 
L’insomnie représente donc une problématique majeure de santé publique, en particulier en raison de son retentissement diurne parfois handicapant au quotidien : fatigue, perte de concentration, manque de mémoire, morosité ou irritabilité, erreurs dans la réalisation de tâches.
 
Mais ces mauvaises nuits privatrices de repos, ainsi que leurs éventuels traitements médicamenteux, augmentent-elles le risque cardiovasculaire, en particulier d'hypertension artérielle ? Non, selon la première étude recherchant une telle causalité, étude menée par le Dr Vozoris et ses collaborateurs de l’hôpital Saint Michael de Toronto, Canada.


Un questionnaire sur le sommeil et une évaluation de la tension artérielle de 12 643 Américains
Cette étude transversale ("National Health and Nutrition Examination Surveys") a été menée entre 2005 et 2008. L'âge minimum des participants, américains, était de 16 ans. Un questionnaire sur la qualité de leur  sommeil (recherche de difficultés à s'endormir, réveils nocturnes prolongés, réveils matinaux inopinés…) leur a été remis à l'inclusion pour qualifier celui-ci  au cours du mois précédent.
 
Les patients devaient également renseigner la durée de leur sommeil : selon sa durée par nuit (supérieure ou inférieure à 6 heures), 4 catégories ont été définies en fonction de la fréquence mensuelle des insomnies (0 ; 1-4 ; 5-15 ; 16-30, 0 étant le groupe référence). Par ailleurs, la pression artérielle a été  mesurée trois fois de manière consécutive, le patient étant assis. Certains participants étaient déjà sous traitement antihypertenseur. L'hypertension artérielle était définie par une pression systolique supérieure à 140 mmHg et une diastolique supérieure à 90 mmHg.
 
Les variables susceptibles d'influencer les résultats ont été recueillies et ajustées afin de minimaliser les biais statistiques. Il s'agissait de l'âge, du sexe, de l'ethnie, du niveau d'éducation, du  salaire, du tabagisme sevré ou actif, de la consommation d'alcool l'année précédente, d'un éventuel état dépressif dans les 2 mois précédents, antécédents d'hypercholestérolémie, fatigue, endormissement diurne, éventuel traitement psychotrope dans le mois précédent, présence d'apnées du sommeil, de ronflements ainsi de l'indice de masse corporel.

Résultats : l'étude ne retrouve pas de lien significatif entre hypertension et insomnie
Après ajustement des variables, quelque soit la fréquence des insomnies, les auteurs n'ont pas constaté une élévation significative de la tension artérielle, ni systolique, ni diastolique, chez les patients se décrivant comme insomniaques (plusieurs épisodes par mois), qu'ils soient hypertendus (et donc déjà sous traitements hypotenseurs) ou non.
 
De même, les patients qui dormaient moins de 6 heures par nuit n'avaient pas une tension significativement plus élevée que ceux qui dormaient davantage.
 
Enfin, pour les patients traités par somnifères durant le mois précédent l'étude (variables ajustées), diagnostiqués comme hypertendus et présentant des insomnies fréquentes (5 à 15 épisodes par mois), il n'y avait pas non plus de tension artérielle significativement plus élevée, y compris s'ils dormaient moins de 6 heures par nuit.

Pas de somnifères pour protéger le cœur 
Selon ces résultats et l'auteur, il n'y aurait donc pas lieu de prescrire, "dans une optique de protection du système cardiovasculaire", des hypnotiques ou des somnifères en cas d'insomnie caractérisée résistant aux mesures hygiéno-diététiques.
 
Le traitement médicamenteux de l'insomnie par hypnotiques et/ou benzodiazépines exposant, s'il se prolonge au-delà de quelques semaines, à des risques (dépendance, chutes, accidents…), il s'agirait donc d'une bonne nouvelle pour les insomniaques. De ce d'autant que les Français utilisent déjà beaucoup, voire beaucoup trop, ces médicaments, comme l'a encore récemment rappelé l'ANSM .
 
Les résultats de cette étude doivent cependant être pondérés, même s'ils se retrouvent dans tous les cas de figure étudiés (pas de corrélation, notamment, entre l'augmentation de la  fréquence des insomnies et une élévation de la pression artérielle) : si nul lien significatif n'a été démontré, c'est peut-être en raison du caractère non longitudinal de cette étude (pas de suivi de ces individus). Un suivi devrait donc être effectué pour vérifier qu'il n'y a pas d'apparition ultérieure d'une hypertension. Par ailleurs, sur un échantillon plus grand de patients, les différences constatées auraient peut-être atteints la significativité.
 
Davantage d'études paraissent donc nécessaire pour confirmer cette absence de causalité, à court, moyen et long terme. Tout en poursuivant les efforts pour mieux comprendre les mécanismes et risques de l'insomnie, rappelle en conclusion le Dr Vozoris, auteur de l'étude.


En savoir plus :
Numéro thématique – Épidémiologie des troubles du sommeil en France, InVS, novembre 2012
Insomnia Sympton Frequency and Hypertension Risk : A Population-Based Study (fichier PDF), Nicholas T.Vozoris, J Clin Psychiatry 75 :0, Month 2014
New research shows link unlikely between insomnia symptoms and high blood pressure, stmichaelshospital.com, 25 juin 2014

Sur VIDAL.fr : 
VIDAL Reco Insomnie de l'adulte

Sources : Journal of Clinical Psychiatry

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