Prise en charge des personnes atteintes d’Alzheimer : "c’est l’humain qui est le plus important"

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Quel a été l'impact du dernier Plan Alzheimer sur la prise en charge des personnes atteintes ? Les réponses et le ressenti du Dr Christophe Trivalle, gériatre à l’Hôpital Paul Brousse (Villejuif, APHP) depuis 1997.

Vous pouvez visualiser les 5 autres vidéos issues de cette interview en cliquant ici.



Le Dr Trivalle est notamment l’auteur de "Vieux et malade : la double peine !", paru en 2010, et de l’abrégé Masson "Gérontologie préventive : Eléments de prévention du vieillissement pathologique", paru en 2009. 

Le site du Dr Trivalle : http://gerontoprevention.free.fr


VIDAL : Qu'a changé le dernier Plan Alzheimer (2008-2012) ?
Dr Christophe Trivalle : Dans les services en hospitalisation il faut du personnel, en ville il faut du personnel, pour faire du soutien à domicile il faut du monde, cela a une très grosse consommation de personnes et ce qui coûte le plus cher aussi, il faut bien le dire. Le dernier plan Alzheimer a mis en place pas mal de solutions intéressantes ou a développé des solutions qui existaient déjà, mais de façon un peu plus importante. Notamment tout ce qui est accueil de jour, qui existait mais là qui a été amplifié.

Dans les solutions un peu nouvelles, pour le domicile en tout cas, il y a les équipes spécialisées Alzheimer qui commencent quand même à être développées.
 

VIDAL : Comment prescrire une prise en charge par une "Equipe spécialisée Alzheimer" ?
Christophe Trivalle : C'est sur prescription médicale, 15 séances à domicile. Le médecin généraliste a le droit de les prescrire et ce sont des SSIAD (Services de Soins Infirmiers A Domicile) qui ont leurs équipes spécialisées Alzheimer et qui, avec une psychomotricienne ou une ergothérapeute qui va intervenir au domicile, vont faire une intervention au domicile et vont proposer une rééducation pour 15 séances. Eventuellement on peut le renouveler l'année d'après, donc ça, ce sont des choses en plus.

VIDAL : Les Maisons pour l'autonomie et l'intégration des malades d'Alzheimer ont-elles apporté un plus ?
Christophe Trivalle : Pour moi les MAIA (Maisons pour l'autonomie et l'intégration des malades d'Alzheimer) n'ont pas un intérêt majeur, mais ce qui est intéressant dans les MAIA ce sont les gestionnaires de cas qui sont justement des personnes –souvent ce sont des assistantes sociales, des psychologues, des gens qui ont un peu dévié- qui se centrent sur les personnes Alzheimer pour les aider à domicile, c'est une sorte de référent. Ils peuvent donc s'occuper de plusieurs personnes (en particulier les gens plutôt isolés qui n'ont pas trop de famille ou dont la famille ne peut pas s'occuper correctement) pour les accompagner à des examens, pour les accompagner au rendez-vous chez le médecin généraliste, voire le spécialiste, etc.

VIDAL : Les plateformes d'accompagnement et de répit sont-elles également utiles ?
Christophe Trivalle : Souvent elles sont associées avec les accueils de jour et la plateforme d'accompagnement. Normalement c'est un numéro de téléphone où l'on appelle, c'est l'aidant en général qui appelle et cela permet de voir une psychologue par exemple, ce qui n'est pas toujours simple vu qu'il n'y a pas de tarification et pas de remboursement. Cela permet de faire des activités avec la personne malade, visiter des musées, aller voir une exposition, aller faire les Bateaux-Mouches à Paris ou je ne sais quoi et cela permet aussi d'avoir des formations pour les aidants.

VIDAL : Comment mieux faire connaître aux médecins toutes ces possibilités ?
Christophe Trivalle : C'est vrai que les médecins généralistes ne connaissent pas toutes ces mesures, ils ne savent pas tout ce qu'ils ont à leur disposition à proximité et c'est important de le savoir, de le connaître, de se renseigner ou bien d'avoir au moins un référent. Probablement que les [meilleurs] référents restent quand même les CLIC, les Centre Locaux d'Information et de Coordination, qui sont censés connaître un peu tout ce qui existe autour des personnes âgées : dans tel ou tel secteur, ils savent qu'il y a une MAIA, un gestionnaire de cas, une équipe spécialisée Alzheimer, un hôpital, qu'il une consultation, telle ou telle assistante sociale à tel endroit, etc.

VIDAL : La réévaluation des médicaments "anti-Alzheimer" a-t-elle eu un impact sur votre pratique thérapeutique ?
Christophe Trivalle : Dans la pratique, nous on continue à les utiliser. Après, si la famille n'en veut pas, on n'en donne pas,. Si le médecin traitant dit que pour lui cela ne sert à rien, on en discute et s'il l'on voit que cela ne marche pas, ou qu'au bout d'un moment la personne perd trop vite en capacité on les arrête. Mais on continue quand même à les utiliser parce qu'ils ont quand même une efficacité. Certes, ce ne sont pas des médicaments qui redonnent la mémoire. C'est sûr que si l'on se dit que si on perd la mémoire, on prend un médicament pour la retrouver, ce serait très beau mais ce n'est pas la réalité. Ce sont des médicaments qui, au mieux, ralentissent l'évolution sur le plan cognitif mais, le plus souvent en tout cas, ralentissent l'évolution sur le plan de la dépendance dont on parlait tout à l'heure.

Ce sont donc des personnes qui conservent une certaine autonomie plus longtemps. Ce n'est pas facile à mettre en évidence, mais ils conservent la capacité de pouvoir se laver seuls, s'habiller seuls et manger seuls et rien que cela, cela me semble important.

VIDAL : Ces médicaments ont-ils un autre intérêt ?
Christophe Trivalle : Cela fait un point de contact et tout ce qui a été mis en place au départ, c'est à partir du traitement. Après, on peut toujours faire des consultations pour faire un diagnostic de maladie de la mémoire, faire un suivi en disant qu'il n'y a pas de traitement, on vous regarde et on ne fait rien.

Heureusement, quoi qu'on en dise et même si l'on critique, le dernier plan d'Alzheimer a quand même apporté beaucoup de choses : le côté social, l'aide humaine… Car pour tout ce qui concerne les personnes âgées en général (malades, pas malades, dont celles qui sont malades et dépendantes et Alzheimer encore plus), c'est l'humain qui est important.  

Propos recueillis par Jean-Philippe Rivière le 19 mars à l'Hôpital Paul Brousse (Villejuif).

En savoir plus :
Le site gouvernemental du Plan Alzheimer 2008-2012
Mesure 6 du Plan Alzheimer prévoyant la possibilité de recourir à des "équipes spécialisées Alzheimer"
Présentation des MAIA sur le site de France Alzheimer
Mesure 1 du Plan Alzheimer prévoyant la création des Plateformes d'accompagnement et de répit
Centre Locaux d'Information et de Coordination (site gouvernemental)
Réévaluation des médicaments Anti-Alzheimer, Haute Autorité de santé, octobre 2011

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-05-18