Situation hebdomadaire de la pandémie de Covid-19 - N° 3 - 3 avril 2020

Par MIGLIANI RENé

Date de publication : 03 Avril 2020

Mesvaccins.net

Ce document présente la situation hebdomadaire de la pandémie de Covid-19 dans le monde. Les données (lundi au dimanche) utilisées sont : i) celles des rapports de situation (« Sitrep ») de l'organisation mondiale de la santé (OMS), ii) pour certains pays les données fournies par les sites des autorités sanitaires (France, États-Unis d'Amérique, Corée du Sud, Taïwan et Italie) et iii) les données en temps réel de l'université John Hopkins, compte-tenu notamment des décalages horaires.

Les données issues des systèmes de surveillance sont tributaires de la qualité de ces systèmes, des stratégies de dépistage et de prise en charge des personnes infectées et des capacités de riposte qui varient selon les pays, à l'origine d'une sous-évaluation quasi-constante de la situation réelle de l'épidémie et rendant compliquées les comparaisons, d'autant que les structures de population varient selon les pays. Ce travail de redressement et de comparaison pourra être entrepris une fois la pandémie en voie de résolution ou terminée. Il faut donc prendre ces données brutes (nouveaux cas déclarés à la date du diagnostic et nouveaux décès déclarés à la date du décès) comme indicatrices des tendances de la pandémie (vitesse de diffusion, extension géographique) pour adapter au mieux la riposte.

La distribution géographique et la dynamique de la pandémie au niveau mondial, dans différentes régions (Chine, Europe, Océan indien, Caraïbes et Pacifique) et pour quelques pays d'intérêts (France, Italie, Espagne, Allemagne, Corée du Sud, Taïwan, Iran et États-Unis) sont présentées sous forme de cartes géographiques et de graphiques réalisés par l'auteur avec les logiciels PowerPoint et Excel. En annexe figure la carte de répartition des pays du monde selon les régions OMS (Annexe 1).

Situation globale

Le total des cas déclarés depuis le 20 janvier 2020 dans le monde, à la date du 29 mars 2020, s'élève à 634 835 cas dont 29 957 décès (Figures 1 et 2). Depuis le 16 mars, le nombre de cas cumulés dans le reste du monde est devenu supérieur à celui de la Chine.

La pandémie continue d'évoluer avec, depuis le 22 mars, une augmentation du nombre de cas déclarés de 342 693 cas (­117 %) et 17 173 décès (­134 %). L'ensemble du globe est atteint et 206 pays et territoires ont déclaré au moins un cas de Covid-19, 15 de plus que le 22 mars. Il persiste, à la date du 29 mars, 34 pays et territoires n'ayant déclaré aucun cas (Figure 3) :

Le 29 mars le nombre de malades rétablis, sortis guéris des hôpitaux dont certains se considèrent comme survivants, dans le monde s'élève à environ 147 000 (Figure 4). La qualité du recueil de cet indicateur important devrait s'améliorer dans les jours qui viennent.

Figure 1 : Évolution quotidienne des cas cumulés de Covid-19 déclarés dans le monde du 20 janvier au 29 mars 2020  [Sources des données : OMS, Santé publique France, Italie, Corée du Sud, Taïwan et Université John Hopkins]

Figure 2 : Évolution quotidienne des cas de Covid-19 déclarés en Chine et dans le reste du monde du 20 janvier au 29 mars 2020 [Sources des données : OMS, Santé Publique France, Italie, Corée du Sud, Taïwan et Université John Hopkins]

Figure 3 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés dans le monde le 29 mars 2020 (nombre de cas indiqués pour les pays avec au moins 15 000 cas cumulés) [Sources des données : OMS, Santé publique France et Université John Hopkins]

Figure 4 : Cas cumulés de personnes rétablies* de Covid-19 dans le monde le 29 mars 2020 (nombre de cas indiqué pour les pays avec au moins 5 000 personnes rétablies) * Personnes rétablies : Personnes sorties d'hôpital ou des soins à domicile [Source des données : Université John Hopkins]

