Avis de l’Académie de médecine sur l’acupuncture, l’hypnose, l’ostéopathie et le tai chi

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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L’acupuncture, l’hypnose, l’ostéopathie et le tai-chi sont les techniques complémentaires les plus riches en publications indexées. De plus, ces 4 thérapies non conventionnelles sont testées depuis juillet 2012 par l’AP-HP dans ses établissements hospitaliers. Cet article présente une synthèse des résultats de l’analyse qu’en a fait l’Académie de médecine dans son rapport paru le 5 mars 2013 (fichier PDF).

Pour lire une synthèse de ses recommandations, merci de vous reporter à cet article "Thérapies complémentaires : les recommandations de l’Académie de médecine".
Le Tai chi chuan montre des effets bénéfiques sur la santé

Le Tai chi chuan montre des effets bénéfiques sur la santé


L'acupuncture, une thérapie ancestrale
L'acupuncture est largement pratiquée en Chine depuis l'Antiquité. Le premier traité d'acupuncture retrouvé, appelé le Ling shu (Poinçon sacré), fait partie du premier ouvrage connu de médecine chinoise, le Huangdi Nei Jing (Classique interne de l'Empereur jaune, 1ère éditon imprimée visualisable à partir de cette page). Il aurait été écrit il y a environ 2300 ans.

L'acupuncture est une thérapie "de terrain", visant tout d'abord à empêcher la survenue de pathologies. L'énergie Qi (prononcer "tchi") est le principe fondamental au cœur de cette méthode. Le Qi circulerait le long de 24 méridiens dans le corps, et l'acupuncteur a pour objectif de réguler cette circulation en influant sur des sites spécifiques situés sur ces méridiens, appelés "points d'acupuncture". En pratique, il utilise des aiguilles stériles à usage unique qu'il insère au niveau de certains points et laisse en place de quelques secondes à 20-30 minutes.

L'acupuncture "peut apporter un bénéfice" dans certaines conditions
Les auteurs du rapport ont identifié 3000 essais cliniques randomisés sur les effets de l'acupuncture, et des revues Cochrane (méta-analyses) dans 40 indications. L'analyse des résultats de ces études montre que l'acupuncture peut apporter un bénéfice aux patients souffrant de lombalgie ou cervicalgie chronique, de migraine ou céphalée de tension, d'arthrose des membres inférieurs, ou encore d'épicondylite.

L'acupuncture bénéficie aussi aux femmes enceintes éprouvant des douleurs des lombes ou du bassin et lors des douleurs de l'accouchement. Elle est également utile pour prévenir les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie anticancéreuse, ainsi que la survenue de migraines. Son utilité dans la fibromyalgie est par contre incertaine.

"Son effet dans d'autres indications n'est pas exclu, mais n'est pas démontré", précisent les auteurs.

Le Tai chi et le Qi gong ont des bénéfices prouvés, proches de ceux de l'exercice physique
Le Tai chi chuan, ou tai chi, est à l'origine un art martial chinois qui aurait été créé au XVIIème siècle par Chen Wangting. Le Qi gong est une sorte de gymnastique associée à une science de la respiration. Cette technique aurait été élaborée au cours de la dynastie des Tang (618-907) mais, comme pour le Tai chi chuan, il est possible qu'il s'agisse d'une synthèse de techniques beaucoup plus anciennes (voir cette page richement illustrée sur l'histoire du Qi gong).

Le Tai chi "améliore l'équilibre et réduit significativement le risque de chute chez les personnes âgées", tout comme l'exercice physique. De même, cette discipline est "intéressante" en cas de lombalgie, arthrose du genou, fibromyalgie "et même d'ostéoporose", résument les auteurs du rapport de l'Académie.

Quant à la pratique du Qi gong, elle permet, en cas d'hypertension, une réduction de la tension artérielle d'1 à 2 points, selon deux revues de la littérature (Lee MS et coll., Guo X et coll.). Tout comme pour le Tai chi, ces effets positifs apparaissent aux auteurs comme "très réels" mais "ne se distinguent pas des autres modalités d'exercice physique".

Ces deux techniques, et plus particulièrement le Qi gong, très relaxant, semblent également utiles "pour améliorer la condition respiratoire de patients souffrant d'asthme, de bronchopneumopathie obstructive ou de dilatation des bronches".

"Médecine manuelle", ostéopathie et chiropraxie : attention aux complications !
Ces thérapies, élaborées beaucoup plus récemment que l'acupuncture (au 19ème siècle), reposent  sur la restauration de l'alignement des différentes parties du corps en utilisant des manipulations, des "thérapies manuelles". Des médecins et des non-médecins peuvent mettre en œuvre, après formation adéquate, ces manipulations en France.

Sept revues Cochrane et 200 essais randomisés montrent que les manipulations rachidiennes peuvent se montrer "modérément efficaces en cas de lombalgie aiguë, subaiguë ou chronique, sur la cervicalgie aiguë, subaiguë ou chronique, sur la céphalée d'origine cervicale, les états vertigineux d'origine cervicale, et à un moindre degré sur la migraine".

