"L’utilisation du baclofène pourrait bénéficier à plusieurs millions de personnes en France" Dr de Beaurepaire

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Le Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre et chef de service à l'hôpital Paul Guiraud, Villejuif (Val-de-Marne), est un pionnier de la prescription du baclofène en France et un de ses plus ardents défenseurs. 

Il nous explique dans cette vidéo que la prescription du baclofène dans la maladie alcoolique pourrait aider de multiples patients dépendants, qu’ils s’arrêtent complètement de boire ou non.  

Les autres vidéos issues de cet entretien sont accessibles sur cette page et celle-ci.


VIDAL : Quel est l'objectif du traitement de l'alcoolisme par du baclofène ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Le baclofène c'est d'abord un anti craving (irrépressible envie de boire) : cela empêche d'avoir envie de boire et donc, les patients apprennent à utiliser le baclofène dans les moments où ils ont envie de boire, ce qui n'est pas toujours constant. Les patients qui viennent me voir, ou voir des prescripteurs, sont en règle générale dépendants à l'alcool, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas arrêter.

Le principe du traitement, c'est d'augmenter les doses jusqu'à ce qu'ils deviennent indifférents à l'alcool et là, il y a deux possibilités : soit on leur dit de faire des efforts pour arrêter de boire, soit on leur dit continuez à boire comme d'habitude, le baclofène fera son effet et vous rendra indifférent à l'alcool.
 

VIDAL : Est-ce que vous conseillez à vos patients de tenter d'arrêter de boire pendant le traitement ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Au début, j'étais plutôt partisan de la deuxième formule. C'est-à-dire que les premiers patients, les premières dizaines ou centaines de patients que j'ai eus, je leur disais "continuez à boire, un jour le baclofène vous rendra indifférent à l'alcool". Mais ce que j'ai observé progressivement, et ce que beaucoup d'autres de mes collègues ont observé, c'est que plus les patients faisaient des efforts ou alors avaient décidé d'être abstinents en début de traitement, plus cela facilitait l'effet du baclofène : j'ai l'impression que lorsque les patients boivent moins, font des efforts pour boire moins, le baclofène est plus efficace et la dose nécessaire est moins importante. Je pense que c'est réel.

Cela n'empêche pas que les patients peuvent continuer à boire et généralement, le baclofène finit par être efficace. Je pense que la dose de baclofène nécessaire est moins importante quand ils font des efforts pour arrêter de boire.

VIDAL : Combien de personnes pourraient, potentiellement, bénéficier du baclofène en France ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Les chiffres officiels c'est, je crois, qu'il y a plus de 2 millions de personnes dépendantes à l'alcool en France et à peu près 4 millions de personnes qui sont des buveurs excessifs. Donc cela fait à peu près 6 millions de personnes qui pourraient bénéficier du baclofène, sachant cependant que beaucoup de buveurs excessifs ne souhaitent pas du tout arrêter de boire.

Par contre, chez les personnes dépendantes, il y a quand même beaucoup de personnes, une grande majorité à mon avis, qui ont conscience qu'ils sont dépendants, c'est-à-dire esclaves d'une substance et je crois que l'immense majorité des dépendants voudraient s'arrêter. Il y a, parmi les dépendants, des personnes qui ne s'avouent pas qu'elles sont dépendantes, certainement. Je crois que l'utilisation de baclofène pourrait bénéficier à plusieurs millions de personnes en France.

VIDAL : Combien de personnes dépendantes cherchent à se soigner ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Une petite minorité. Tous les chiffres montrent qu'au moins 80 % des personnes dépendantes à l'alcool ne cherchent pas à se soigner. D'ailleurs, je trouve très intéressant le fait que beaucoup d'entre elles maintenant viennent me voir, en me disant "je n'ai jamais cherché à me soigner parce que je savais qu'il n'y avait pas de traitement, mais maintenant qu'il y a le baclofène, je voudrais me soigner". Je crois que c'est quand même très intéressant.

VIDAL : Le baclofène pourrait-il être utile dans la prise en charge d'autres addictions ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Le baclofène est certainement utile dans d'autres addictions mais pour l'instant il n'y a pas d'études réalisées. C'est très facile de trouver des alcooliques qui veulent se soigner. Ce sont eux-mêmes qui le demandent mais par exemple, les autres addictions, à la cocaïne, à l'héroïne, en tout cas dans ma clientèle, ils sont beaucoup demandeurs. J'ai de plus en plus de demandes de personnes qui ont des troubles du comportement alimentaire, mais je ne sais pas, je n'ai pas encore d'idée très claire là-dessus mais, j'ai beaucoup d'exemples de personnes présentant des troubles du comportement alimentaire qui ont été guéries par le baclofène, beaucoup d'exemples, j'en ai quelques-uns moi-même, j'ai des collègues qui m'en ont parlé….

Cela dit, je ne sais pas si c'est un traitement majeur de ces troubles du comportement ou si c'est seulement alternatif, il n'y a pas encore d'études suffisantes là-dessus.

Propos recueillis par Jean-Philippe Rivière le 27 mars à l'Hôpital Paul Guiraud (Villejuif).

Voir aussi sur Vidal.fr :
- "Baclofène : la recommandation temporaire d'utilisation (RTU) a été accordée. Modalités pratiques" (14 mars 2014)
- "Baclofène : analyses et recommandations du Comité technique de Pharmacovigilance de l'ANSM" (29 août 2013)
- "Baclofène et sevrage alcoolique : les essais cliniques se poursuivent" (29 mars 2013)

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-07-27

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