Région OMS du Pacifique occidental

En république populaire de Chine, la situation est toujours sous contrôle dans la province de Hubei avec un seul cas de Covid-19 déclaré depuis le 22 mars. Par contre on observe dans d'autres divisions administratives une persistance filée de nouveaux cas (Figures 5-7), avec 113 cas déclarés le 29 mars hors Hubei, soit 48 cas de plus que le 22 mars (Situation hebdomadaire de la pandémie n° 2 du 25 mars). Cette persistance de la transmission du SARS-CoV-2 (le coronavirus responsable de la Covid-19) est toujours notable dans plusieurs grandes villes : Beijing, Shanghai et surtout Hong-Kong, avec pour cette dernière 265 cas déclarés de plus depuis le 22 mars. L'augmentation des cas est également notable dans la province côtière de Guangdong, où se situe la ville de Hong-Kong (Figure 6). Pour le moment, le contrôle par les autorités chinoises des chaines de transmission par l'identification et le suivi des cas importés (contrôle aux frontières aériennes, terrestres et maritimes) et par le renforcement des activités de lutte (dépistage, isolement des sujets dépistés, recherche et suivi des sujets contacts) ne se traduit pas dans les courbes épidémiques de plusieurs divisions administratives. La ville de Hong-Kong pourrait devenir un nouveau foyer chinois. L'observation des données déclarées lissées (moyennes mobiles sur 6 jours) montre que le pic épidémique des nouveaux cas précède de plusieurs jours le pic épidémique des nouveaux décès, compte-tenu des durées d'hospitalisation relativement longues avec cette nouvelle maladie à coronavirus (Figure 6). Ainsi logiquement l'augmentation du nombre de décès continuera une fois atteint le pic épidémique des nouveaux cas. Il s'agit d'une observation qui repose sur des données déclarées, sans accès à la base de données originale qui a été vraisemblablement et dans l'idéal mise régulièrement à jour après les déclarations quotidiennes faites par la Chine à l'OMS à partir du 20 janvier 2020. Les personnels des chaines de déclaration (« reporting ») valident et mettent à jour a posteriori le nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès déclarés. C'est ce que fait régulièrement Santé Publique France en lien avec les Agences régionales de santé (1).     Figure 5 : Évolution quotidienne des cas et des décès déclarés de Covid-19 en Chine du 20 janvier au 29 mars 2020 [Source des données : OMS]

Figure 6 : Évolution lissée des cas et des décès déclarés de Covid-19 en Chine du 20 janvier au 29 mars 2020 [Source des données : OMS]

Figure 7 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés en Chine le 29 mars 2020 [Sources des données : OMS, Université Johns Hopkins]

A Taïwan, l'épidémie y est toujours en légère recrudescence avec environ 15 à 20 nouveaux cas par jour et aucun nouveau décès cette semaine. Cette recrudescence est liée à des cas importés (Figures 8-9). Sur une série de cas importés entre le 15 et le 25 mars, la quasi-totalité étaient des étudiants taïwanais au retour des États-Unis et du Royaume Uni. La situation de Taïwan illustre toujours le défi du contrôle de la réintroduction du virus en post-épidémie et au moment du déconfinement auquel vont être confrontés les pays durant ces phases de lutte, comme c'est le cas actuellement en Chine et comme il va se poser en Italie, en France et en Espagne notamment. À Madagascar en 2002, après une période de crise politique avec blocus de la capitale pendant plusieurs mois, la résolution de la crise avec levée du blocus en juin a entrainé une grande joie populaire naturelle et a été accompagnée de nombreux déplacements vers la province pour commémorer la fête nationale (26 juin). Le virus de la grippe A(H3N2) qui circulait à bas bruit dans la capitale pendant le blocus a alors diffusé hors de la capitale à l'origine dans la province de Fianarantsoa sur les hautes terres notamment, d'une explosion épidémique avec des décès chez les jeunes enfants et les personnes âgées favorisés par les états de malnutrition et la pénurie d'antibiotiques pour traiter les surinfections bronchiques (2-3). « Les virus voyagent avec les populations » à toute occasion.

