COVID-19 et continuité des soins : focus sur l'hypertension artérielle

Par DAVID PAITRAUD -
1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
vu par 4458 lecteurs


Durant la pandémie de COVID-19, la HAS (Haute Autorité de Santé) publie une série de réponses rapides à l'attention des médecins et des professionnels de santé, afin de les accompagner dans le suivi médical des patients durant cette période particulière. 

En complément des Réponses rapides relatives à 2 pathologies cardiaques (insuffisance cardiaque chronique et syndrome coronarien chronique), la HAS a élaboré, en collaboration avec la Société Française d’HTA (SFHTA) et le Collège de la Médecine Générale (CMG), des 
Réponses rapides sur le thème de l'hypertension artérielle (HTA).

Les points clés de ces recommandations HTA sont les suivants : 
  • connaître les risques de développer une forme grave de COVID-19 chez les patients hypertendus, 
  • encourager la poursuite des traitements antihypertenseurs et sensibiliser sur les risques qu'entraînerait une interruption de traitement, 
  • encourager la poursuite d'un suivi médical, en privilégiant la téléconsultation, 
  • rappeler l'importance de l'automesure et des règles hygiénodiététiques dans la prise en charge de l'hypertension, 
  • préciser la conduite à tenir en cas d'aggravation de l'hypertension, et de symptômes évoquant une infection COVID-19. 
L'HTA est un facteur prédisposant à l'infection COVID-19 et à sa gravité (illustration).

L'HTA est un facteur prédisposant à l'infection COVID-19 et à sa gravité (illustration).


HTA et COVID-19 : quels sont les risques ?
Selon les données actuelles, l'hypertension artérielle (HTA), comme d'autres affections chroniques, est citée comme un facteur prédisposant à l'infection COVID-19 et un facteur de risque de gravité (cf. Encadré 1 et  VIDAL Reco "HTA : hypertension artérielle"). 
En particulier, les patients présentant une HTA compliquée (avec complications cardiaques, rénales, cérébro-vasculaires) sont considérés comme à risque de développer une forme grave de COVID-19. 

 
Encadré 1 -  Facteurs de risque prédisposant à l'infection COVID-19 et à sa gravité, les plus fréquemment rapportés dans la littérature (HAS)
  • L'âge,
  • l'insuffisance cardiaque,
  • la maladie coronaire,
  • l'arythmie,
  • l'insuffisance rénale,
  • le tabagisme,
  • la bronchopneumopathie chronique obstructive,
  • le sexe masculin,
  • l'hypertension artérielle,
  • l'obésité,
  • le diabète.

La HAS précise également que "ces personnes sont aussi plus à risque d'aggravation/de déstabilisation de leur maladie chronique du fait d'une moindre surveillance, en raison des mesures liées au confinement, puis à sa levée, et de la limitation des déplacements pour des consultations médicales en présentiel".

De ce fait, le respect des mesures barrières (lavage des mains et distanciation physique) est d'autant plus important chez les patients hypertendus, en particulier chez ceux présentant d'autres facteurs de risque d'infection grave (âge, comorbidités).

HTA non compliquée : maintenir le traitement sans modification
Le premier message de la HAS est de maintenir le traitement antihypertenseur en période d'épidémie de COVID-19, dès lors qu'il permet de stabiliser l'HTA selon les objectifs thérapeutiques, mais aussi : 

- d'informer le patient sur les risques d'interruption ou de modification du traitement sans avis médical ; 
- de poursuivre les traitements prescrits dans le cadre de maladies chroniques associées (notamment le diabète).
 
  • IEC et sartans : pas d'exception à la règle
Le maintien du traitement en période d'épidémie COVID-19 s'applique à l'ensemble des traitements anti-hypertenseurs, dont les IEC (inhibiteurs de l'enzyme de conversion) et les sartans (ARA2 - antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II) :
- ces traitements ne doivent pas être arrêtés ou modifiés ;
- à l'inverse, les données actuelles ne justifient pas non plus de débuter un traitement par IEC ou sartans chez un patient stable, à risque d'infection COVID-19 ou présentant une infection COVID-19 et traité en ambulatoire.

