Compléments alimentaires à visée articulaire : la glucosamine et la chondroïtine sulfate potentiellement à risque

Par Isabelle COCHOIS -
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Les compléments alimentaires à visée articulaire à base de glucosamine et/ou de chondroïtine sulfate sont désormais déconseillés pour certaines populations à risque.

Cette recommandation de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) repose sur les données de son dispositif de nutrivigilance faisant état d'effets indésirables très variés (digestifs, cutanés, hépatiques) liés à ces produits. 

L'expertise mise en œ
uvre dans ce contexte a permis d'identifier des populations spécifiques pour lesquelles la consommation de glucosamine ou de chondroïtine présente un risque.

A ce titre, l'Anses émet des recommandations à destination des professionnels de santé, des consommateurs et des fabricants pour sécuriser le bon usage de ces produits. 
Les compléments alimentaires à base de glucosamine et de chondroïtine sulfate sont potentiellement à risque pour certaines populations (illustration).

Les compléments alimentaires à base de glucosamine et de chondroïtine sulfate sont potentiellement à risque pour certaines populations (illustration).


Des effets indésirables susceptibles d'être liés à la consommation de compléments alimentaires à base de glucosamine et/ou de chondroïtine sulfate ont été recensés par le dispositif de nutrivigilance de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).
 
La glucosamine et la chondroïtine sulfate sont des molécules naturellement présentes dans les tissus conjonctifs et cartilagineux de notre organisme. Ces substances assurent, entre autres, la structure et l'élasticité des cartilages, des tendons et de la peau. 

Présentés comme pouvant contribuer au confort articulaire, de nombreux produits à base de glucosamine et de chondroïtine sulfate sont disponibles sur le marché français où ils connaissent un plein essor.

Dans ce contexte, l'Anses a mené une expertise visant à évaluer les risques potentiels associés à la prise de ces compléments alimentaires et à identifier les populations spécifiques pour lesquelles la consommation de ces produits présente un risque.

Des effets indésirables susceptibles d'être liés à la glucosamine et à la chondroïtine sulfate
Depuis la création du dispositif de nutrivigilance en 2009 et jusqu'au mois de février 2018, l'Anses a reçu 74 déclarations d'effets indésirables susceptibles d'être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant notamment de la glucosamine et de la chondroïtine sulfate. 
Ces signalements ont été transmis par des professionnels de santé, par l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) et les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV), ainsi que par des fabricants de compléments alimentaires contenant ces deux substances.

Les effets les plus déclarés à l'Anses ont été des troubles :
  • hématologiques : purpura thrombopénique (lésions hémorragiques de la peau), perturbation de l'INR,
  • gastroentérologiques : troubles digestifs et douleur abdominale,
  • hépatiques : principalement des hépatites,
  • dermatologiques : notamment des éruptions cutanées et des prurits.

Dans son communiqué en date du 29 mars 2019, l'Anses indique que "les experts ont également étudié les déclarations enregistrées dans d'autres pays (Europe, Canada, Etats-Unis) et procédé à une analyse approfondie de la littérature scientifique".
Les effets indésirables recueillis sont essentiellement d'ordre gastroentérologique, neurologique et dermatologique.

Plusieurs populations à risque identifiées
Sur la base des données analysées, les experts de l'Anses ont mis en évidence des populations spécifiques pour lesquelles la consommation de compléments alimentaires contenant de la glucosamine ou de la chondroïtine sulfate présente un risque. Ce sont :
  • les personnes diabétiques ou pré-diabétiques : risque de diminution de la sensibilité à l'insuline ou d'hyperglycémie à jeun après la consommation de glucosamine,
  • les sujets asthmatiques : risque d'exacerbation des symptômes d'asthme par la glucosamine,
  • les sujets traités par anti-vitamine K : risque de déséquilibre du traitement anticoagulant coumarinique,
  • les personnes présentant une allergie alimentaire aux crustacés ou aux insectes : risque d'allergie croisée à la chitine, constituant de leur carapace et entrant dans la composition de certains compléments alimentaires à base de glucosamine,
  • les personnes dont l'alimentation est contrôlée pour le sodium, le potassium ou le calcium : ces compléments alimentaires peuvent en être une source importante.