Figure 8 : Évolution quotidienne des cas et des décès déclarés de Covid-19 à Taïwan du 20 janvier au 29 mars 2020 (Source des données : Ministère de la santé de Taïwan)

Figure 9 : Origine pour les cas de Covid-19 survenus sur l'île de Taïwan du 11 janvier au 25 mars 2020 en fonction de la date de début de la maladie. (Source des données : Ministère de la santé de Taïwan, 230 cas enquêtés/298 cas)

En Corée du Sud, on observe toujours la persistance d'environ une centaine de cas et quelques décès (0 à 10) chaque jour depuis le 12 mars, bien que les autorités ont mis en œuvre précocement une stratégie globale de contrôle efficace et bien préparée à la lueur de leur expérience passée avec les épidémies à coronavirus : i) dépistage massif (20 000 tests quotidiens avec rendu des résultats en quelques heures par SMS), ii) isolement et prise en charge adaptée des sujets infectés et iii) suivi avec traçage géolocalisé des contacts des personnes dépistées. C'est ce qui a sans doute permis à ce pays de mieux contrôler l'épidémie et c'est pour cette raison qu'il est souvent cité en exemple. La létalité cumulée le 29 mars, calculée à partir des données déclarées, y est égale à 1,6% (152 décès / 9 583 cas) (Figure 10).

Au Japon l'épidémie est limitée mais continue de progresser régulièrement en « dents de scie » avec près de 200 cas cumulés le 29 mars (Figure 11). La létalité cumulée y est égale à 3,1% à cette même date.

Comme indiqué précédemment, aucun cas n'est déclaré à l'OMS depuis le début de la pandémie de Covid-2 par la Corée du Nord, pays frontalier le plus proche de la Corée du Sud (Figure 7). Les autorités nationales indiquent que « aucun cas de Covid-19 n'est survenu dans le pays » depuis le début de l'alerte mondiale en janvier 2020. De source journalistique, des masques sont portés par la population et des milliers de personnes ont été mises en quarantaine, en particuliers les ressortissants étrangers (4).

La pandémie progresse toujours dans le reste de la région. Plusieurs micro-états îliens sont encore indemnes. Deux des trois territoires français du Pacifique sont touchés, la Polynésie française (34 cas), dont le premier importé de France) et la Nouvelle Calédonie (15 cas). Pour le moment le territoire de Wallis et Futuna reste indemne (Figure 12).     Figure 10 : Évolution quotidienne des cas, des décès déclarés de Covid-19 en Corée du Sud du 20 janvier au 29 mars 2020 (Source des données : OMS)

Figure 11: Évolution quotidienne des cas, des décès déclarés de Covid-19 au Japon du 20 janvier au 29 mars 2020 (Source des données : OMS)

Figure 12 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés dans les pays et territoires du Pacifique le 29 mars 2020 [Source des données : OMS]

Région OMS de l'Europe

Le Turkménistan, le Tadjikistan et les territoires portugais de l'océan atlantique (Iles des Açores et Madère) sont toujours indemnes (Figure 13). Le foyer de l'Europe de l'Ouest est toujours très actif. Les dix pays les plus touchés sont les suivants :

Figure 13 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés par les pays de la région Europe OMS le 29 mars 2020 (Nombre de cas indiqué pour les pays avec au moins 10 000 cas [Sources des données : OMS, Santé publique France, Ministère de la Sécurité civile italienne]

En Italie, pays toujours  le plus touché de la région, le nombre de cas de Covid-19 continue d'augmenter dans toutes les régions (Figure 14). Cependant on observe davantage cette semaine sur la courbe épidémique de l'Italie et celle de la Lombardie une stabilisation du nombre de cas déclarés depuis la semaine dernière (Figures 14 à 16). Il faut toujours rester prudent mais la courbe des hospitalisés en services de soins intensifs diminue elle nettement depuis le 25 mars 2020 (Figure 17). Comme souligné pour la Chine, ces analyses temporelles reposent sur des données déclarées qui ne tiennent pas compte des validations a posteriori.

Figure 14 : Cas confirmés* cumulés de Covid-19 déclarés par les régions d'Italie les 22 et 29 mars 2020 * Hospitalisés et non [Source des données : Ministère de la Sécurité civile italienne]

Figure 15 : Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en Italie entre le 31 janvier et le 29 mars 2020 [Source des données : Ministère de la Sécurité civile italienne]

Figure 16 : Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en Lombardie entre le 31 janvier et le 29 mars 2020 [Source des données : Ministère de la Sécurité civile italienne]

Figure 17 : Évolution quotidienne du nombre de cas, de malades en soins intensifs et de décès  liés à la Covid-19 en Italie du 24 février et le 29 mars 2020 [Source des données : Ministère de la Sécurité civile italienne]

En Espagne la progression de l'épidémie est encore soutenue cette semaine (­166% des cas et ­157% des décès déclarés entre le 22 et le 29 mars) (Figure 18).

