Stratégie nationale de santé : "Il faut davantage valoriser la médecine libérale !" Dr Jean-Paul Hamon (FMF)

Par Jean-philippe RIVIERE -
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La stratégie nationale de santé (SNS) a été présentée fin septembre par la ministre de la santé Marisol Touraine. Cette stratégie, qui commence à être déclinée avec l'élaboration du budget de la Sécurité Sociale 2014, a pour ambition de corriger les carences actuelles du système de santé, en particulier sur l'accès aux soins.

Nous avons demandé au Dr Jean-Paul Hamon*, médecin généraliste, p
résident de la Fédération des Médecins de France, ce qu'il pensait des dispositions annoncées sur la médecine libérale, et ses préconisations. 

L'ensemble des vidéos issues de notre entretien avec Jean-Paul Hamon est regroupé sur cette page de Vidal.fr.

 

VIDAL : La stratégie nationale de santé prévoit "une révolution du premier recours", avec pour la première fois une prévision de dépense pour les soins en ville supérieure à celle prévue pour l'hôpital. Qu'en pensez-vous ?
Dr Jean-Paul Hamon : Nous avons été particulièrement déçus par la stratégie nationale de santé, parce que nous voyons bien qu'aucune mesure n'est prise pour régler le véritable problème qui est la chute de la démographie de la médecine libérale. Il faut savoir que 7000 médecins salariés vont partir à la retraite, chaque année pendant 10 ans. Ces 7000 médecins vont être remplacés par l'intégralité des médecins diplômés qui sortent de la fac, si l'on ne fait rien de façon très lourde et significative pour valoriser l'exercice libéral.

VIDAL : Comment davantage valoriser la médecine libérale ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il faut donner des moyens aux médecins libéraux et arrêter de leur taper dessus. Donner les moyens, c'est quoi ?  C'est prévoir un "forfait structure", c'est-à-dire permettre que les médecins puissent travailler dans de bonnes conditions.
Le forfait structure reviendrait à restaurer l'ancien forfait référent qui a été supprimé par Michel Chassang et Dino Cabrera (alors président du Syndicat des médecins libéraux). Cet ancien forfait référent permettait un secrétariat, une informatique communicante et permettait d'organiser la coordination des soins. Cela coûtait environ 50 à 60 euros par patient et par médecin. Cela équivaut à 50 - 60 000 euros versés à chaque médecin pour embaucher, communiquer et travailler correctement.

VIDAL : Pourquoi la possibilité de renforcer le secrétariat médical est-elle prioritaire ?
Dr Jean-Paul Hamon : Parce que le temps administratif du médecin s'alourdit : nous passons du temps à remplir des papiers, à remplir des protocoles. De plus, les patients ont changé : il y a 30 ans, il y avait un secrétariat téléphonique, mais les patients se déplaçaient pour prendre rendez-vous. Il y a désormaisd une pression pour prendre des rendez-vous sur internet. Les secrétaires passent beaucoup de temps au téléphone, remplissent les dossiers administratifs… Donc le temps du secrétariat s'est alourdi.
Rappelons que les médecins français ont en moyenne 0,4 salarié par médecin, alors que les médecins européens en ont en moyenne 2,3. Et donc si l'on voulait créer 100 000 emplois en France, non délocalisables et qui payent des charges sociales, les médecins travailleraient dans de meilleures conditions et créeraient de l'emploi. Les 4 milliards que cela coûterait seraient remboursés pour moitié par les charges sociales.

VIDAL : La stratégie nationale de santé prévoit de mieux rémunérer le travail pluridisciplinaire. Faut-il aussi augmenter le prix des consultations ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il faut revaloriser la médecine libérale, faire en sorte que les médecins ne continuent pas à travailler pour 23 ou 28 euros par consultation. Il faut reconnaître que l'acte médical coûte au minimum 50 euros. On attend que la valeur des actes soit rémunérée à sa juste valeur. Nous n'attendions pas une campagne indigne sur les dépassements d'honoraires sans qu'il soit reconnu que les actes remboursés par la sécurité sociale sont loin du coût réel de la pratique. Voilà ce que l'on attendait.

VIDAL : Comment valoriser l'exercice libéral pendant les études médicales ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il faudrait que les étudiants de troisième cycle, c'est-à-dire ceux qui vont sortir des facultés de médecine dans 3 ans, aient un stage d'1 an en situation de responsabilité, en libéral. Ce stage pourra être en médecine générale, en médecine spécialisée, mais également sur des plateaux techniques lourds.

VIDAL : En pratique, comment procéder pour faire ces modifications de cursus ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il suffit de déplacer un petit peu les Migacs (Missions d'intérêt général et à l'aide à la contractualisation) et de donner les moyens aux médecins libéraux d'accueillir des internes pour que l'on change les mentalités. Cela fera bien plus pour régler les problèmes de communication entre la ville et l'hôpital que tous les réseaux ville-hôpital. Ces réseaux sont en fait des réseaux hospitaliers qui ne font strictement rien. Cela fait 18 mois que la ministre est là, c'est une mesure qui aurait pu porter ses fruits en 3 ans, on a perdu 18 mois, dépêchons-nous.

VIDAL : Ce forfait structure, la revalorisation des actes libéraux et la réforme des études ne risquent-ils pas de creuser davantage les déficits ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il y a 10 milliards de marge, d'économies à faire sur l'industrie pharmaceutique, 20 milliards sur l'hôpital et il y a 5 milliards à investir sur les médecins libéraux. Moyennant quoi nous pourrions retrouver des médecins libéraux qui sont sur le territoire, redonner envie aux jeunes diplômés d'exercer en libéral, et faire en sorte que l'on mette la sécurité sociale à l'équilibre, puisque nous coûtons trois fois moins cher que l'hôpital. Pour nous, le déficit n'est pas une fatalité, mais il faut avoir le courage de prendre ces décisions.

Propos recueillis le 2 octobre 2013 par Jean-Philippe Rivière à la maison médicale de garde de Clamart

* Jean-Paul Hamon déclare n'avoir ni lien ni conflit d'intérêt

Sources : FMF, VIDAL

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Vidal News du 2017-11-16

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