5-FU et capécitabine : nouvelles modalités de prescription et de dispensation en prévention de leur toxicité

Par DAVID PAITRAUD

Date de publication : 09 Mai 2019

Fin 2018, la Haute Autorité de Santé (HAS) a émis des recommandations visant à prévenir certaines toxicités sévères associées aux traitements comportant une fluoropyrimidine (5-fluorouracile ou 5-FU, et capécitabine).
Ces recommandations consistaient notamment à rechercher préalablement à ces traitements un déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) grâce au dosage de l'uracilémie.

Afin de garantir la réalisation systématique de ce test, l'Agence du médicament (ANSM) a décidé de subordonner la prescription, la dispensation en pharmacie hospitalière ou de ville, et l’administration de ces antinéoplasiques à plusieurs conditions, décrites dans l'article ci-après.


En complément, l'ANSM, la HAS et l'Institut National du Cancer (INCa) publient conjointement une fiche d'information sur ces nouvelles dispositions, à l'intention des patients.

L'extrême variabilité inter-individuelle de l’activité DPD s’explique en partie par des facteurs génétiques (illustration).


L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé de subordonner la prescription, la dispensation et l'administration du 5-fluorouracile (5-FU) et de la capécitabine aux conditions suivantes :
Ces nouvelles dispositions s'appliquent : 
 
Tableau I - Médicaments à base de 5-FU et de capécitabine

L'obligation de réaliser le test chez tous les patients concernés par un protocole de chimiothérapie à base de 5-FU ou de capécitabine (Cf. Encadré 1) s'inscrit en complément des recommandations émises par la HAS (Haute Autorité de santé) fin 2018 (notre article du 20 décembre 2018). 
Elle vise à améliorer la sécurité des patients traités par ces médicaments anticancéreux. 

 
Encadré 1 - Les cas d'usage des fluoropyrimidines
Par voie systémique, le fluorouracile est utilisé dans la prise en charge de :
La capécitabine est utilisée dans la prise en charge de :
  • cancers colorectaux,
  • cancers de l'estomac,
  • cancers du sein. 
 
Déficit en DPD : rare mais potentiellement grave
Le 5-FU et la capécitabine peuvent entraîner des toxicités sévères chez certains patients porteurs d'un déficit d'activité en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD).
Un tel déficit enzymatique s'accompagne d'une diminution de l'élimination de ces médicaments et d'une augmentation de leur toxicité.
Ce déficit rare (entre 0,05 et 0,1 % pour un déficit complet, et entre 3 et 8 % pour un déficit partiel en population générale) peut être mis en évidence par un dosage de l'uracilémie. 

Un test simple à réaliser une seule fois 
Ce test doit, par conséquent, devenir systématique avant le premier cycle de traitement par 5-FU ou capécitabine.
Il est réalisé une seule fois, par simple prise du sang et mesure de l'uracilémie par un laboratoire d'analyses. 
Une fois l'activité de l'enzyme DPD connue pour un patient donné, il n'est pas nécessaire de la mesurer à nouveau avant chaque cycle de chimiothérapie.

Information des patients : un document pour informer et expliquer
En parallèle de ces nouvelles dispositions, l'ANSM, la Haute Autorité de Santé (HAS) et l'Institut National du Cancer (INCa) proposent un document d'information pour les patients.
Dans ce document, sont indiqués l'objectif de la recherche d'un déficit en DPD, les spécialités concernées (Cf. Tableau I en début d'article) et les modalités de réalisation de ce test. 


Une réévaluation européenne en cours
Dans le prolongement de cette mesure, l'ANSM a demandé une réévaluation européenne de ces médicaments afin de renforcer les conditions d'utilisation mentionnées dans les autorisations de mise sur le marché (AMM) des spécialités de 5-FU et de capécitabine

Pour aller plus loin
Chimiothérapies à base de 5-FU ou capécitabine : recherche obligatoire du déficit en DPD avant tout traitement - Point d'Information (29 avril 2019)
Chimiothérapies à base de 5-florouracile (5-FU) ou capécitabine et déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) – Information pour les patients (ANSM, INCa, HAS - sur le site de l'ANSM, avril 2019)
Des recommandations pour prévenir certaines toxicités sévères des chimiothérapies par fluoropyrimidines (HAS/INCa, 19 décembre 2018)
Méthodes de recherche d'un déficit en dihydropyrimidine deshydrogénase visant à prévenir certaines toxicités sévères associées aux traitements incluant une fluoropyrimidine (5-fluorouracile ou capécitabine) (HAS, novembre 2018)

Sur VIDAL.fr
Fluoropyrimidines : dépister les déficits en DPD pour réduire le risque de toxicité aiguë (13 février 2018)
Chimiothérapie par fluoropyrimidines : l'uracilémie est le test le plus fiable pour dépister un déficit en DPD (20 décembre 2018)

Pour en savoir plus...

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Sources : INCa (Institut National du Cancer), HAS (Haute Autorité de Santé), ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)