Cette précision vis-à-vis de ces classes d'antihypertenseurs a semblé nécessaire à la HAS, du fait de la circulation en début d'épidémie d'une information suggérant un lien entre ces médicaments et l'infection par le SARS-CoV-2.

À ce jour, aucune donnée ne permet de confirmer ce lien, 
ni dans un sens positif, ni dans un sens délétère.
 
  • Cas particulier d'adaptation des traitements : présence de fièvre ou diarrhée
En cas de fièvre élevée ou de diarrhée importante, une adaptation transitoire du traitement antihypertenseur (IEC, ARA2 et diurétiques) peut s'avérer nécessaire, compte tenu du risque de déshydratation et d'insuffisance rénale.
Les patients 
présentant ces symptômes doivent en discuter avec leur médecin ou leur pharmacien.

Suivi médical : pas de pause pendant l'épidémie grâce à la téléconsultation
En période d'épidémie COVID-19, la HAS recommande un suivi régulier des patients, afin 
de poursuivre la normalisation de la pression artérielle comme en période normale. 

Dans le cadre de l'HTA, les objectifs de la consultation sont :

- un contrôle des chiffres tensionnels sur la base des données de l'automesure,
- un suivi du poids du patient,
- la recherche à l'interrogatoire de symptômes traduisant des complications cardiovasculaires (douleurs thoraciques, déficits neurologiques, troubles visuels transitoires, etc.).
 
  • La téléconsultation, une réponse efficace pour un suivi médical régulier
Si la régularité des consultations doit être maintenue, elles peuvent se dérouler en privilégiant la téléconsultation plutôt que la consultation en présentiel.  La HAS rappelle que la téléconsultation est une vraie consultation au cours de laquelle le patient doit se munir :
- de la liste de ses médicaments,
- des résultats d'analyse biologique si besoin, 
et des données d'automesure.
 
  • Dégradation de l'état du patient
Les professionnels de santé intervenant auprès du patient hypertendu doivent lui rappeler l'importance de consulter le médecin (médecin traitant ou autre) ou d'appeler le 15 en présence d'un signal d'alerte :
- symptômes évocateurs d'une complication cardiovasculaire (douleur thoracique, déficit neurologique, troubles visuels, etc.), même si ces symptômes sont transitoires : contacter directement le 15 ;
- survenue de symptôme inhabituel : contacter le médecin.

L'environnement du patient hypertendu : automesure, diététique et activité physique
Le suivi médical régulier permet également de promouvoir les mesures hygiéno-diététiques et l'intérêt de l'automesure (et l'utilisation correcte du tensiomètre).

 
  • Sel et activité physique : des règles à respecter aussi en période de pandémie
Les principales mesures hygiénodiététiques doivent être rappelées au patient hypertendu :
- limiter les apports sodés (6 à 8 g/j),
- maintenir une bonne hydratation par des boissons légères (eau, éviter les boissons trop sucrées),
- limiter la consommation d'alcool,
- privilégier la consommation de fruits, de légumes et d'aliments peu riches en graisse,
- rester autant que possible physiquement actif,
- se peser régulièrement. 
 
  • Encourager l'automesure tensionnelle
L'automesure de la pression artérielle doit être encouragée, et le partage des données avec le médecin pour interprétation peut être envisagé par télétransmission.

En cas de chiffres de pression artérielle anormalement hauts obtenus par automesure, le patient doit contacter son médecin traitant, mais ne pas modifier son traitement sans avis médical.

Pour aller plus loin
HTA : guider les patients et assurer leur suivi en période d'épidémie de COVID-19 - Communiqué (HAS, 12 mai 2020)
HTA - suivi des patients en période d'épidémie de COVID-19 - L'essentiel (HAS, 12 mai 2020)
Réponses rapides dans le cadre du COVID-19 - HTA : suivi des patients (HAS, 7 mai 2020)

Sur VIDAL.fr
COVID-19 et continuité des soins : focus sur certaines pathologies cardiaques (29 avril 2020)

Sources : HAS (Haute Autorité de Santé)

Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail
Je m'abonne !
Voir toutes les actualités Archives des Vidal News