Pr Maraninchi (ANSM) : "il faut arrêter d’utiliser DIANE 35 comme contraceptif"

Par Jean-philippe RIVIERE -
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L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, l’ANSM, réévalue actuellement les données de sécurité de DIANE 35. Son président, interrogé le 28 janvier sur RTL, a d’ores et déjà appelé les médecins à cesser de prescrire cet antiacnéique comme contraceptif.

le 30 janvier, l'Ansm a annoncé la suspension d'ici 3 mois de DIANE 35 et de ses génériques.

le 30 janvier, l'Ansm a annoncé la suspension d'ici 3 mois de DIANE 35 et de ses génériques.


DIANE 35, un antiacnéique également utilisé hors AMM comme contraceptif
DIANE 35 (Acétate de cyprotérone + Ethinylestradiol) est autorisé en France depuis juillet 1987 dans le "traitement de l'acné de la femme". Le Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP), révisé pour la dernière fois en 2011, précise que "l'efficacité est modérée et ne s'observe qu'après plusieurs mois de traitement".

DIANE 35 est commercialisé dans 116 pays, précise l'ANSM dans un communiqué publié sur son site le 27 janvier. Dans la plupart de ces pays, ce médicament a seulement pour indication "acné" ou "androgen dependant disease" (pathologies liées à une surproduction d'hormones masculines). Mais dans certains d'entre eux, comme l'Irlande, il a aussi l'indication "contraception orale", en raison de la présence de 35 microgrammes d'éthinylestradiol par comprimé, ce qui inhibe l'ovulation.

Cependant le laboratoire fabriquant, Bayer, n'a jamais déposé de demande d'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) dans la contraception pour son produit, ni fourni les études démontrant une efficacité contraceptive. Il ne faut donc pas le considérer comme un contraceptif. Les éditions Vidal le précisent d'ailleurs expressément sur leurs documents, que ce soit la fiche de Diane 35 sur Eureka Santé ou sur la Vidal Recos Acné, dont voici un extrait (accessible sur Vidal.fr pour les médecins inscrits) :


 
La prescription "contraception" est donc hors AMM en France depuis 25 ans, malgré l'ampleur de l'utilisation de DIANE 35 qui suggère un usage régulier pour la contraception (315 000 femmes traitées en 2012). Or  sa prise comme contraceptif augmente le risque thrombo-embolique par rapport à des pilules œstro-progestatives de 2ème génération, tout comme les pilules de 3ème et 4ème génération augmentent ce risque.

Au moins 4 décès et 125 thromboses vasculaires imputables depuis 25 ans
Ce risque thrombo-embolique augmenté fait polémique dans la presse. L'ANSM y répond en précisant que "parmi les cas cités issus de la base de pharmacovigilance, quatre décès sont imputables à une thrombose veineuse liée à Diane® 35". Un nombre peu élevé en regard de l'ancienneté du produit et du nombre d'utilisatrices.

L'ANSM précise également que " 125 autres cas de thrombose ont été notifiés sur la même période : 113 concernaient des thromboses veineuses et 12 des thromboses artérielles". En raison du "sous-signalement" rappelé par Mr Maraninchi, il est cependant possible qu'il y ait eu davantage d'accidents thrombo-emboliques.

Rappelons enfin que ce risque est mentionné très clairement sur la notice de DIANE 35 et ses génériques (extrait ci-dessous), même s'il est possible que de nombreuses femmes ne l'aient pas vraiment lue :

 

"Arrêter d'utiliser DIANE 35 comme contraceptif" en attendant les conclusions de l'agence
En raison de ce risque peut-être majoré par l'utilisation du produit comme contraceptif, Mr Maraninchi a appelé ce jour les médecins à cesser immédiatement de prescrire DIANE 35 hors AMM. Du côté des patientes qui utilisent DIANE 35 comme contraception, il rappelle qu'un numéro vert gratuit, le 0800 636 636 (ouvert du lundi au samedi, de 9 heures à 20 heures), a été mis en place pour s'informer sur la contraception, suite à la polémique sur les pilules.
Il s'interroge également sur son indication officielle, ouvrant la porte à une possible révision de ses conditions d'utilisation, après consultation des dermatologues experts : "est-il acceptable d'avoir un risque thrombo-embolique important pour un traitement contre l'acné ?"

L'intégralité de l'intervention du 28 janvier sur RTL :


Vers une révision dans les jours qui viennent des conditions d'utilisation de DIANE 35 en France
Cette mise au point de l'ANSM et son président, sous la pression de l'actualité, n'est qu'une étape. L'ANSM rendra dans les jours qui viennent "ses conclusions sur l'analyse bénéfice/risque" de ce médicament et de ses génériques, "comme prévu".

En effet, suite à l'affaire MEDIATOR, l'ANSM s'est engagée à réviser l'intégralité de la pharmacopée française en commençant par les produits les plus anciens, dont DIANE 35 fait partie.

Edit 30 janvier : l'Ansm engage ce jour "une procédure de suspension de l'AMM de Diane 35 et de ses génériques". Cette suspension "prendra effet dans un délai de 3 mois", précise le communiqué de l'agence (du moins si l'agence européenne du médicament, l'EMA, décide du retrait, ce qui est loin d'être acquis).

Au-delà de cette suspension décidée le 30 janvier, cette prescription hors AMM pendant des années d'un vieux médicament pose à nouveau la question de la justesse de l'information des patients concernant les risques pris en utilisant tel ou tel produit  (tout médicament, y compris le plus banal, comporte un risque). Cela pose aussi la question de l'information et de la formation délivrées aux médecins : comment les améliorer pour éviter les surrisques inutiles et minimiser ceux pris avec toute prescription ?

Jean-Philippe Rivière

Sources :
- "Diane® 35 et ses génériques", communiqué de l'ansm, 27 janvier 2013
- Diane 35 microgrammes, Résumé des Caractéristiques du Produit sur le site de l'Ansm (mis à jour le 7/10/2011)
- Diane 35 microgrammes, notice sur le site de l'Ansm (mise à jour le 7/10/2011)
-  "Le Pr Dominique Maraninchi : "Plus question de prescrire le Diane 35 comme un contraceptif"", site RTL.fr, 28 janvier 2013
- "Pour la sécurité des patientes, l'ANSM engage une procédure de suspension de l'AMM de Diane 35 et de ses génériques", Communiqué de l'Ansm, 30 janvier 2013

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2017-11-16

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