Médicaments et alcool

Mis à jour : Vendredi 15 avril 2022

Nous le savons tous mais nous préférons parfois l’ignorer : les médicaments ne font pas bon ménage avec les boissons alcoolisées. Modification de la façon dont le corps les absorbe et les élimine, augmentation de leurs effets indésirables voire apparition de nouveaux effets désagréables ou dangereux, mais aussi perte partielle d’efficacité de certains médicaments.
Avant de consommer des boissons alcoolisées, mieux vaut lire en détail la notice d’utilisation des médicaments que l’on prend, pour vérifier si cela est possible et les risques que l’on encourt à ne pas respecter ces recommandations.

L’alcool est la substance psychoactive (qui agit sur notre psychisme) la plus consommée en France. Parce que de nombreuses personnes prennent des médicaments, de manière continue ou occasionnellement, le risque d’interaction entre alcool et médicaments est fréquent. Comment l’alcool agit-il sur leur efficacité, leur absorption, leur élimination et leur tolérance (effets indésirables) ?

Les effets de l’alcool sur l’absorption et l’élimination des médicaments

L’alcool peut modifier la manière dont les médicaments sont absorbés et éliminés par l’organisme. Cela peut se traduire par des surdosages (avec des conséquences toxiques) mais aussi par une perte d’efficacité partielle. Plusieurs mécanismes sont en jeu.

La consommation d’alcool est responsable d’une déshydratation. Du fait de cette déshydratation, certains médicaments peuvent se retrouver en trop grande quantité dans le sang, provoquant ainsi un surdosage toxique. C’est le cas par exemple de la digoxine (contre certains troubles cardiaques) ou du lithium (contre les troubles bipolaires).

L’alcool agit sur certaines enzymes du foie qui participent au métabolisme des médicaments. Les effets de l’alcool sur les médicaments peuvent alors varier selon s’il s’agit d’une consommation occasionnelle et excessive d’alcool (une « cuite ») ou s’il s’agit d’une alcoolodépendance chronique (« alcoolisme »). Par exemple, une consommation excessive et occasionnelle augmente l’effet de certains anticoagulants de la famille des antivitamines K (la warfarine, par exemple), avec un risque accru d’hémorragie, alors que l’alcoolodépendance tend à diminuer leur effet anticoagulant avec une augmentation du risque de thrombose ou d’AVC.

De la même manière, chez les personnes alcoolodépendantes, la prise de paracétamol est plus rapidement toxique sur le foie ce qui oblige à diminuer sa posologie, voire éviter sa prise, chez ces personnes. Cet effet est considérablement moins marqué lors d’une consommation occasionnelle de boissons alcoolisées (qui reste néanmoins dans tous les cas déconseillée).

Ainsi, parce que les effets de l’alcool sur l’absorption et l’élimination des médicaments est particulière à chaque médicament, il est indispensable de lire attentivement la notice d’utilisation de ses traitements avant de se servir un verre. Dans le doute, il est TOUJOURS préférable de s’abstenir de consommer des boissons alcoolisées, un conseil que l’on peut généraliser à tous les médicaments, par principe de précaution.

Les effets de certains médicaments sur l’élimination de l’alcool

Lorsque nous consommons une boisson alcoolisée, une partie de l’alcool ingéré est détruite dans l’estomac avant même d’être absorbée par l’organisme. Certains médicaments (par exemple, la dompéridone ou le métoclopramide utilisés contre les nausées, ou l’érythromycine, un antibiotique) diminuent cette dégradation de l’alcool dans l’estomac et provoque un passage dans le sang plus rapide et plus important.

À l’inverse, les médicaments dits « anticholinergiques » (contre les nausées, l’incontinence urinaire, les allergies, ainsi que de nombreux médicaments du psychisme par exemple) retardant l’apparition des effets enivrants de l’alcool en ralentissant la vidange de l’estomac. C’est également le cas de certains médicaments antidépresseurs comme l’imipramine ou la clomipramine.

Quand les effets indésirables de l’alcool s’ajoutent à ceux des médicaments

L’interaction la plus connue entre alcool et médicaments est l’augmentation de la somnolence et la baisse de vigilance lors de la prise de médicaments sédatifs (somnifères, relaxants musculaires, antalgiques opioïdes tels que codéine, le tramadol, la morphine et ses dérivés), antihistaminiques de première génération, neuroleptiques, antiépileptiques, etc.).

Moins connue est l’augmentation du risque d’effets indésirables digestifs (ulcère, hémorragie digestive) lié la prise d’aspirine ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS, par exemple ibuprofène, naproxène ou kétoprofène) en cas d’association avec l’alcool. Certains antibiotiques voient également leurs effets indésirables augmentés lors de consommation d’alcool.

L’alcool a un effet hypoglycémiant et masque les signes d’une hypoglycémie. Chez les personnes diabétiques traitées par certains antidiabétiques pris par voie orale (sulfamides, répaglinide par exemple) ou par injections d’insuline, l’alcool augmente le risque d’hypoglycémie (chute du taux de glucose dans le sang), mais aussi de bouffées de chaleur et de vomissements. De plus, chez les personnes diabétiques qui prennent de la metformine, u ne consommation excessive occasionnelle d’alcool expose à un risque augmenté d’acidose lactique, une complication très rare mais grave.

Les personnes qui prennent des dérivés des amphétamines (par exemple dans le traitement d’un trouble avec déficit de l’attention et hyperactivité – TDAH) et qui consomment des boissons alcoolisées ont un risque plus élevé de tachycardie (accélération du rythme cardiaque), voire d’infarctus du myocarde.

Enfin, pendant un traitement par un IMAO (iproniazide, contre la dépression), la consommation de vin rouge (surtout le chianti) ou de bières, des boissons riches en tyramine, un acide aminé particulier, expose à un risque augmenté d’hypertension artérielle ou d’hyperthermie (fièvre).

Qu’appelle-t-on « effet antabuse » ?

L’effet antabuse est un ensemble de symptômes intenses provoqués par l’ingestion de boissons alcoolisées chez des personnes qui prennent certains médicaments. Immédiatement après la prise d’alcool, surviennent des maux de tête, des bouffées de chaleur et des rougeurs au niveau du visage, des nausées, des vomissements et de la diarrhée, une sensation de malaise, des palpitations cardiaques, des vertiges, de la fatigue voire une perte de conscience.

L’effet antabuse est dû à l’accumulation, dans le sang, d’une substance dérivée de l’alcool, l’acétaldéhyde. Chez les personnes alcoolodépendantes, cet effet peut être mis à profit pour empêcher la consommation de boissons alcoolisées et aider au maintien de l’abstinence (à l’aide d’un médicament particulier, le disulfirame). Mais l’effet antabuse peut également être observé lors de prise d’autres médicaments avec de l’alcool : des antiparasitaires comme le métronidazole, l’ordinazole, le tinidazole ou le secnidazole, certains anticancéreux (comme la procarbazine), ou des médicaments oraux du diabète de type 2, comme le glipizide ou le glibenclamide. La possibilité d’un effet antabuse est précisée dans la notice des médicaments concernés.

Lisez systématiquement les notices d’utilisation avant de vous verser un verre

Si vous prenez un médicament, pensez à systématiquement lire la notice d’utilisation à la recherche de l’attitude à adopter en cas de consommation occasionnelle de boissons alcoolisées. Les informations à ce sujet se trouvent souvent dans les rubriques « Interactions avec d’autres médicaments » ou « Mises en garde et précautions d’emploi », parfois dans la rubrique « Contre-indications ». Dans le doute, abstenez-vous en attendant de demander conseil à votre pharmacien ou votre médecin traitant.

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