Par contre les auteurs précisent que leur effet "est incertain sur la céphalée de tension". Ils soulignent aussi que les complications, si elles sont rares, peuvent être "très graves" (dissection d'une artère vertébrale ou carotidienne) et donner lieu à des séquelles dans 31% des cas.

L'hypnose est "intéressante", mais encore mal documentée
Introduite en médecine par le Dr Charcot pour étudier l'hystérie, également au 19ème siècle, l'hypnose est un état d'attention focalisée avec suspension partielle de l'éveil, ce qui permettrait, spontanément ou par suggestion, d'améliorer certains états pathologiques. Ses effets, ou en tout cas ses conséquences neurophysiologiques, sont objectivés par l'imagerie cérébrale (activation de certaines aires cérébrales) et l'électro-encéphalogramme (modification des ryhtmes).

Son efficacité a été testée sur de nombreuses maladies et symptômes. Mais les essais cliniques sont difficiles à mener (comment faire un "double aveugle" ?), comportent peu d'effectifs et sont difficilement comparables entre eux.

Il semble cependant, toujours selon les auteurs du rapport, que l'hypnose soit "intéressante" en cas de douleur liée aux gestes médicaux invasifs chez l'enfant et l'adolescent. Des essais montrent également un intérêt pour lutter contre les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses.

L'importance de l'effet placebo
Pour les 4 thérapies étudiées, il semble que l'effet placebo joue un rôle majeur, en particulier pour les thérapies manuelles et l'acupuncture. Ainsi, des études montrent des résultats positifs en cas de lombalgie, migraine, céphalée de tension, arthrose du genou, etc. avec de l'acupuncture "vraie", mais aussi avec de l'acupuncture "simulée" (insertion des aiguilles à des emplacements non traditionnels ou rétraction des aiguilles).

C'est aussi le cas pour d'autres thérapies complémentaires. Les auteurs rappellent ainsi que "l'effet placebo est soupçonné d'être à la base des effets de l'homéopathie, et un travail récent a montré comment le bénéfice pour le patient était lié à l'intervention de l'homéopathe et non au produit homéopathique".

D'autres travaux montrent que les placebos "avec intervention physique" génèrent des effets plus marqués. Or le caractère parfois spectaculaire des thérapies non conventionnelles, associé à une écoute, une confiance et un examen soigneux "réunissent les meilleures conditions pour induire, chez le patient, un effet placebo", résument les auteurs.

Après tout, l'effet placebo fait partie des soins dispensés quotidiennement dans tous les cabinets médicaux et hôpitaux. Assimiler certaines thérapies complémentaires à un placebo ne les disqualifient donc pas, au contraire, puisqu'il est désormais possible de quantifier l'effet neurobiologique du placebo et donc de l'inclure dans la stratégie thérapeutique.

Mieux connaître les thérapies complémentaires
L'Académie de médecine souligne l'importance de connaître l'éventuelle efficacité de telle ou telle technique pour que les prescripteurs puissent en tenir compte dans leur prise en charge thérapeutique.

Pour cela,  les auteurs du rapport préconisent déjà d'informer les étudiants en médecine sur ces thérapies. Pour le grand public, ils souhaitent aussi la création par les autorités de santé "d'une base indépendante et actualisée d'information du public sur les thérapies complémentaires" (lire ici les autres préconisations de l'Académie de médecine).

Un tel effort des autorités sanitaires permettrait d'améliorer la connaissance de ces techniques et donc de mieux les utiliser, puisqu'elles sont de fait très largement diffusées en France.



En savoir plus :
- "THÉRAPIES COMPLÉMENTAIRES - acupuncture, hypnose, ostéopathie, tai-chi - leur place parmi les ressources de soins", Daniel BONTOUX, Daniel COUTURIER, Charles-Joël MENKÈS, Académie nationale de médecine, 5 mars 2013
- "L'AP-HP et les médecines complémentaires à l'hôpital : un engagement hospitalo-universitaire", AP-HP, juillet 2012
- "Le Su Wen du Huangdi Nei Jing (Classique interne de l'empereur Jaune)", présentation et fichier PDF téléchargeable sur le site de la Bibliothèque numérique mondiale
- "Chen Wangting, le père présumé du Taiji Quan", icilachine.com, décembre 2009
- "Histoire du Qi Gong de l'antiquité à nos jours", site internet des associations Yi Quan Yvelines et Oxalis
- "Qigong for hypertension : a systematic review of randomized clinical trials". Myeong Soo Lee et coll., Journal of Hypertension, 2007, 25(8), 1525-1532.
- "Clinical effect of qigong practice on essential hypertension : a meta-analysis of randomized clinical trials", Xinfeng Guo et coll., The Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2008, 14(1),27-37.
- Jean-Martin Charcot, fiche Wikipedia
- "Homeopathy has clinical benefits in rheumatoid arthritis patients that are attributable to the consultation process but not the homeopathic remedy: a randomized controlled clinical trial",  Sarah Brien et coll., Rheumatology (Oxford), 2011, 50(6), 1070-1082

Sources : Académie nationale de médecine

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Vidal News du 2017-06-22