"J’ai découvert le syndicalisme en 2002. Depuis cette date, on n’a pas beaucoup progressé" Dr Jean-Paul Hamon (FMF)

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Le Dr Jean-Paul Hamon*, médecin généraliste, est également président de la Fédération des Médecins de France. Il nous explique pourquoi il s'est syndiqué et résume les combats en faveur de la médecine libérale portés actuellement par son syndicat.

L'ensemble des vidéos issues de notre entretien avec Jean-Paul Hamon est regroupé sur cette page de Vidal.fr.


VIDAL : Depuis quand êtes-vous syndiqué ?
Dr Jean-Paul Hamon : Je ne suis syndiqué que depuis 2002. Quand, en 2002, Pierre Costes, qui était le président de MG France, a signé cette convention qui fixait à 18 euros 50 le prix de la consultation, nous avons vécu cela comme une gifle monumentale. La coordination nationale s'est alors créée, et ensuite nous avons bien compris qu'il fallait nous syndiquer si nous voulions avoir une action durable.

VIDAL : Qu'avez-vous constaté depuis 2002 ?
Dr Jean-Paul Hamon : Depuis cette date, nous n'avons pas beaucoup progressé. Pire, il y a eu des régressions : ce qui m'a frappé, c'est qu'on ait pu supprimer d'un trait de plume, en 2006, l'option référent. Pour des raisons purement idéologiques, on a privé 7000 médecins, du jour au lendemain, de 30 à 50 000 euros de revenus, ce qui leur permettait pourtant d'avoir un secrétariat, une informatique communicante et des locaux dignes de ce nom. On a fragilisé l'existence de 7000 médecins qui en plus, payaient leur forfait, car on s'était rendus compte qu'ils prescrivaient moins, faisaient moins d'arrêt de travail, faisaient de la formation continue, participaient à la permanence des soins… LA FMF a été la seule à protester véhémentement. Même les représentants de MG France ont été extrêmement mous là-dessus…

VIDAL : L'avenant 8 sur les dépassements d'honoraires n'a pas été accepté non plus par la FMF…
Dr Jean-Paul Hamon : Avec cet avenant numéro 8, on a donné le pouvoir à la Caisse d'Assurance Maladie de juger elle-même des dépassements d'honoraires. Le filtre de l'Ordre qui protégeait les médecins avec tact et mesure a été complètement marginalisé. Cette mesure a été signée par trois syndicats. Et c'est là que les médecins sont interloqués : les médecins libéraux sont coupables d'actions qui vont à l'encontre des médecins libéraux. C'est invraisemblable.

LA FMF a dénoncé la façon dont on traitait les médecins à la CNAM. Le médecin n'a pas le droit d'être représenté, ni d'être présent : on juge le médecin sur des pièces qui sont fournies exclusivement par la caisse d'assurance maladie. Et quand il ya des pièces à décharge, elles ne figurent pas au dossier ! Les autres syndicats de médecins supportent ça ?

VIDAL : Difficile de s'y retrouver, entre les avis parfois complètement opposés des différents syndicats..
Dr Jean-Paul Hamon : L'hétérogénéité syndicale ne favorise pas la compréhension de l'action syndicale. C'est vrai aussi que les dirigeants syndicaux ont eu de lourdes responsabilités, de la complaisance vis-à-vis des gouvernements successifs…

Je comprends que les médecins se syndiquent peu, car l'image du syndicalisme n'est pas reluisante. La FMF se défend, elle défend la médecine libérale. Moi, en tant que président de syndicat de médecin généraliste, j'ai cherché à fusionner avec Espace Généralistes, car j'ai bien réalisé que la multiplicité des syndicats desservait les médecins.

VIDAL : Que défendez-vous aujourd'hui à la FMF ?
Dr Jean-Paul Hamon : Fondamentalement à la FMF, ce que l'on défend, c'est que la médecine générale ne peut pas se défendre toute seule. Moi, en tant que médecin généraliste exerçant en groupe depuis 40 ans –le 8 novembre, je vais fêter mes 40 ans d'installation- je défends la médecine générale bec et ongles. Tous mes correspondants spécialistes peuvent témoigner que je défends aussi les spécialistes bec et ongles pour qu'ils aient un exercice correct, pour qu'ils soient rémunérés à la hauteur de leurs actes.

Quand le directeur de la CNAM me dit "mais Hamon, vous êtes généraliste, vous êtes en secteur 1. Pourquoi vous défendez comme ça les chirurgiens, qui sont des gros dépasseurs ?" Je le regarde droit dans les yeux et je lui dis : "vous, Mr le directeur, polytechnicien, intelligent, vous ne comprenez pas que ce que je suis en train de défendre, c'est que moi je n'ai pas envie d'être opéré par n'importe qui. Je veux toujours avoir des spécialistes de qualité. En libéral, je veux que les chirurgiens soient de qualité".

Donc là on est en train de toucher, avec cet avenant 8, à mes correspondants de proximité. Moi, président de syndicat et généraliste de secteur 1, je les défends et je continuerai à les défendre, car toute atteinte à la médecine libérale de proximité, qu'on soit généraliste ou spécialiste, constituera les problèmes d'accès aux soins des patients dans les années qui viennent. Qu'on arrête de tirer sur la médecine libérale de proximité, générale et spécialiste, sinon c'est le patient qui en pâtira.

Propos recueillis le 2 octobre 2013 par Jean-Philippe Rivière à la maison médicale de garde de Clamart

* Jean-Paul Hamon déclare n'avoir ni lien ni conflit d'intérêt

Sources : FMF, VIDAL

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Vidal News du 2017-07-20

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