En France, le nombre de cas et de décès augmentent toujours et l'épidémie progresse dans toutes les régions (Figures 19-20). Il est difficile pour le moment d'observer une stabilisation nette du nombre de nouveaux cas. La distribution des cas hospitalisés et des malades en réanimation dans les départements montrent que l'épicentre de l'épidémie est maintenant situé en région Ile-de-France (Figures 21-22). La vague annoncée quotidiennement par les médias est maintenant présente dans cette région avec le plus grand nombre de cas en réanimation sur Paris le 29 mars (570 personnes). On constate une intensité de l'épidémie moins forte dans les départements de la « diagonale du vide » moins peuplée que le reste de la France (5). Le système de surveillance de l'épidémie, qui se renforce et se complète constamment, est en grande partie celui mis en œuvre pour la surveillance de la grippe saisonnière (Annexe 2). Exceptionnellement, pendant la pandémie du covid-19, l'INSEE diffuse depuis cette semaine le nombre de décès par jour et par département. Ces données permettront de suivre les évolutions les plus récentes dans chaque département. Ainsi la hausse du nombre de décès du 1er au 23 mars 2020 rapporté au nombre de décès du 1er au 23 mars 2019 a été la plus élevée en région Grand Est avec 19% de décès supplémentaires (6).

Lorsque l'on compare la progression et le nombre de cas déclarés à partir du 10ème cas en Italie, en Espagne et en France (Figure 23), on note que l'Espagne et l'Italie ont un profil de progression proche jusqu'au 13ème jour. Mais en Espagne la pente de la courbe progresse toujours de façon exponentielle au 15ème jour de confinement (29 mars) alors que celle de l'Italie semble amorcer un « ralentissement » au 20ème jour du confinement national (29 mars), qui va dans le même sens que la courbe des malades en soins intensifs (Figure 17). Après le 10ème cas, la France a connu une période de « lune de miel » avec peu de cas pendant environ 3 semaines, correspondant à la première de phase du plan de lutte (limiter l'introduction et la diffusion initiale) (Figure 16). En France au 13ème jour de confinement (29 mars) on constate une incidence des cas déclarés (hospitalisés) inférieure d'environ 16 000 cas à celle de l'Espagne et 19 000 cas avec celle de l'Italie, pouvant indiquer en restant prudent un « aplatissement » de la courbe, objectif des autorités pour permettre aux structures hospitalières d'assurer la prise en charge des cas graves. Par ailleurs cette semaine des transferts de malades graves par voie aérienne, ferrée, routière et maritime (moyens civils, opération Résilience des forces armées) vers des régions moins touchées et vers des pays frontaliers (Allemagne, Suisse) ont permis de plus de baisser les tensions dans les structures d'urgence des régions les plus touchées (Grand est et Ile-de-France). Comme pour l'Italie, la prudence est de mise et le confinement a été prolongé jusqu'au 15 avril.

Figure 18 : Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en Espagne entre le 1er février et le 29 mars 2020 [Source des données : OMS]

Figure 19 : Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en France entre le 23 janvier et le 29 mars 2020 [Sources des données : OMS, Santé Publique France]

Figure 20 : Cas de Covid-19 hospitalisés cumulés par les régions et les Outre-mer de France le 22 mars et le 29 mars 2020 [Sources des données : Santé publique France, OMS]

 Figure 21 : Evolution de la distribution départementale des hospitalisations pour Covid-19 entre le 22 et le 29 mars 2020 (Source des données : Santé publique France)

Figure 22 : Évolution de la distribution départementale des prises en charge en réanimation pour Covid-19 entre le 22 et le 29 mars 2020 (Source des données : Santé publique France)

Figure 23 : Évolution quotidienne comparée des cas de Covid-19 déclarés en Italie, en France et en Espagne* [Sources des données: Ministère de la Sécurité Civile italienne, Santé Publique France, OMS] * Les courbes cumulées sont toutes calées à la date du 10ème cas de l'épidémie dans chacun des trois pays. Les fins de courbes correspondent à la date du 29 mars 2020.

