Vieillissement pathologique : comment diminuer les risques de dépendance ? Interview du Dr Trivalle, gériatre

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Le Dr Christophe Trivalle, gériatre à l’Hôpital Paul Brousse (Villejuif, APHP), rappelle les moyens simples et accessibles permettant aux personnes âgées et souvent malades de préserver leur santé, d’éviter le passage à la dépendance lorsque c’est possible.

Il souligne en particulier que les outils modernes, comme les consoles de jeux, bracelets connectés ou réseaux sociaux, peuvent avoir un intérêt dans cette prévention.

Vous pouvez visualiser les 5 autres vidéos issues de cette interview en cliquant ici.


Le Dr Trivalle est notamment l’auteur de "Vieux et malade : la double peine !", paru en 2010, et de l’abrégé Masson "Gérontologie préventive : Eléments de prévention du vieillissement pathologique", paru en 2009. 

Le site du Dr Trivalle : http://gerontoprevention.free.fr 
Séance de kinésithérapie d\'une personne âgée (illustration).

Séance de kinésithérapie d\'une personne âgée (illustration).


VIDAL : À partir de quel âge parlez-vous de "personnes âgées" ?
Dr Christophe Trivalle : C'est un peu flou parce qu'il n'y a pas vraiment d'âge limite. Dans les services de gériatrie aiguë, actuellement nous prenons des personnes de plus de 75 ans (seuil défini de façon consensuelle). D'ici 10 ou 15 ans, nous prendrons les personnes de plus de 80 ans : avec le vieillissement démographique, c'est sûr que l'âge de vieillissement, entre guillemets, "pathologique" va reculer et donc la définition du sujet âgé, au sens médical gériatrique, reculera aussi.

VIDAL : Qu'appelle-t-on "vieillissement pathologique" ?
Dr Christophe Trivalle : Le vieillissement pathologique, c'est le vieillissement avec justement différentes pathologies qui s'accumulent au cours du temps et qui vont entraîner une dépendance. C'est pour cela aussi que lorsque nous parlons de dépendance (ou de conserver son autonomie ou de plan de dépendance), il faut garder en tête que la dépendance n'est pas liée à l'âge, mais aux maladies qui se sont accumulées avec l'âge, ce qui est un petit peu différent. La dépendance résulte quand même d'un problème de santé au départ. La personne qui a du mal à marcher, c'est parce qu'elle a de l'arthrose ou c'est parce qu'elle a fait un AVC … Si elle est essoufflée en montant les étages, c'est parce qu'elle est insuffisante cardiaque. Si elle a des problèmes de mémoire, c'est parce qu'elle a la maladie d'Alzheimer. En résumé, s'il y a une dépendance psychologique, c'est parce qu'il y a une maladie au départ.
 

VIDAL : Comment diminuer les risques de passage à la dépendance ?
Dr Christophe Trivalle : pour le médecin généraliste ou pour n'importe quelle personne qui veut agir pour éviter sa dépendance, on sait qu'il y a quand même des mesures de base assez simples, qui font reculer à la fois les pathologies et la dépendance. C'est toujours sur la même chose : il faut éviter le tabac, qui est un facteur de complications cardio-vasculaires, et faire de l'exercice physique, ce qui est important à tout âge, y compris chez les très âgés, y compris en maison de retraite. Et c'est vrai qu'il y a un rôle prescripteur du médecin généraliste pour l'exercice physique.

VIDAL : Comment prescrire de l'activité physique à une personne âgée diminuée ?
Dr Christophe Trivalle : Cela peut passer par la kinésithérapie, qui est une forme de stimulation à la marche. Le recours à un au professeur de sport ou à un professionnel formé aux STAPS  (sciences et techniques des activités physiques et sportives) est par contre actuellement un peu plus compliqué. Il y a actuellement des expérimentations à Strasbourg de "sport sur ordonnance" qui sont prises en charge (NDLR : 150 médecins généralistes participent à l'opération, voir ce reportage de France Info).  Ce n'est pas pris en charge au sens propre par la Sécurité Sociale mais, par exemple, si vous allez à un club de sport, il y a une partie de la cotisation qui pourra être prise en charge donc c'est cette idée de prévention par le sport qui fait son chemin.

Le médecin généraliste peut déjà conseiller la marche, le "sport de base" entre guillemets, qui est déjà très efficace. Tout ce qui se développe actuellement avec les bracelets, les podomètres pour évaluer combien de pas sont effectués, peut aller dans ce sens. L'objectif, quel que soit l'âge, se situe aux alentours de 10 000 pas par jour.

VIDAL : Les jeux vidéos, type Wii Sports, vous paraissent-ils également intéressants ?
Dr Christophe Trivalle : c'est vrai que dans certains endroits, la Wii a été utilisée pour faire de la rééducation, par exemple en cas d'AVC ou chez les sujets âgés, même en maison de retraite (voir cet article de La Dépêche). Jouer à la Wii, par exemple à Wii Sports, qui fait faire des mouvements, cela permet un travail d'équipe, il y a une certaine stimulation, il peut y avoir des compétitions. Ce sont des choses assez simples et finalement qui ont une efficacité pour préserver l'autonomie, la conserver ou même éventuellement, dans la rééducation, la récupérer.
 

VIDAL : D'autres mesures de prévention sont-elles utiles ?
Dr Christophe Trivalle : L'alimentation est très importante (comme le rappellent les campagnes type "cinq fruits, cinq légumes". En tout cas, il faut manger des choses variées.  On sait par exemple que les légumes à feuilles vertes sont très importants pour la mémoire. En ce qui concerne l'alcool, le message à faire passer est un peu complexe, car nous savons que l'alcool en excès est très négatif. Les problèmes d'alcoolisme sont courants et influents en France, mais dans la plupart des études, de l'alcool en petite quantité a plutôt un rôle protecteur et a plutôt un rôle favorable pour le vieillissement. L'autre élément important au bon vieillissement pour éviter la perte d'autonomie, c'est tout ce qui fait le lien socia,l y compris peut-être le lien social par Facebook, Twitter etc. Mais toute forme de lien social est très importante.

Il y a aussi, dans la prévention primaire, les vaccinations qui sont importantes et pour lequel le médecin généraliste a un rôle important à jouer. Chez les sujets âgés, il y a notamment la question du tétanos, car beaucoup de femmes âgées n'ont jamais été vaccinées contre cette pathologie. IL y a aussi le vaccin contre la grippe bien sûr, qui doit être fait tous les ans à partir de 65 ans, même s'il y a régulièrement des polémiques. Pour cela, le rôle du médecin traitant est important.

Propos recueillis par Jean-Philippe Rivière le 19 mars à l'Hôpital Paul Brousse (Villejuif). 

En savoir plus :  
- "A Strasbourg, le sport sur ordonnance", France Info, 28 janvier 2014
- "Nos seniors vieillissent mieux en jouant à la Wii", La Dépêche, 4 mai 2013

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-07-20

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