"A 2 ans, plus de 60 % de mes patients ont été sauvés par le baclofène" Dr Renaud de Beaurepaire

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Le Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre et chef de service à l'hôpital Paul Guiraud, Villejuif (Val-de-Marne), est un pionnier de la prescription du baclofène dans l'alcoolisme, prescription désormais encadrée par une Recommandation Temporaire d'Utilisation.

Dans cet extrait d'interview, le Dr de Beaurepaire nous fait part des constats qu'il a effectué -efficacité, facteurs de succès ou d'échec- après l'avoir prescrit à environ 600 patients très dépendants à l'alcool. 

Les autres vidéos issues de cet entretien sont accessibles sur cette page et celle-ci.


VIDAL : Quelles sont les principales causes de réussite, ou d'échec, du baclofène dans l'alcoolisme ?
Dr Renaud de Beaurepaire : La première cause d'échec du Baclofène vient de patients qui, en fait, n'ont pas envie d'arrêter de boire. Très souvent on voit des patients qui arrivent sans… On sent bien que l'alcool, c'est leur existence. Et leur enlever l'alcool, on n'y arrivera jamais. Ils sont souvent poussés par une famille, par des employeurs, par des personnes qui veulent leur bien mais eux, on sent bien qu'ils ont un attachement à l'alcool qui est tellement prépondérant dans leur existence que l'on voit bien qu'il y aura un échec parce qu'ils n'ont pas envie d'arrêter de boire. Arrêter de boire, c'est comme laisser mourir une partie d'eux-mêmes, ils ne peuvent pas, c'est leur vie l'alcool.
 

VIDAL : Quelle est la deuxième cause d'échec de ce traitement ?
Dr Renaud de Beaurepaire : La deuxième cause, ce sont les effets indésirables. Il faut dire qu'il y a, manifestement, une petite proportion de patients qui ont une intolérance au baclofène. Ce n'est pas une intolérance comme c'est dit, peut-être dans le Vidal, au premier comprimé, lorsque l'on constate une réaction allergique. Ce n'est pas ça, ce sont des patients qui, à partir de certaines doses, ont de tels effets indésirables qu'il est pratiquement impossible d'augmenter les doses, toutes les stratégies que l'on met en place, comme d'aller très lentement dans l'augmentation des doses, de fractionner les doses… Il y a des gens qui ne peuvent pas dépasser un seuil, ce n'est pas très fréquent mais quand cela arrive, en tout cas en ce qui me concerne, je n'ai pas trouvé la solution.

VIDAL : Quelle est la proportion de patients qui se retrouvent dans ces situations ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Ce n'est pas très fréquent, mais je crois qu'entre les patients qui ne veulent pas arrêter et ceux qui sont véritablement intolérants au Baclofène, c'est de l'ordre de 20, 25 % des patients qui viennent me voir. Ce qui veut dire que 75 à 80 % de mes patients sont guéris par le baclofène. Parce qu'il faut employer le terme "guéris" : ils sont guéris par le Baclofène, ce qui est quelque chose d'énorme par rapport à ce que font les traitements habituels.

VIDAL : Comment avez-vous objectivé ces données spectaculaires ?
Dr Renaud de Beaurepaire : A ce jour, en mars 2014, j'ai prescrit le baclofène à, à peu près, 600 patients, ce qui fait quand même une certaine expérience. Parmi ces 600 patients, j'ai utilisé les 100 premiers pour faire une étude. C'est-à-dire que je les ai suivi pendant plusieurs années et j'ai publié les résultats à 2 ans*. Ce que montrent les résultats, c'est qu'à trois mois, il y a à peu près 50 % des patients qui ne boivent plus, ont un contrôle complet sur la prise d'alcool. Il y a aussi entre 20 et 25 % des patients qui ont considérablement diminué leur consommation d'alcool, mais qui ne la contrôlent pas encore complètement.

VIDAL : Est-ce que vous avez continué à suivre ces patients ?
Dr Renaud de Beaurepaire : Ensuite, j'ai suivi les patients à 6 mois, 1 an et 2 ans, et pour aller vite, à 2 ans, il y a toujours 50 % de patients qui ne boivent plus ou qui contrôlent parfaitement leur consommation. Je rappelle que les patients qui venaient me voir, les patients de 2008, 2009, étaient des personnes qui avaient tout essayé et qui étaient généralement, on peut le dire même si ce n'est pas la formule habituelle, de grands alcooliques, des patients très très dépendants à l'alcool. Ils avaient tout essayé et venaient donc me voir en désespoir de cause. Pour la majorité, ils avaient vraiment envie de s'en sortir. Donc 2 ans après l'institution du traitement, 50 % ne boivent plus et environ entre 10 et 15 % restent à une consommation modérée, sont à risque modéré selon la définition de l'OMS. Donc cela fait plus de 60 % des patients qui, on pourrait le dire, ont été sauvés par le baclofène.
 
Propos recueillis par Jean-Philippe Rivière le 27 mars à l'Hôpital Paul Guiraud (Villejuif).
 
* "Suppression of Alcohol Dependence Using Baclofen: A 2-Year Observational Study of 100 Patients", Renaud de Beaurepaire, Frontiers in Psychiatry, décembre 2012
 
Voir aussi sur Vidal.fr :
- "Baclofène : la recommandation temporaire d'utilisation (RTU) a été accordée. Modalités pratiques" (14 mars 2014)
- "Baclofène : analyses et recommandations du Comité technique de Pharmacovigilance de l'ANSM" (29 août 2013)
- "Baclofène et sevrage alcoolique : les essais cliniques se poursuivent" (29 mars 2013)

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-06-22