Stratégie nationale de santé et tiers payant, prévention, DMP… : "des effets d’annonce" Dr Jean-Paul Hamon (FMF)

Par Jean-philippe RIVIERE -
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La stratégie nationale de santé (SNS) a été présentée fin septembre par la ministre de la santé Marisol Touraine. 

Le Dr Jean-Paul Hamon*, médecin généraliste, p
résident de la Fédération des Médecins de France, nous explique ce qu'il a pensé de certaines dispositions annoncées (tiers payant, DMP, prévention...)

L'ensemble des vidéos issues de notre entretien avec Jean-Paul Hamon est regroupé sur cette page de Vidal.fr.


VIDAL : Les premiers contrats de PTMG (Praticiens territoriaux de médecine générale) ont été signés. Est-ce un bon début ?
Dr Jean-Paul Hamon : En ce qui concerne les PTMG, il y a actuellement 6 contrats de signés, dont 2 que je connais, qui étaient déjà installés. Si l'objectif est de montrer que l'on peut faire signer 200 contrats en France à des médecins installés..  Je ne pense pas que l'on va remplir les déserts médicaux avec cette mesure, alors que l'on ne s'est même pas préoccupé de l'organisation de la permanence des soins dans les zones démographiquement faibles. Quand on sait que la permanence des soins est un frein à l'installation et que cela fait fuir les médecins déjà installés, je ne pense pas que les PTMG ont un bel avenir, ou en tout cas ce n'est pas cela qui va régler les problèmes des déserts médicaux en France.

VIDAL : Que pensez-vous de la priorité donnée à la prévention ?
Dr Jean-Paul Hamon : On nous a fait des effets d'annonce, avec le tiers payant, avec le DMP, avec les maisons de santé pluridisciplinaires, avec la prévention.... On ose parler de prévention, mais on voit bien que la prévention prépare la mise en place des réseaux de soins, parce que les pathologies chroniques coûtent cher : le diabète, l'asthme, l'hypertension…

Par contre, en France, si on doit faire de la prévention : 50 % de femmes n'ont jamais un seul frottis vaginal. Faisons en sorte que les médecins généralistes, les gynécologues, puissent s'impliquer dans un dépistage systématique pour un élargissement de la population aux frottis. C'est scandaleux que 50 % des femmes n'aient jamais un seul frottis. C'est scandaleux de penser que l'on ait pu économiser 30 millions d'euros sur le frottis, comme l'a fait le directeur de la CNAM lors des dernières négociations conventionnelles alors qu'on dépense généreusement 300 millions d'euros dans un vaccin dont l'efficacité est largement douteuse..

VIDAL : A propos de la CNAM, que pensez-vous des services d'accompagnement des patients comme Sophia Diabète, qu'elle organise ? 
Dr Jean-Paul Hamon : Sophia coûte officiellement 34 millions d'euros. Avec cette somme, on aurait pu payer 5 consultations de médecins généralistes ou diabétologues pour chaque patient. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pourquoi la sécurité sociale se pose en organisateur de soins ? Combien de temps allons-nous tolérer cela ? Les PRADO [NDLR : Programmes d'Accompagnement du retour à domicile] santé, les PRADO orthopédie, les PRADO accouchement…Les Sophia diabète, Sophia Asthme, Sophia hypertension, Sophia insuffisance rénale.. On se moque du monde.

VIDAL : Autre sujet également abordé dans la stratégie nationale de santé : Marisol Touraine a annoncé une relance du DMP (Dossier Médical Personnel) et le déploiement de la Messagerie Sécurisée de Santé (MSS), notamment pour favoriser le suivi et la multidisciplinarité. Qu'en pensez-vous ?
Dr Jean-Paul Hamon : On ne peut pas continuer à se moquer du monde en disant que l'on va généraliser le DMP, alors que le DMP a déjà coûté 500 millions d'euros. De plus, la ministre de la santé sait depuis 18 mois (on le lui a dit à son arrivée) qu'il existe déjà une messagerie sécurisé en France, utilisée par 40 000 médecins (NDLR : Apicrypt]. Si cette messagerie était déployée sur la France entière, cela coûterait 24 millions d'euros, et cela serait possible en 6 mois.

VIDAL : Pour en revenir à l'exercice libéral, que pensez-vous de l'annonce d'une généralisation du tiers payant en 2017 ?
Dr Jean-Paul Hamon : Quand on propose un tiers payant généralisé qui va alourdir encore le temps de gestion, et quand on sait que les centres de santé disent déjà que le tiers payant leur coûte 3 euros par acte (certes ce ne sont pas des modèles de gestion, mais quand même), cela veut dire que l'on va encore alourdir le temps administratif du médecin et cela ne va pas dans le bon sens de la simplification administrative.

Propos recueillis le 2 octobre 2013 par Jean-Philippe Rivière à la maison médicale de garde de Clamart
 
* Jean-Paul Hamon déclare n'avoir ni lien ni conflit d'intérêt

Sources : FMF, VIDAL

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Vidal News du 2017-09-14

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