Une protéine virale pourrait ralentir la progression de la maladie de Parkinson (étude chez la souris)

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE

Date de publication : 08 Décembre 2014

Une équipe de l’Inserm vient de mettre en évidence, chez la souris, le potentiel de fragments d’une protéine virale pour préserver la survie des neurones dans le cadre des maladies neurodégénératives, dont la maladie de Parkinson. Des résultats prometteurs à confirmer par des essais cliniques chez l’homme.

Modélisation informatique du virus de la maladie de Borna (© M.Eickmann, Wikipedia).


Une découverte fortuite sur le Bornavirus, vecteur d'une infection chez l'animal
À l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l'équipe de Daniel Gonzalez-Dunia travaille sur le virus responsable de la maladie de Borna, une infection du cerveau et des méninges chez le cheval, les moutons et d'autres espèces d'animaux à sang chaud. En étudiant les effets de ce virus sur les neurones, cette équipe a fortuitement découvert que le Bornavirus parvenait à maintenir en vie les neurones qu'il infecte, ce qui est inhabituel pour les infections virales du cerveau.

En cherchant à comprendre cette observation, ils ont mis en évidence l'effet d'une protéine produite par le Bornavirus, la protéine X, sur les mitochondries des neurones (les mitochondries sont de petits bâtonnets intracellulaires qui produisent l'énergie dont les cellules ont besoin pour vivre et assurer leur rôle).
 
La fusion des mitochondries, un mécanisme de protection des neurones
Lorsque les neurones sont soumis à un stress, par exemple une infection ou une maladie neurodégénérative (Parkinson, Alzheimer, Huntington, etc.), leurs mitochondries ont tendance à fusionner pour former des filaments. Cette réaction permet aux mitochondries touchées par la maladie de compenser leurs anomalies avec le contenu de mitochondries saines et, ainsi, de continuer à fournir de l'énergie aux neurones.

La protéine X semble favoriser la fusion des mitochondries dans les neurones infectés par le Bornavirus, probablement parce que la survie des neurones permet à ce virus de se multiplier plus efficacement et plus longuement.
 
Des fragments de protéine X testés chez les souris modèles de la maladie de Parkinson
À la suite de cette découverte, l'équipe de Daniel Gonzalez-Dunia a cherché à savoir si la protéine X présentait un intérêt dans la prise en charge de la maladie de Parkinson (où les mitochondries sont particulièrement touchées). Pour tester cette hypothèse, ils ont eu recours à des souris qui reproduisent la maladie de Parkinson à la suite de l'injection d'une substance toxique.

Parce que les protéines pénètrent mal dans le cerveau, les chercheurs ont fragmenté la protéine X en petits éléments (les "peptides") et testé ces fragments pour identifier ceux qui continuaient à avoir un effet sur les mitochondries des neurones. Les peptides actifs ont ensuite été administrés aux souris par pulvérisation dans le nez (une voie d'administration habituelle pour les peptides qui doivent agir sur le cerveau).
 
Un effet protecteur d'un peptide de la protéine X confirmé chez la souris
Un des peptides de la protéine X, appelé PX3, a été particulièrement actif chez la souris. Administré un jour avant et quatre jours après l'injection de la substance toxique, il a réduit de 40 à 53 % les signes de dégénérescence parkinsonienne dans le cerveau des souris traitées, par rapport aux souris ayant reçu un placebo.

Ainsi, le peptide PX3 pourrait s'avérer utile pour ralentir la progression de la maladie de Parkinson chez l'homme. L'équipe de l'Inserm étudie actuellement la façon dont ce peptide est absorbé, diffusé et éliminé par la souris afin d'identifier la posologie qui pourrait être utilisée dans le cadre d'un essai clinique sur les personnes atteintes de formes précoces de maladie de Parkinson.
 
Pour en savoir plus :
Le communiqué de presse de l'Inserm
L'article de référence : M. Szelechowski et al. A viral peptide that targets mitochondria protects against neuronal degeneration in models of Parkinson's disease. Nature Communications 5, Article 5181, 21 octobre 2014

Sources : Inserm