En Allemagne, l'épidémie progresse toujours mais semble marquer une légère inflexion en « plateau », avec les réserves liées à la qualité des données déclarées (OMS). La létalité est toujours très basse, égale à 0,7 % (389 décès / 52 547 cas confirmés) (Figure 24). Le dénominateur de cette proportion est différent de celui de la France car il intègre des sujets dépistés non hospitalisés. L'Allemagne réalise depuis le début de l'épidémie, comme la Corée du Sud, un dépistage massif (500 000 tests cette semaine) associé à l'isolement des personnes infectées. De plus, les systèmes de santé des Lander sont dimensionnés pour pouvoir prendre en charge sans tension les malades les plus graves. Les mesures de confinement moins drastiques qu'en France varient d'un Lander à l'autre (7).

Dans les pays d'Europe orientale, l'épidémie a progressé particulièrement cette semaine en Turquie avec 7 402 cas et 108 décès déclarés le 29 mars (augmentation de ­682 % des cas et ­414 % des décès déclarés entre le 22 et le 29 mars). La progression est relativement comparable en Israël avec 3 865 cas et 81 décès déclarés le 29 mars (augmentation de ­338 % des cas et 80 décès de plus entre le 22 et le 29 mars).

Figure 24 : Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en Allemagne entre le 23 janvier et le 29 mars 2020 [Source des données : OMS]

Région OMS de Méditerranée orientale

Selon les données disponibles dans cette région, le virus a diffusé dans l'ensemble des pays à l'exception du Yémen, pays en situation de conflit (Figure 3). L'Iran reste toujours l'épicentre de l'épidémie de cette région avec 35 408 cas, 2 517 décès et 12 391 rétablis cumulés déclarés le 29 mars. L'épidémie qui semble avoir débuté brutalement en quelques jours progresse par vagues successives. L'augmentation actuelle du nombre de cas progresse de façon exponentielle mais pas les décès, dont le nombre évolue en « plateau » relatif dont l'interprétation est difficile faute d'informations complémentaires (structures de prise en charge des formes graves performantes ? Problème d'accès aux structures de prise en charge des formes graves ? Contrôle de l'information ?) (Figures 3, 25-27).

Figure 25: Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en Iran entre le 20 février et le 29 mars 2020 [Sources des données : OMS]

Figure 26: Évolution quotidienne des cas et des décès de Covid-19 déclarés en Iran entre le 20 février et le 29 mars 2020 [Sources des données : OMS]

Figure 27 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés dans les pays et territoires de l'Océan Indien le 29 mars 2020 [Sources des données : OMS, Santé Publique France]

Région OMS des Amériques

Le virus est largement présent dans quasiment tous les pays et territoires des Amériques à des degrés variables. Seules deux iles néerlandaises de l'arc Caraïbe ne sont pas encore touchées, Saba et Saint-Eustache (Figures 3 et 28).

L'épicentre de la pandémie se développe toujours de manière explosive aux États-Unis d'Amérique avec 124 686 cas et 2 191 décès déclarés cumulés le 29 mars (augmentation de ­273% des cas et ­445 % des décès déclarés en une semaine) (Figure 29). Tous les états américains et la capitale de Washington dans le district de Columbia (DC) sont atteints et la transmission interhumaine du virus se poursuit dans chaque État. Celui de New York, notamment la ville de New York (près de 40 000 cas le 29 mars), est toujours l'État le plus touché. Les coefficients multiplicateurs des cas déclarés entre le 22 et le 29 mars (Figure 30), sont les plus élevés (multiplication des cas par un facteur 6,0 à 7,7) dans les États frontaliers des premiers foyers de l'épidémie du pays (voir la Situation hebdomadaire de la pandémie de Covid-19 n° 2 du 25 mars) :

La situation des États-Unis est telle que le bilan humain pourrait être très lourd sans mesures de distanciation fermes et rapides en complément des mesures barrière. L'équipe de l'Imperial College de Londres a diffusé le 26 mars les résultats d'une étude qui présente des prévisions particulièrement alarmantes sur le nombre de décès en fonction de différents scénarios (8). Un des scénarios avec mise en œuvre de stratégies de suppression de la transmission plus fortes (notamment le confinement) lorsque le taux de mortalité lié au Covid-19 est égal à 0,2 pour 100 000 personnes par semaine, prévoit un nombre estimé de décès égal à 92 000 décès en Amérique du Nord. Entre le 22 et le 29 mars ce taux de mortalité spécifique, calculé à partir des décès déclarés par les États-Unis (1 789 décès durant cette semaine), est égal à 0,5 pour 100 000. Ces estimations ont incité plusieurs États américains à mettre en œuvre dès cette fin de semaine des mesures de confinement des populations (Floride, Géorgie, Mississippi et Nevada).