En l'absence de données de sécurité suffisantes, l'Anses déconseille également la consommation de ces compléments alimentaires aux femmes enceintes ou allaitantes et aux enfants. 

Des recommandations pour les professionnels de santé
A l'issue de ce travail, l'Anses a rappelé les recommandations générales suivantes à l'intention des professionnels de santé : 
  • informer les patients sur les risques liés à la consommation de compléments alimentaires, 
  • interroger les patients sur leur consommation de compléments alimentaires, notamment en cas de survenue d'anomalies biologiques ou de manifestations cliniques d'origine indéterminée,
  • déclarer auprès du dispositif de nutrivigilance les effets indésirables susceptibles d'être liés à la consommation de compléments alimentaires dont ils auraient connaissance.

S'agissant des compléments alimentaires à base de glucosamine ou de chondroïtine sulfate, l'Anses recommande en particulier :
  • d'informer les patients dont l'alimentation doit être contrôlée pour le calcium, le potassium ou le sodium sur la teneur en minéraux apportés par ces produits,
  • de rechercher une éventuelle consommation de compléments alimentaires contenant de la glucosamine seule ou associée à la chondroïtine sulfate :
    • devant une élévation inexpliquée de l'INR chez des personnes traitées par anti-vitamine K ;
    • en présence d'une cytolyse hépatique ou d'une insuffisance rénale d'origine indéterminée.

D'une manière générale, la déclaration des effets indésirables avec les compléments alimentaires doit devenir plus systématique par l'ensemble des acteurs : le consommateur, le fabricant et le professionnel de santé.

Les fabricants doivent renforcer les informations, notamment vis-à-vis des  populations à risque
L'Anses considère que les fabricants doivent prendre les mesures qui s'imposent vis-à-vis des consommateurs : elle recommande un renforcement de l'information par les fabricants, notamment quant aux restrictions d'utilisation vis-à-vis des populations à risque.

L'Anses appelle également à une harmonisation européenne des doses maximales journalières autorisées de glucosamine et de chondroïtine sulfate dans les compléments alimentaires, sur la base de données de sécurité issues d'études d'innocuité robustes - aujourd'hui manquantes - pour ces deux composés.
En effet, l'Anses indique que "selon les pays, les doses varient de 500 mg à 1000 mg pour la glucosamine et de 500 mg à 900 mg pour la chondroïtine sulfate et sont fixées sur la base d'un nombre restreint de données de sécurité disponibles et non sur une évaluation complète des risques".


Des recommandations pour les consommateurs
L'Anses émet également des recommandations destinées aux consommateurs à propos des compléments alimentaires en général :
  • solliciter l'avis d'un médecin lors de la consommation de compléments alimentaires ;
  • éviter l'apport d'un même ingrédient par différentes sources (compléments alimentaires, médicament, etc.) ;
  • éviter la consommation concomitante de plusieurs compléments alimentaires ;
  • privilégier la consommation de compléments alimentaires présentant des formulations simples ;
  • privilégier les circuits d'approvisionnement contrôlés par les pouvoirs publics ;
  • signaler la consommation de compléments alimentaires à son médecin ou son pharmacien.

Des médicaments également à base de glucosamine et de chondroïtine
La glucosamine et la chondroïtine sulfate entrent également dans la composition de médicaments dénommés "antiarthrosiques d'action lente" (CfTableau I), indiqués dans le traitement des symptômes de l'arthrose du genou (glucosamine et chondroïtine) et de la hanche (chondroïtine). 
 
Tableau I -  Médicaments contenant de la glucosamine et de la chondroïtine

Il est recommandé que les sources d'apport (médicaments ou compléments alimentaires) en glucosamine ou chondroïtine sulfate ne soit jamais cumulées, en l'absence de données de sécurité suffisantes.

Pour aller plus loin
Avis relatif "aux risques liés à la consommation des compléments alimentaires à visée articulaire contenant de la glucosamine et/ou de la chondroïtine sulfate" (Anses, 4 janvier 2019)
Les compléments alimentaires à visée articulaire déconseillés à certaines populations (Communiqué de l'Anses, 29 mars 2019)

Sources : Anses

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