RTU baclofène : "Il faut qu’il y ait une réelle alliance thérapeutique avec le patient" Dr de Beaurepaire

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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La première Recommandation temporaire d’utilisation (RTU) d’un médicament a été accordée pour le baclofène dans le traitement de l’alcoolisme.

Comment composer avec les restrictions d’indications contenues dans cette RTU ? Les réponses du Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre,  chef de service à l'hôpital Paul Guiraud, Villejuif (Val-de-Marne), pionnier de la prescription du baclofène dans l’alcoolisme. 

Les autres vidéos issues de l'entretien qu'il nous a accordé sont accessibles sur cette page et celle-ci.

VIDAL : Que change la RTU (recommandation Temporaire d'Utilisation) baclofène pour les prescripteurs ? 
Dr Renaud de Beaurepaire : La RTU c'est une autorisation de prescrire dans certaines conditions. Il y a deux façons de voir ces conditions : il y a la façon simple, qui est d'aller sur internet et regarder ce que c'est que la RTU et remplir des dossiers, il y a un portail (Portail RTU baclofène), c'est extrêmement simple, de ce point de vue là. Quand on voit ce qui nous est demandé sur le portail RTU, on rentre tous les patients sans aucun problème parce que c'est très peu exigeant. Par contre, le libellé de la RTU est assez restrictif et contraignant.
 

VIDAL : Quelles sont les restrictions et contraintes liées à cette RTU ?
Dr Renaud de Beaurepaire : La première restriction c'est que seul un patient qui aura été traité de manière différente avec les traitements habituels peut entrer dans la RTU. On ne dit pas si ces traitements habituels sont médicamenteux ou psychologique ou cure, on dit qu'on ne peut entrer le patient que s'il a eu un échec avec les autres traitements.

C'est le fondement de la RTU, mais ça on le contourne (pas toujours), car la majorité des patients ont eu ou ont été en échec avec d'autres traitements. Maintenant, si on approfondit un petit peu, cela veut dire quoi avoir été en échec avec d'autres traitements ? Pour aller à l'extrême, je n'ai jamais vu un patient qui n'ait pas essayé de lui-même en se disant un jour, bon allez, j'arrête. Donc pour moi, c'est un patient qui a essayé d'arrêter. Donc je vais inclure dans la RTU tous les patients, même ceux qui n'ont jamais eu les autres traitements, parce que je sais qu'eux-mêmes, ils se sont rendu compte qu'il y avait un problème et qu'ils ont essayé, par eux-mêmes, d'arrêter.

VIDAL : Quelles sont les autres restrictions ?
Dr Renaud de Beaurepaire : On ne peut pas inclure, c'est-à-dire prescrire du baclofène, les patients qui ont des problèmes psychiatriques, des patients bipolaires, schizophrènes, déprimés graves, c'est comme cela qu'est libellée la RTU. Les schizophrènes c'est absurde : j'ai eu plein de patients schizophrènes, je suis psychiatre, j'ai eu beaucoup d'alcooliques parmi les schizophrènes, ne pas leur donner de baclofène c'est absurde, parce que cela marche très bien chez eux, ils ont tous une couverture neuroleptique, ils ont plutôt moins d'effets secondaires avec le Baclofène, pour des raisons que je ne connais pas. Peut-être parce qu'ils ont un certain nombre d'autres traitements et le baclofène agit un peu comme un neuroleptique. Il y a même eu des essais de Baclofène dans la schizophrénie, dans les années 70.

Je n'ai jamais eu un problème avec un schizophrène sous baclofène, cela n'aggrave absolument pas les symptômes, ils ont une couverture neuroleptique qui fait qu'ils ont finalement assez peu d'événements indésirables, c'est très curieux d'ailleurs. Je l'ai dit à l'ANSM mais bon, ils ne sont pas obligés de me croire...

VIDAL : Comment prescrire du baclofène en cas de maladie bipolaire ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Les patients bipolaires c'est plus ennuyeux, effectivement le baclofène peut déclencher des états maniaques. Mais simplement il faut savoir deux choses :
Soit les bipolaires sont connus comme tels et ils ont un traitement pour leur bipolarité et dans ce cas là, ce que je fais systématiquement, c'est que j'augmente le traitement. Quand je donne du baclofène chez un bipolaire, il est sous lithium ou Dépakine.
Soit on ne connaît pas la bipolarité, on donne du baclofène et ça déclenche un état maniaque, mais dans ce cas là, comme on ne connaissait pas la bipolarité, ce n'était pas une contre-indication au Baclofène…

VIDAL : La dépression sévère est également contre-indiquée par la RTU. Que faire en pratique ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Ca, je comprends que ce soit un problème, mais j'ai donné du baclofène à des patients gravement déprimés et je n'ai pas aggravé leur dépression, ce serait plutôt le contraire d'ailleurs. Enfin, je veux bien croire qu'il y ait un risque pour ces patients, je crois que l'important chez les patients qui ont des troubles psychiatriques, c'est qu'ils soient très bien surveillés.

Le traitement par le baclofène demande une alliance thérapeutique avec le patient, il n'y a aucun doute, c'est essentiel dans la conduite du traitement. Quand il n'y a pas d'alliance, le traitement est très souvent un échec et c'est là que l'on voit les complications psychiatriques : il faut qu'il y ait une réelle alliance thérapeutique et que les médecins suivent très très bien leur patient et dans ce cas, cela se passe en général très bien.

Propos recueillis le 27 mars à l'Hôpital Paul Guiraud (Villejuif).
 
Voir aussi sur Vidal.fr :
- "Baclofène : la recommandation temporaire d'utilisation (RTU) a été accordée. Modalités pratiques" (14 mars 2014)
- "Baclofène : analyses et recommandations du Comité technique de Pharmacovigilance de l'ANSM" (29 août 2013)
- "Baclofène et sevrage alcoolique : les essais cliniques se poursuivent" (29 mars 2013)

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-05-18