Retraites des médecins libéraux, gestion et pénibilité : "un métier dur à exercer" Dr Jean-Paul Hamon (FMF)

Par Jean-philippe RIVIERE -
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La réforme des retraites 2013 prévoit des aménagements en fonction de la pénibilité, aménagements qui ne concernent pas la médecine libérale.

Le Dr Jean-Paul Hamon*, médecin généraliste et p
résident de la Fédération des Médecins de France, nous rappelle à quel point ce métier peut être difficile, et s'insurge contre une possible main mise de l'Etat sur les réserves accumulées pour la retraite des médecins libéraux.

L'ensemble des vidéos issues de notre entretien avec Jean-Paul Hamon est regroupé sur cette page de Vidal.fr.


VIDAL : Les professions libérales ne seront pas concernées par le compte pénibilité. Est-ce justifié ? 
Dr Jean-Paul Hamon : Ca ne m'étonne pas, venant de cette ministre, qui visiblement ignore ce qu'est le travail libéral. Il serait bon de rappeler à la ministre que les médecins se suicident trois fois plus que la moyenne nationale et que ce métier, que l'on présente comme un métier facile, payant bien, avec des médecins qui adorent l'argent et qui exploitent la maladie, est dur à exercer. Ce n'est pas par hasard si les médecins se suicident trois fois plus que la moyenne nationale. On devrait au moins tenir compte de cela.

VIDAL : Au-delà de la fatigue liée au travail de nuit, qu'est-ce qui épuise un grand nombre de médecins libéraux aujourd'hui, voire pousse certains au suicide ?
Dr Jean-Paul Hamon : Le simple fait de prendre en charge la maladie, d'être confronté quotidiennement à la fragilité de l'existence… On voit arriver en consultation des patients qui arrivent complètement paniqués parce que leur camarade de travail, leur collègue vient d'avoir une pathologie grave ou vient de mourir subitement, etc. Tout d'un coup cela génère de l'angoisse, les gens viennent consulter pour savoir si cela ne pourrait pas leur arriver à eux. Ca ce sont des consultations qui sont pluriquotidiennes.

Mais nous, nous sommes confrontés tous les jours à ces situations : on voit des gamins qui disparaissent, des gamins qui étaient en bonne santé 15 jours avant et chez qui on découvre une pathologie dramatique. Des femmes en pleine santé à qui on annonce un cancer métastasé, une maladie incurable. On voit arriver des types qui nous disent : ça y est docteur je pars à la retraite, et 3 mois après, on leur annonce un cancer du pancréas…  

Médecine, c'est un métier formidable, mais c'est un métier qui est dur… Ce n'est pas un métier facile. On a l'air décontracté, comme ça.. Quand on raccompagne un patient à la porte, on lui serre la main, on lui dit "ne vous tracassez pas, c'est rien". La porte se referme, et avant de reprendre un autre patient, on se dit "j'espère que ce n'est rien". Et nous on est là, avec la responsabilité qu'on vient de prendre. On vient de rassurer le patient et on a pris le poids de son angoisse.. Ca, c'est une chose dont on aimerait bien que les différents ministres de la santé, qui se sont succédés depuis 40 ans que j'exerce, prennent enfin conscience.

VIDAL : Vous vous insurgez également contre l'article 32 de la réforme des retraites adoptée en 1ère lecture par l'Assemblée nationale le 15 octobre 2013
Dr Jean-Paul Hamon : On se préoccupe de la retraite des médecins, non pas pour l'améliorer, mais pour leur piquer leurs réserves ! On voit bien ce qu'il est en train de se passer en ce moment à la caisse d'assurance maladie, au gouvernement et à la CARMF (Caisse autonome de retraite des médecins de France). On voit bien que l'on veut mettre la tutelle gouvernementale sur la CARMF.

Ce sont les caisses complémentaires gérées par les médecins qui ont 6 ans de réserve devant elles. Gérées par les médecins, par la CARMF… 5 milliards et 6 ans de réserve. Alors que l' ASV (Avantage Social Vieillesse), géré par les syndicats signataires et l'assurance maladie, n'a que 4 mois de réserves ! Donc d'un côté, on voudrait nous mettre sous la tutelle de l'Etat, de la sécurité sociale et des syndicats signataires, avec une gestion lamentable se traduisant par 4 mois de réserve seulement, et de l'autre côté on veut mettre la main sur les réserves de la retraites complémentaire. C'est quasiment la moitié de la retraite des médecins que l'on veut mettre sous tutelle !

Et là j'interroge fortement, en le regardant droit dans les yeux, le président de l'UNAPL (Union nationale des professions libérales), qui est également le président de la CSMF [NDLR : le Dr Michel Chassang] : comment peut-il rester complice d'une attitude pareille ? J'attends sa réponse.

Propos recueillis le 2 octobre 2013 par Jean-Philippe Rivière à la maison médicale de garde de Clamart

* Jean-Paul Hamon déclare n'avoir ni lien ni conflit d'intérêt

Sources : FMF, VIDAL

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Vidal News du 2017-07-27

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