Figure 28 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés dans les pays et territoires de la mer des Caraïbes le 29 mars 2020 [Sources des données : OMS, Santé Publique France, Université John Hopkins]

Figure 29 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés dans les États des États-Unis d'Amérique les 22 et 29 mars 2020 [Sources des données : CDC, New-York Times]

Figure 30 : Coefficient multiplicateur des cas de Covid-19 déclarés par États des États-Unis d'Amérique entre le 22 mars et le 29 mars 2020 [Sources des données : New-York Times]

Afrique et sud de l'Océan indien

Dans cette zone, le virus est présent dans 45 pays et territoires. Seuls cinq pays continentaux (Sierra Leone, Sud Soudan, Burundi, Malawi, Botswana), deux pays iliens (Les Comores, Sao-Tomé et Principe) et le territoire espagnol des Canaries ne sont pas encore atteints (Figures 3, 31-32). Les pays les plus touchés sont par ordre décroissant des cas :

La pandémie se développe toujours sur le continent avec 4 322 cas et 122 décès déclarés le 29 mars (augmentation de ­269 % des cas et ­510 % des décès déclarés en une semaine) sans être pour le moment explosive, notamment en Afrique intertropicale (Figure 31).

En Guinée, le nombre de cas a doublé en une semaine avec quatre nouveaux cas confirmés. Ces nouveaux cas revenaient de voyage, entre le 14 et le 22 mars dans des pays particulièrement touchés (trois de France, un d'Angleterre). Les 8 cas résident dans la capitale Conakry. Plus de 1 000 sujets contacts sont suivis. L'état d'urgence a été décrété le 26 mars.

La situation de l'Afrique doit être surveillée dans les prochaines semaines. Le suivi de la pandémie devrait y être difficile compte tenu des insuffisances des systèmes de surveillance épidémiologique.

Figure 31 : Cas cumulés de Covid-19 déclarés en Afrique et dans le sud de l'Océan indien le 29 mars 2020 [Sources : OMS]

Figure 32 : « Afrique : ça suffit ! » (Dessin René Migliani)

Région OMS d'Asie du Sud-Est

Pour le moment le virus diffuse dans cette région sans qu'aucun pays ne soit dans une situation épidémique critique avec moins de 4 000 cas et 139 décès cumulés déclarés le 29 mars. En Inde, le nombre de cas augmente régulièrement (979 cas et 25 décès déclarés). L'État le plus touché est celui de Maharashtra dont la capitale est Mumbai (anciennement Bombay). Le sous-continent indien comme l'Afrique doit être particulièrement surveillé dans les semaines à venir.

Conclusion

La quasi-totalité des pays et territoires du monde sont maintenant touchés par le SARS-CoV-2.

Si l'épidémie a été maitrisée dans le foyer initial de la province de Hubei en Chine, il persiste toujours des chaines de transmission dans certaines grandes villes et plus particulièrement à Hong-Kong. La situation est la même dans plusieurs autres pays de la zone (Corée du Sud, Taïwan, Japon, Singapour). Dans les autres pays d'Asie, la pandémie progresse mais reste encore relativement mesurée et comme en Afrique la situation doit y être particulièrement surveillée. Le Laos et le Myanmar (ex-Birmanie) ont déclaré leurs premiers cas cette semaine. La situation de la Corée du Nord reste toujours inconnue.

En Europe l'épicentre se situe toujours à l'ouest (Italie, Espagne, France et Allemagne). La baisse de l'incidence des cas grave en Italie est maintenant patente. Le confinement national persistant dans le temps permet d'espérer une consolidation de ce résultat. L'épidémie est en forte augmentation en Turquie où elle pourrait faire des ravages parmi les 4 millions de réfugiés présents sur le sol turc, plus particulièrement les sujets âgés et fragiles (9). Plusieurs pays de la zone hébergent également des centaines de milliers de réfugiés sur leur sol.

Aux États-Unis l'épidémie est particulièrement virulente, notamment dans la cité de New-York. Ce pays est maintenant le nouvel épicentre de la pandémie. Les fortes proportions de sujets âgés, de sujets obèses et de personnes en situation précaire ainsi que le retard de mise en œuvre des mesures de suppression de la transmission sont des facteurs favorisant l'extension rapide et la gravité de l'épidémie.

Le foyer principal dans la région OMS de la Méditerranée orientale est toujours l'Iran, l'un des plus importants du monde.

En Afrique et dans le sud de l'Océan indien le virus a atteint la grande majorité des pays et territoires. La pandémie est la plus forte pour le moment dans les pays du Nord et en Afrique du sud. La diffusion en Afrique sub-saharienne est encore peu intense, peut-être freinée par des conditions climatiques moins favorables à la survie du coronavirus (?). Cependant compte-tenu de la situation désastreuse de la plupart des systèmes de santé et du mal-développement de beaucoup de pays, on peut craindre dans le proche avenir une situation plus grave particulièrement difficile à gérer. Les prochaines semaines nous donneront plus d'indications. Il faut encore une fois espérer : i) la mise au point de tests de diagnostic simples et de protocoles thérapeutiques efficaces, adaptés au contexte et ii) leur mise à la disposition, ainsi que les moyens de protection, des pays de la zone avec l'aide internationale malgré la forte demande mondiale. Comme en Turquie plusieurs pays du continent hébergent des populations réfugiées par essence fragiles où l'épidémie de Covid-19 pourrait y faire des ravages. Plus qu'ailleurs la crise sanitaire liée au Covid-19 pourrait avoir des conséquences sanitaires indirectes majeures sur les populations, comme ce fut le cas lors de l'épidémie d'Ébola en Afrique de l'ouest 2013-2016 (10).

Un dernier point concerne le nombre de plus en plus élevé de « survivants » (rétablis, guéris) de la pandémie, c'est heureux, qui feront sans doute l'objet de recherches spécifiques pour une meilleure prise en charge, à l'image de celles réalisées en Afrique de l'Ouest pendant et après l'épidémie d'Ébola. L'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), notamment, a mis en œuvre en Guinée le suivi d'une cohorte de plusieurs centaines de survivants d'Ébola à partir de janvier 2015. Ce programme dénommé PostEboGui visait à décrire et analyser les conséquences cliniques, immuno-virologiques, psychologiques et socio-anthropologiques de la maladie pendant une durée de deux ans après la sortie des centres de prise en charge Ébola (11).L'acquisition des connaissances a été particulièrement fructueuse et utile pour d'autres événements épidémiques majeures (épidémies d'Ébola en République Démocratique du Congo).

Références

  1. Santé Publique France. Covid-19. Point épidémiologique hebdomadaire du 24 mars 2020.
  2. Rasoazanamiarina L et al. Influenza Outbreak - Madagascar, July-August 2002. MMWR November 15, 2002;51(45):1016-18.
  3. Soares JL et al. Epidémies d'infections respiratoires aiguës à Madagascar en 2002 : de l'alerte à la confirmation. Arch Inst Pasteur de Madagascar 2003;69:12-9.
  4. Ouest-France. 13 mars 2020.
  5. Oliveau S et Doignon Y. La diagonale se vide ? Analyse spatiale exploratoire des décroissances démographiques en France métropolitaine depuis 50 ans. Cybergeo : European Journal of Geography 2016.
  6. Insee. Nombre de décès quotidiens par département.
  7. Goulard H. Coronavirus : mille nuances de confinement en Europe. Les Echos 3 avril 2020. 
  8. Imperial College Covid-19 Response Team. Report 12: The Global Impact of Covid-19 and Strategies for Mitigation and Suppression. 29 mars 2020.
  9. Commission européenne. Protection Civile et Operations d'Aide Humanitaire Européennes. Turquie 5 mars 2020.
  10. Center for Disease Control and Prevention. Coût de l'épidémie d'Ébola 2014.
  11. IRD. Programme PostEboGui. 2015.

Quelques liens intéressants pour suivre la situation de la pandémie et comme sources de données

Annexes

Annexe 1 : Carte des régions OMS

Annexe 2 : Les différentes sources du système de surveillance du Covid-19 (Source Santé publique France

Abréviations :

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